MUSIQUE.
MUSIQUE
Cependant malgré le puissant attrait que tous les peu-ples ont ressenti pour cet art, il serait rien moinsque vrai de dire que pendant une longue suite de siè-cles il ait fait de notables progrès. A peu près station-naire jusque vers le milieu du seizième siècle, il com-mença seulement à cette époque à recevoir unevigoureuse impulsion du génie italien, non plus musi-cal peut-être que celui du reste de l’Europe , mais plusprompt, plus brillant alors qu’aucun autre. Ce grandmouvement, d’ailleurs, eut sans mélange le caractèrepratique. On était encore bien loin du temps où lessciences expérimentales devaient porter secours auxœuvres d’imagination, tant pour les éléments matérielsde leur exécution que pour l'agrandissement de leurdomaine intellectuel.
Et pourtant, cinquante ans ù peine s’étaient écoulésdepuis la date citée plus haut que le père Mersenne àParis, Kircher à Rome , tentaient par d'honorablesefforts de débrouiller les lois de la production du son.Taylor à Londres, Euler à Berlin , les Bemouilli àBâle , reprenaient h cent ans d’intervalle cette tâche pé-nible, sans que ni la patience investigatrice des uns,ni le profond savoir des autres pussent arracher laconstruction des instruments aux incertitudes du tâ-tonnement.
Dans ce cas comme dans beaucoup d’antres la théorie,après s'êtrc proposé d’expliquer les faits antérieurementconstatés et accumulés par la pratique, y a joint cepen-dant aussitôt la fonction productive d’étendre la mineet de renverser les difficultés avec le levier de la mé-thode. C’est ainsi qu’une série d’études analytiques fitreconnaître à feu Félix Savnrt les causes de la grandesupériorité des violons de Stradivarius, et permit aM. Vuillaume, habile luthier de Paris , de fabriquer lesexcellentes imitations que tout le monde connaît au-jourd’hui.
Du reste, l'opinion que nous exprimons est partagéemaintenant par un grand nombre d'industriels qui,comme MM. Sax, Cavaillé-Coll , Erard, Daniel Sohinit,Roller, Blauchet et Marloye, etc., sont aussi recom-mandables par leur talent de facteurs que par leurs con-naissances acoustiques 11 n’en faut pus plus pour ex-pliquer comment la France est parvenue à faireoublier l’éclat longtemps soutenu de la production etde la vente des instruments de musique en Italie ,comment son activité y a trouvé un véritable aliment,comment ces produits ont par leur immense^exporta-tion fourni à l’orgueil national un nouveau titre surlequel le brillant succès obtenu à l’exposition univer-selle de Londres a attiré l’attention du monde entier.
II. L’acoustique industrielle est la science qui apour objet l’étude des principes déduits de la con-naissance des lois selon lesquelles s’accomplissent lesvibrations sonores des corps de formes et de naturesdifférentes,, pour les appliquer non-seulement à la con-struction et au perfectionnement des instruments demusique connus, mais encore à la création d’instru-meuts nouveaux par le timbre et la qualité des sons ;et qui, manquant encore, laissent les orchestres actuelsimpuissants à exécuter les œuvres des grauds maîtresavec le charme et le caractère de vérité complet qu’ilscomportent.
On y rencontre tout d’abord trois grands ordres deconsidérations :
Le premier consiste dans le choix des substances et ladétermination de l’état auquel elles doivent être ame-nées pour présenter dans leur emploi un résultat favo-
avanl J.-C. l’empereur Hoang-ti ordonna à son ministreLiug-Lun de déterminer les règles de la musique et de faireservir le lu ou tuyau diapason des -Chinois de base ausystème des poids et mesures. (Voir Adrien Delafage, His-toire de la musique et de la danse.)
rable. On y doit tenir compte : 4° de l’homogénéité,sans laquelle il est impossible d’obtenir des effets ré-guliers* de sonorité; 2° de l’ébranlabilité et du degréd’élasticité des corps, par rapport à leur densité ; 3° dola moindre altérabilité possible, sous le rapport so-nore, par la chaleur ou l’humidité; 4° de l’incorrupti-bilité relative, sans laquelle il n’est pas de facture siparfaite qui puisse assurer pour un temps satisfaisantle maintien des qualités de l’instrument et sa duréemême.
Le second ordre consiste dans la corrélation entrela nature des substances employées et la dispositionà donner aux diverses parties de l’instrument. On ydoit tenir compte du mode de vibration ainsi que dola direction et de la communicabilité des mouvementsvibratoires, par rapport au genre d’ajustement de di-verses parties du corps de l’instrument, pour obtenir laplus grande plénitude possible de son; 2° des précau-tions, soit par disposition convenable des parties vi-brantes, soit par étouffement, à l’aide desquelles oupeut éviter les consonnances nuisibles; 3° de la plusgrande étendue sonale possible à donner à l’instru-ment; 4° de l’identité de timbre d’éclat et de portéeentre tous les sons émissibles par l’instrument ; 5° dela facilité et de la rapidité avec laquelle l’exécutantles doit pouvoir tirer tons indifféremment; 6° de leurmodulabilité comme liaison tonale et comme énergie ;7° de la simplicité et de la stabilité de l’accord.
Le troisième ordre de considérations consiste dansle rapport des instruments entre eux et les conditionsde leur classement en orchestre : 4° Dans une mêmefamille d’instruments l’étendue des sons émissibles parchacun d’eux doit toujours empiéter de quelques tonssur celles de ses voisins en grave et en aigu; 2° lesdivers instruments d’un orchestre doivent pouvoirporter le son également loin ; 3° chaque série ou fa-mille d’instruments correspondant à chaque espèce detimbre, doit pouvoir avec identité complète de timbreet d’éclat donner la suite des huit octaves de tons usitésen musique.
Un jour, si des expériences de recherches, entrepri-ses dans le but de découvrir la nature ou cause dutimbre, sont couronnées de succès, il sera permis,nous en avons le ferme espoir, de former une échellede timbres aussi bien définis que les tons de la gammeet les lois rhythmiques. Les conséquences heureusespour la musique à grand orchestre en seraient im-menses.
Enfin qu’il nous soit ici permis de proposer auxinventeurs la voix humaine comme un modèle de per-fection qu’il faut sans cesse chercher à atteindre dansla création d’instruments nouveaux. Une étude appro-fondie de son mécanisme pourra certainement con-duire des facteurs intelligents à atteindre sinon lu to-talité de ses dons, du moins certains d’entre eux, comme4° la variabilité à volonté du timbre ; 2° la vocalisabi-lité et l’articulabilité de tous les sons variables à l’in-fini. C'est avec des instruments à vent qu’on a putenter d’imiter la voix humaine et l’articulation de laparole; tels sont les essais de Kempelen de Vienne , euAutriche , et autres.
En même temps que la classification des instru-ments ( que l’on trouvera ci-après ) nous eroyorfsutile de donner le tableau général des nombres de vi-brations, de la série entière des sons musicaux, avecl’étendue tonale du plus grand nombre des instrumentsusités. Ce tableau comprend les nombres de vibrations,les rapports de ces nombres et des longueurs des on-des, 1° en mètres, à la température de 40°, d’après lesexpériences de 1822 ; 2°eu pieds, à la température de 0°,en supposant la vitesse du son égale à 1024 pieds purseconde au lieu de 1026, conformément aux expériences de 1738.