IMPRESSION SUR ÉTOFFES.
IMPRESSION SUR ÉTOFFES.
ouvriers n'emploient pas des agents chimiques aussiparfaits et aussi nombreux que les nôtres ; mais on areconnu dans le système de leurs opérations des prin-cipes qu’il était très utile d’étudier, de suivre et Rap-pliquer dans notre industrie. Ces coloristes, dont lesouvrages sont admirables, sous quelques rapports, neparaissent toutefois dirigés dans leurs procédés et dansleurs opérations par aucun principe de la chimie ; lapratique, et surtout une patience imperturbable, leurfont surmonter tous les obstacles et suppléent à nosmille et une inventions de machines; ils appliquent etpointillent leur mordant à la main avec une espèce detire-ligne en jonc, garni à l’extrémité d’une petiteéponge ou d'un tampon en drap, qui contient la com-position, et qu’ils pressent légèrement et à mesure dubesoin, etc. Pour faire des fonds mats, ils servent deplaques en carton convenablement découpées à jour ;et ils tamponnent les couleurs avec un gros pinceau,comme le font nos afficheurs; pour faire les réserves,ils plaquent toute la pièce de cire, puis ils dessinentdessus en enlevant la cire avec un poinçon de boisdans les endroits qui doivent être teints dans la cuveen bleu, etc., etc. Ils mettent tant d’adresse, de préci-sion , de persévérance dans ces procédés si simples,qu'ils parviennnent de même à une grande netteté dedessins dans leurs plus riches tapis. ( Extrait d’un mé-moire sur un nouveau procédé de teinture et d’impression,par M. Gonfreville. — Paris , 4845, page 7).
Tout ce que nous pouvons dire à l’égard de l’o-rigine des manufactures de toiles peintes en France ,c’est qu’on y imprimait vers l’année 4746 des étoffescoloriées pour la tapisserie, soit à l’aide de planchesde bois gravées en relief, soit à l’aide de planchesgravées en taille-douce. Les premières fabriques de cegenre furent établies d’abord à Paris, puis à Versail-les, à OraDge, à Marseille , etc ; on n’y employait, tou-tefois, que des couleurs à l’huile ou à l’eau qui s’alté-raient en peu de temps, et ne résistaient pas à une simpleimmersion dans l’eau.
Les Hollandais, à cette époque, et tes fabricants suis-ses principalement, versaient en France , avec profusion,des toiles peintes en couleurs vives et solides qui dimi-nuaient, dît-on, prodigieusement la consommation etpar conséquent l’activité des manufactures de Reims ,d'Amiens, Rouen, Lyon , etc. Les historiens nous ap-prennent même que des réclamations énergiques s’éle-vèrent alors de tous les points de la France contrela fabrication et l’usage des cotonnades imprimées, quidevaient, disaient les chambres de commerce, ruiner lesindustries appliquées à la confection des autres tissus.Le gouvernement, pour mettre fin à ces plaintes, pro-hiba, sous des peines très sévères, l’entrée et l’usagedes toiles de coton blanches ou imprimées étrangères.Cette rigueur fut portée si loin que les employés dela ferme étaient autorisés à mettre publiquement enpièces les vêtements de toiles de Suisse dont les femmesétaient parées.
Il n’y avait même que la compagnie des Indes quipût introduire des toiles de coton blanches, avec cer-taines conditions et réserves. Mais cette prohibitionfut abolie et commuée, par arrêt du 7 septembre 4759,en un droit de 40 p. 400 sur la valeur qui fut bientôtporté à 45 p. 400; et fixé, le 49 juillet 4760, à90fr. parquintal pour les toiles blanches, et 450 fr. pour lestoiles peintes. Par suite de cet arrêt, l’usage et la fa-brication des toiles de coton imprimées forent possiblesen France , à cause de la facilité de pouvoir se procurerà l’étranger les tissus de coton blanc qu’on ne fabriquaitpas encore d’une manière régulière.
