LIEGE.
LIEGE.
inouïs, pour remplacer par la mécanique les nombreuxouvriers bouchonniers qui vivent de ce travail, maisils ont rencontré des obstacles insurmontables dansl’emploi mécanique des lames tranchantes ; tant à causedes corps étrangers, du sable et des résines durcies quise trouvent dans les pores du meilleur liège, qu’à causede la variété considérable de grandeurs et de sortes debouchons qui exigerait une infinité de machines com-pliquées dont les tranchants, bien qu’aiguisés conti-nuellement, ne peuvent faire un service assez long sanss’émousser. Il a donc fallu s’cn tenir au couteau pri-mitif, dont le fréquent graissage dépose toujours unpeu d’huile dans les pores de quelques bouchons, quicommuniquent aux vins un goût de rancidité, dont onne sait découvrir la cause.
C’est après être passé par toutes les phases de cettefabrication difficile et avoir dépensé beaucoup d’argent,que M. Moreau s’est avise de retourner la question defond en comble. Abandonnant les routes battues où iln’avait rien trouvé de bien supérieur à ses prédéces-seurs, il est parvenu depuis peu à construire une ma-chine sans tranchants, dans laquelle il suffit d’introduirele liège, qui en sort tout façonné en bouchons de toutesgrandeurs, parfaitement cylindriques ou coniques, poliset veloutés, sans que la graisse ni la main de l’ouvrierles ait touchés et salis.
Le principe découvert par M. Moreau , l’usure par lafriction rapide, nous semble si fécond, qu’il nous estpermis d’en attendre chaque jour des résultats plus con-sidérables. Par exemple, le liège se façonne entre ses
mains en bouchons à tète profilée, avec netteté. Chaquegrande maison aura peut-être un jour ses bouchons deluxe, portant la silhouette de son chef.
Pour ne pas nous éloigner de la partie utile, nousdirons que les déchets de cette nouvelle fabrique onttrouvé des applications que ne présentent pas les déchetsdes anciennes, qui sont d’aillenrs trop disséminés, etqui coûteraient trop à réunir. Par exemple, il résultede la friction une farine de liège qui sert à polir lesmétaux, et qui, brûlée en vase clos, donne le plus beaunoir d’imprimerie que l’on connaisse ; cette poudre trou-vera bientôt une multitude d emplois dans les arts in-dustriels. On fait avec les copeaux de liège des ceintu-res, des gilets et des matelas de sauvetage, les premiersont été embarqués sur le Constant parti d’Anvers pourle Brésil . Ce nav ire a péri dans la nuit du 12 au 13 oc-tobre de l’an passé, h douze milles de Saint-Thomas, ettout l’équipage a été sauvé.
Il serait difficile de donner une idée bien juste de laconsommation des bouchons; maison sait qu’elle esténorme. La Champagne seule en emploie 40 millious,nu prix de 80 à 100 francs le mille. L’Angleterre en em-ploie, tant pour elle que pour ses envois aux colonies eten Amérique , plus de 20 millions par jour. Aussi lesdocks de Londres sont-ils toujours pourvus de monta-gnes d’écorces, qui se démolissent et se reforment sanscesse, parles arrivages d’Espagne, de Portugal et d’I-talie .
Les bouchons se vendent de 4 fir. à -100 fr. le mille,l’importance de ce commerce pour la Grande-Bretagne
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