MICROSCOPE.
MICROSCOPE.
louche, laiteuse, opaline ou nacrée décèle l’existencedo myriades de corps en suspension, sphériques, enaiguilles, etc., morts ou vivants. La formation des cris-taux microscopiques s’observe en plaçant une goutte delu dissolution sur le porte-objet ; le dissolvant varie sui-vant la nature du sel, et suivant qu’on veut obtenir uneévaporation plus ou moins rapide. Ce phénomène pré-sente l’un des plus beaux spectacles que l’on puissevoir,par la perfection des lignes, l’éclat des couleurs et l’ac-tivité de la production : les cristaux isolés, qui ont étéproduits avec lenteur,sont remarquables par la pureté deleurs facettes et les transformations nombreuses etinstructives qu'ils présentent avec la lumière pola-risée.
Si la lumière ainsi modifiée est d’un puissant secourspour déterminer le système cristallin*de certains corps,elle donne lieu aux plus beaux phénomènes de colo-ration qu’il soit possible de voir. Nous citerons parti-culièrement l’hydrochlorate d’ammoniaque, le chloratede potasse et le sulfate de cuivre.
En dehors des produits purement chimiques, il y ales liquides vitaux et de déjection dont les principaux,le sang, le lait, la lymphe, l’urine, le sperme, la sa-live, sont du domaine de la médecine. Leur examenmicroscopique est fort utile pour l’indication des ma-ladies, et peut-être trop peu pratiqué. L’inspection mi-croscopique seule des sédiments de l’nrine serait ca-pable de guider un médecin dans un grand nombrede cas.
L’application la plus fréquente et la plus séduisantedu microscope est sans contredit l’étude du règne vé-gétal et du règne animal; la nature vivante surtoutnous pénètre d’admiration par sa fécondité illimitée,par sa délicatesse d’organisation et l’énergie de mou-vement qu’elle montre dans les plus petits êtres.
Avec le microscope on reconnaît que les bois, lesécorces, les épidermes végétaux et animaux les plusgrossiers comme les plus délicats, les poils, les fila-ments, les algues, les mousses, les pollen, les féculessont formés d’enveloppes concentriques avec des ca-naux, des pores, des trachées d’une texture très déli-cate.
Les organes des insectes sont bien plus curieux en-core, les pattes, les ailes, les suçoirs, les antennes, lesdards, les palpes, les cils vibratoires offrent dans leurconstruction une aptitude en harmonie parfaite avecleur fonction qui met en évidence la science infinie duCréateur.
Il nous reste à parler d’une application du micros-cope qui n’offre pas autant d’attrait à la curiosité,mais qui est d’une utilité plus immédiate, c’est cellequi concerne les falsifications.
L’avidité du gain est cause qu’il est presque impos-sible de se procurer aujourd’hui des produits purs, sices produits sont vendus à L’état pulvérulent, filamen-teux ou en pâte : c’est ainsi que les sels, les fariues, lasoie, la laine, la cire, le chocolat et une multitude d’ar-ticles de droguerie sont falsifiés par leur mélange avecun corps analogue de moindre valeur. Pour la décou-verte de ces falsifications le microscope est indispen-sable, ou du moins il nous permet souvent de qualifierla substance à la première vue, tandis que l’analysechimique, qui ne peut être exécutée par tout le mondeet demande uue grande dépense de temps et d’argent,ne peut entrer en comparaison, sans compter qu’elledevient impuissante toutes les fois que la forme esttout et la substance rien ; par exemple, s’il s’agitd’une toile dans laquelle on soupçonne la substitutiondu coton au lin ou au chanvre.
L’analyse microscopique des tissus indiquera doncnon seulement au fabricant si une très petite quantitéde coton a été introduite dans une étoffe vendue commen’en devant pas contenir, mais elle lui montrera égale-
ment si les matières premières ont lo degré de finesseconvenable ; il reconnaîtra aussi par les aspérités écail-leuses dont elles sont recouvertes, les plus propres aufeutrage.
C’est surtout dans les farines que la fraude se faitsur une grande échelle; en effet, on peut impunémentajouter une assez graude quantité de farine de pois, deharicots, d’avoine, à des farines de froment; cette fraudene peut se reconnaître qu’avec le microscope. Presquetous les chocolats contiennent plus ou moins de féculede pomme de terre; un fragment dissous dans unegoutte d’eau, c’est tout autant qu’il en faut pour re-connaître cette falsification. Dans des poudres de li-chen vendues fort cher , comme ne devant contenirque du lichen broyé et du sucre en poudre , nousavons reconnu qu’il y avait au moins un tiers de fé-cule de pomme de terre ; à cause de son bas prix etde la facilité avec laqaelle on l’incorpore à une foulede substances, on trouve souvent cette même féculedans le beurre, dans la cire, et dans presque toutes lesfécules étrangères vendues sous le nom d’arrow-rootet autres.
Le microscope sert encore à mesurer les corps lesplus ténus en le9 appliquant sur un micromètre tracésur verre, dont les divisions d’une finesse extrêmemontrent le millimètre divisé en 500 et même en1,000 parties. Cette mensuration est aussi utile nuxsciences qu’à l’industrie ; on mesure aussi bien les glo-bules du sang que le diamètre de la soie et de la laine :la finesse des laines sc reconnaît, il est vrai, au pre-mier aspect; mais le mélange en faible proportion quiéchappe à la vue simple se manifeste immédiatementavec le microscope.
En résumé, la première vue ne peut dispenser dumicroscope, et toute administration ou fabrique em-ployant des matières pulvérulentes, filamenteuses ouen pâte, trouverait un grand bénéfice à s’en servir, nefût-ce que pour montrer qu’elle a l’œil toujours ouvertsur la fraude.
On s’est beaucoup occupé des illusions microscopi-ques, et l’on a prétendu qu’elles devaient faire rejeterle microscope pour des recherches sérieuses; elles onten effet conduit quelquefois daus une fausse voie ouont donné lieu à des prévisions qui ne se sont pas tou-jours réalisées, mais elles ont presque toujours pourcause un éclairage exagéré. Nous pensons, eu résumé,qu’avec du soin, de l’attention, de la persévérance,en se tenant toujours en garde, on arrivera certaine-ment à les éviter.
L’optique fournit encore aux amateurs d’observa-tions microscopiques un appareil dont le> effets sontdes plus remarquables, c’est le microscope solaire . Ilexige nécessairement, ainsi que l’indique son nom, leconcours de la lumière solaire. Un large faisceau derayons solaires est renvoyé horizontalement par unmiroir plan convenablement incliné; puis, ce faisceauest concentré par un grand verre collecteur sur l’ob-jet qu’il s’agit d’observer. A une petite distance de ce-lui-ci se trouve une série de lentilles qui va fonner bienau delà une image réelle et considérablement ampli-fiée, que l’on reçoit sur un grand écran blanc. Si l’oua préalablement fait l’obscurité dans la chambre oùl’on opère, l’image fournie par ce microscope, après lamise au point, est vive et tranchée et peut être con-templée par une société nombreuse. L’instabilité denotre climat a fait songer à substituer au soleil quel -que autre foyer de lumière artificielle et intense; on aemployé successivement l’éclairage aux gaz oxygène ethydrogène projetés sur la chaux et la lumière plusvive encore, fournie par la pile; ce dernier moyen sur-tout a fourni d’assez beaux résultats.
N.-P. Lerebouks.