Toutefois, les chambres de commerce protestèrentencore contre cette innovation ; mais le gouverne-ment fut sonrd à toutes les plaintes; et il prit lemeilleur parti, celui de protéger les manufactures de
toiles peintes, et de leur donner une consistance réellepar des encouragements soutenus. Déjà il avait en-voyé en Angleterre, en 4751 , un agent spécialementchargé dercchercher les meilleures méthodes de fabrica-tion ; et c’est quelques années après, que le nomméCabanes, Anglais , créa, en vertu d’un arrêt du Con-seil, une fabrique d’impression sur coton , dans lescours de l’Arsenal. Mais il parait bien démontré queCabanes était peu initié aux secrets de fixer les cou-leurs sur le coton ; et 6... dit dans son traité, page ix :« J’ai aussi des échantillons des premières productionsd’un établissement formé à Paris en 4754, par deuxnégociants nommés Cottin et Cabanes ; on ne pourraitjamais croire qu’un tel barbouillage ait pu porter lenom de toiles peintes. »
Cet auteur avait dit, précédemment, en parlant deséchantillons de toiles peintes, apportés d’Angleterreet remis au gouvernement en 4754 : « J’ai été autantfrappé de là beauté des couleurs que de l’exécution dudessin : des fabriques très accréditées s’en feraient hon-neur aujourd’hui. »
Un pareil témoignage-prouve suffisamment que lesAnglais l’emportaient alors sur nous dans l’art d’impri-mer les étoffes, par l’exécution du dessin et la beauté descouleurs qu’ils fixaient sur le coton. Mais aujourd’huic’est bien différent ; nos manufacturiers ont fait nngrand pas, sous le rapport du fini du travail et de larégularité des opérations mécaniques. Les couleurs denos étoffes sont belles et solides ; et nous pouvonsmême ajouter, sans crainte d'être accusés de trop d’or-gueil national, que nous l’emportons sur nos voisinspar le goût et la création des choses nouvelles.
C’est aux savants coloristes et aux artistes de nosmanufactures que l’art de la fabrication des impres-sions sur étoffes doit les immenses progrès qu’elle afaits depuis 40 ans. C’est à Berthollet, à Chaptal, àM. Chevreul particulièrement, que l’on doit les obser-vations les plus curieuses et les plus essentielles dansl’art d’imprimer les étoffes. C’est à M. Chevreul enfin,que l’on doit d’avoir expliqué le rôleque jouent les agentschimiques et la vapeur dans les opérations qui ont pourbut de fixer les matières colorantes sur les tissus.
Les étrangers eux-mêmes reconnaissent notre supé-riorité sur ce point ; et l’Anglais Home, dans son His-toire du commerce, s’exprime ainsi : « C’est à l’Aca-démie des sciences que les Français doivent lasupériorité qu’ils ont dans les arts, et surtout danscelui de la teinture. »
Il parait bien prouvé par les écrits des écrivains del’époque, qu’en 4750, on imprimait déjà en Angle-terre beaucoup de toile de fil et coton. Ces toiles étaientfabriquées à Manchester , comme elles le sont encoreanjourd’hui. On évaluait, à cette époque, à prèa de centcinquante mille le nombre de pièces que l’on y faisaitannuellement. Ces pièces étaient envoyées en écru àLondres , et elles étaient blanchies et imprimées dansses environs. Les historiens nous apprennent aussiqu’en Angleterre, comme en France , les tisserands ensoie, en laine et en fil de lin, manifestèrent l’oppositionla plus vive contre l’nsage des toiles imprimées, soitimportées de l’étranger, soit faites dans le pays.
Ainsi, dès l’année 4680, les ouvriers tisserandspillèrent la maison de la compagnie des Indes, pourse venger, disaient-ils, des importations qu’elle avaitfaites de plusieurs milliers de pièces d’indiennes.Ils amenèrent ensuite le gouvernement, par des deman-des incessantes, à exclure complètement des marchésanglais tons les tissus de coton imprimés ponr robeset ameublement. Néanmoins, les indiennes furent tou-jours importées, en vertu d’un privilège, par la com-pagnie des Indes orientales ; et, à l’abri de ce pri-vilège, la majeure partie des toiles entraient en con-trebande, malgré les peines excessives auxquelles