TELEGRAPHIE,
TELEGRAPHIE.
Volta qu’au commencement de notre siècle. Il employal’électricité statique, et se servait pour électro-moteurd’une machine électrique. Un fil particulier était af-fecté à chaque lettre; il y en avait vingt-quatre. Il yavait en outre autant d’électro-moteurs que de fils, etceux-ci étaient isolés le mieux possible en les immer-geant dans de la résine fondue.
En faisant passer la décharge de la machine par telou tel fil, l'électromètre correspondant indiquait la pré-sence du fluide électrique par l’écartement des balles desureau, et ce mouvement représentait la lettre en rap-port avec cet électromètre.
Bétancourt établit ce système à Madrid . Ce n’étaitencore qu’une solution scientifique; cependant l’idéeétait déjà matérialisée, mais non pas arrivée à l’étatpratique, vu la difficulté insurmontable d’isoler parfai-tement le conducteur de l’électricité statique, quemême dans le cabinet de physique on a tant de peineà isoler.
En 1794, ffciter, un Allemand , donna dans le Jfo-gasin périodique de Yoigt la description d’un télé-graphe, consistant en une machine électrique et unetable de verre, dans laquelle étaient incrustées toutesles lettres de l’alphabet ; ces lettres étaient en métal,communiquaient toutes par leur fil respectif, bien isole,avec la machine, et l’électricité étant envoyée par unfil, la lettre à laquelle il touchait devenait brillante.
D’après le Magasin do Yoigt de 1798, le docteurSalva contruisit en Espagne un télégraphe fondé surce principe. Une nouvelle fut apportée ainsi d’unegrande distance à l’infant don Antonio.
Franklin eut aussi l’idée d’appliquer l’électricité à latransmission des dépêches.
Ainsi, en Europe, en Amérique , cette idée germaitdans les cerveaux ; elle n’attendait plus que la décou-verte d’un moteur sûr et commode.
Ce ne fut pourtant que onze ans après la découvertede Volta, en 1811, que Somering eut la première idéede son application aux télégraphes De tous les phé-nomènes remarquables que produit la pile, on ne con-naissait encore que la décomposition de l’eau ; eh bien !il fit avec elle ce que Lesage avait fait avec des électro-mètres, c’est-à-dire qu’il plaça autant de fils que delettres, et à l’extrémité de chaque fil était un volta-mètre.
Coxe , de Philadelphie , fit mention de l’applicationdu galvanisme à la construction des télégraphes, maisne donna aucun moyen pratique (1).
Dix ans après la découverte de la pile, OErsted litune autre découverte fondamentale, celle de la dévia-tion de l’aiguille aimantée par le courant électrique, etdans cette même année 1810, l’illustre physicien Am-père , dans un mémoire qu’il publia sur ce fait, s’ex-prima ainsi :
« Autant d’aiguilles que de lettres de l’alphabet quiseraient mises eu mouvement par des conducteurs qu’onfait communiquer successivement avec la pile, à l’aidede touches de clavier qu’on abaisserait à volonté, pour-raient donner lieu à une correspondance télégraphiquequi franchirait toutes les. distances, et serait aussiprompte que l’écriture ou la parole pour transmettrela pensée. »
Peu de temps après la découverte d’Œrsted, un ins-trument d’une sensibilité extrême, le multiplicateur ougalvanomètre, fut imaginé par Schweigcr, et permitdéfaire mouvoir l’aiguille aimantée par la moindre tracede courant électrique.
En 1823, Ronalds fit un télégraphe avec un cadran,dont les signaux apparaissaient par une petite ouver-
(t) Annales du docteur Thomson, l r * série, t. VU, y. t62,«8 te.
ture les tins après les autres; c’est le premier télé-graphe à cadran.
En 1832 et 1833, le baron Schilling imagina un télégraphe qu’il expérimenta à Saint-Pétersbourg , et pourla première fois fit l’emploi d’un timbre avertisseur,pour prévenir le correspondant du moment de l’envoid’une dépêche.
Cooke et Wheatstone établirent en Angleterre le télé-graphe du baron Schilling, mais en réduisant le nombredes fils d’abord à cinq, puis à deux, et même un seulfil ; mais le cas le plus usuel est le télégraphe à deuxfils.
La première ligne établie le fut en 1837, entre deuxstations du chemin de fer de Londres à Birmingham .
En 1838, Morse j de New-York, communiqua à l’A-cadémie des sciences un nouveau télégraphe de soninvention, où fut faite pour la première fois l’applicationde la découverte de M. Arago en 1823, savoir, l’ai-mantation du fer par un courant électrique.
Un électro-aimant dont le fil est le prolongement duconducteur placé sur la ligne, devient aimant quand lecourant circule. Dans cet état, il attire un morceau defer fixé à un* levier, et l’autre extrémité de ce levierporte une poiute qui alors vient frapper sur une bandede papier qui se déroule devautelle.
Si le courant n’existe qu’un instant très court, lapointe marque un point; s’il persiste un moment, uueseconde ou deux, elle fait un trait, et alors on a forméun alphabet ainsi composé.
A B C D Ê F etc.
L’appareil de Morse eut cet avantage sur ceux quil avaient précédé, c’est qu’un fil seul était suffisant pourétablir une correspondance.
Steinhel a construit en 1838 et établi à Munich untélégraphe qui imprime aussi des points et des traitssur une bande de papier. Morse a fait usage d'unepointe sèche, et Steinhel a employé une pointe chargéed’encre; au lieu d’avoir une seule pointe il en a placédeux ; il ne fuit pas des traits, mais seulement des com-binaisons de points. Son télégraphe n’est pas, commecelui de Morse , resté dhns la pratique, mais ce fut un deceux qui les premiers employèrent la terre comme se-cond couducteur.
En même temps que ses aiguilles marquaient despoints, elles pouvaient aussi faire entendre un son enfrappant chaque fois sur un timbre.
1840. Al. Wheatstone expérimenta à l’Observatoireun télégraphe à cadran qui devait peu différer de celuique Ronalds avait fait en 1823.
1842. M. Jacobi expérimenta entre Tsarkoié-Selo etSaint-Pétersbourg , distance de 25 kilomètres. Contrai-rement à l’usage qui était de faire porter les fils sur despoteaux, il les enfouit sous terre. Cependant, sur unelongueur de 9 kilomètres, il supprima un des fils et leremplaça par le sol, et l’intensité du courant se trouvadoublée.
A,peu près à la même époque, il faisait des expé-riences sur la possibilité d’employer la terre commeportion du circuit. Il s’en servit même comme électro-moteur. En enfonçant dans le sol une plaque de cuivreet une plaque de ziuc, chacune à l’extrémité d’un fild’un myriamètre, il obtint un courant capable de fairefonctionner un télégraphe; les plaques avaient 26 cen-timètres carrés de surface.
1845. Al. Rréguet fait pour l’administration des li-gnes télégraphiques de France un télégraphe à deuxcadrans, pouvant représenter les signaux des télégraphesaériens. Le 11 mai, ce système fut essayé pour la pre-mière fois devant la commission nommée par le gou-vernement. La ligne fut inaugurée par ces mots :« Comment va Bréguet? — Bien, il fume un cigare. »