LIN.
LIN.
Coupage du chanvre. Le coupage du chanvre, pour lediminuer de longueur, se fait de manière à le diviser entrois parties : on sépare le milieu des deux extrémités, eton obtient, par conséquent, des mèches de qualité diffé-rente, à cause de l’épaisseur variable de la tige sur lalongueur ; on coupe quelquefois aussi le lin, mais cen’est que lorsqu’il est d'une grande hauteur. On y apresque généralement renoncé pour les lins ordinaires .
Le coupage doit se faire de manière à ne pas pré-senter une coupure carrée, c’est-à-dire ayant une sec-tion perpendiculaire à la longueur des filaments ; il fautau contraire que la division se fasse plus tôt par arrache-ment, afin que, lors de la suture des brins les uns auxautres qui aura lieu ultérieurement pour former les ru-bans, les jonctions ne soient pas sensibles par leurépaisseur.
M. Decoster a construit une roue à couper qui pro-duit la coupure dans les conditions que nous venonsd’indiquer.
Afin d’assouplir le chanvre on en forme des tressesqu’on entasse les unes sur les autres dans une auge,puis on les bat dans tous les sens avec une espèce depilon ; ce froissement des filaments les uns contre lesautres les assouplit. M. Decoster avait cherché à rem-placer ce moyen par une espèce de machine à broyerqui donnait de bons résultats d’abord, mais qui deman-dait tant de réparations, qu'il nous a déclaré qu’il y re-nonçait.
Une fois le chanvre coupé et assoupli, il rentre dansles conditions du lin, et tout ce que nous allons dire dutravail de cette matière lui sera par conséquent applicable.
Peignage. Lorsque le lin arrive aux ateliers, il est loind’avoir tous les filaments élémentaires de ses brins com-plètement détachés, d’avoir la souplesse et la douceurau toucher qui facilite leur glissement les uns sur lesautres. Le peignage est l’opération qui a pour but dediviser les brins autant que faire se peut, sans briserles filaments ; de les assouplir sans les fatiguer, de lesdétacher parfaitement les uns des autres, afin de facili-ter leur glissement au contact et de les ranger aussi pa-rallèlement que possible.
Pour arriver à ces résultats on fait passer à plusieursreprises la mèche à peigner sur des dents métalliquesplus ou moins fines et plus ou moins rapprochées entret:\es ; ces dents sont fixées sur une pièce ou semelle,elles doivent être d’autant plus serrées et plus fines quela matière à peigner est plus fine, ou que l’opération estplus avancée. H y a donc nécessité, pour que l’outil soitbon, de pouvoir changer les dents et de les rapprocher ‘au besoin.
Ce peignage, comme l’on voit, ressemble en quelquesorte à celui d’une chevelure, dans lequel on a égalementpour but de démêler, d’adoucir et de ranger les che-veux ; mais pour le travail qui nous occupe il s'agitde prendre en considération, en outre, les conditions ma-nufacturières qui consistent à produire bien, beaucoup,et à bas prix : nous allons voir jusqu’à quel point cesconditions ont été remplies dans l’état actuel des choses. ;
Quoiqu’on ait inventé plusieurs machines à peignerà la mécanique, depuis que M. Philippe de Girard a le I
premier présenté sa peigneuse, si habilement conçue ,on n’est cependant pas encore parvenu à peigner le lincomplètement à la mécanique, et sans le secours despeigneurs à la main ; dans plusieurs établissements demédiocre importance, l’opération du peignage se faitmême encore exclusivement par des hommes.
Peignage à la main. Le peigne dont on se sert pourle travail à la main est formé (fig. 1422 et 1423), d’une
1422.
pièce de bois triangulaire à laquelle s’adapte une piècemétallique dans laquelle sont fixées des aiguilles enacier trempé plus ou moins fines, pins ou moins rap-prochées entre elles, suivant la qualité de la matière àtraiter. Ce peigne est fixé d’une manière invariable, aumur, à une hauteur convenable du sol, O 1 ",75 en-viron, de manière à faciliter le travail à l’ouvrier, quidoit avoir à sa disposition une série de quatre à cinqpeignes de rechange dont les dents doivent aller gra-duellement en se serrant et en augmentant de finesse.
L’ouvrier exécute l’opération en faisant passer unemèche de lin ou une poignée d’environ 0 k ,12 à 0 k ,15sur les dents, un certain nombre de fois suffisant pourproduire complètement l’effet qu’on se propose et quenous avons décrit plus haut.
On conçoit qu’il est nécessaire que l’ouvrier retournela mèche pendant le travail, de manière à peigner égale-ment les deux extrémités de celle qu’il tient à la main,aussi bien que celle qui flotte; et que, vers la fin, la partiequ’il est obligé de tenir dans la main doit être le moinsserrée possible, afin que les fibres ne soient pas trop com-primées et que la mèche se présente carrément et non enpointe. Et, pour que ces filaments ne soient pas brisésni affaiblis au peignage, l’ouvrier a bien soin de piqueret de repiquer la mèche perpendiculairement à ses fi-bres, et à la faire marcher successivement de l’extré-mité libre à celle qu’il tient en main, de manière à lesfendre seulement et à les séparer, suivant la directionde leur adhérence sans effort nuisible.
Le travail du peignage fait subir un déchet assez con-sidérable au lin ; ce déchet est de deux sortes : celuiprovenant des corps étrangers et ordures que la matièrefilamenteuse contenait encore, et qui constitue une perteréelle ; et celui qui provient de brins très courts mêlésen tous sens entre eux et qui restent engagés dans lespieds des dents.
C’est cette dernière partie qui constitue les étoupes ,tandis que la partie de la mèche qui se trouve peignéedans sa largeur, forme les longs brins.
Les étoupes sont employées à peu près aux mêmesusages que les longs brins, si ce n’est pour former desproduits plus communs que ceux que l’on retire deslongs brins qui les ont fournies.
Mais tandis que les longs brins sont peignés, commenous venons de l’indiquer, les étoupes sont soumises à -un cardage sur des cardes analogues, sauf quelquesmodifications, à celles employées pour le travail de lalaine que nous avons décrit p. 2168 et suîv.
La quantité d’étoupes retirées du lin peut varier de30 à 40 p. 100 suivant la nature des lins et suivantque l’on a ponssé le peignage plus ou moins loin.