ÉCONOMIE INDUSTRIELLE.
• ÉCONOMIE INDUSTRIELLE.
Ce qui est incontestable, c’est que, quand il y apeu de capital, la production est languissante, ily a peu de produits, la classe la plus nombreuseest vouée à la misère. Tout ce que peut obtenirle travailleur en s’exténuant, c’est une grossièrenourriture qui l’empêche tout juste de mourir defaim. Si alors l’inégalité sociale permet du luxeà quelques-uns, c’est à une minorité tellementfaible, que, même en la dépouillant pour reportersur le plus grand nombre l’équivalent des plaisirsqu’eiiese donne, l’existence de la masse n’en se-rait pas sensiblement changée.
L’accroissement du capital, au contraire, fécondele travail de mille manières. Les forces de la natureviennent se joindre à celles des bras de l’homme àl'aide de puissants appareils, et délivrent l’espècehumaine des travaux les plus pénibles et les plushumiliants, font disparaître presque tous les tra-vaux qui n’exigent que l’emploi des forces mus-culaires. Le joug de la misère devient moins lourdet fait courber une moindre proportion de tètes;la condition humaine gagne sous tous les rapports,au moral comme au physique. Les témoignages del’histoire sont incontestables à cet égard; maiscombien il reste encore à faire? Certes, la posi-tion est bien. meilleure aujourd’hui en France qu’autrefois, et pourtant on n’évalue qu’à 10 mil-liards les revenus de la France pour 35 millionsd’habitants et 300 jours de travail, c’est moins de1 franc par jour!
Si les capitaux, les produits accumulés par letravail des générations qui nous ont précédés nepeuvent jamais qu’être utiles pour la productionde la richesse générale, en est-il de même pour larichesse individuelle, notamment de l’emploi desmachines si souvent attaquées au point de vuedes souffrances qu’elles imposent à l’ouvrier?
En effet, la mission du capital étant de faireexécuter par les forces naturelles ce qui s’exécu-tait antérieurement par le travail humain, il sembleque, quelque bien qu’il confère à l’humanité, ildoit nuire à la classe ouvrière, en diminuant laquantité de travail humain à effectuer. Mais commele fait remarquer M. Bastiat, on se fait, en raison-nant ainsi, une illusion qui consiste en ce qu’onperd de vue ceci ;
Le capital, à mesure que son action s’étend, nemet en disponibilité une certaine quantité d’effortshumains qu’en mettant aussi en disponibilité unequantité de rémunération correspondante , de tellesorte que ces deux éléments se retrouvant, se sa-tisfont l’un par l’autre.
Là est en effet toute la réponse ; sans doute ilest vrai, comme on le fait observer habituellement,que le nombre des personnes qui vivent de l’im-primerie est infiniment supérieur au nombre descopistes avant l’invention de Guttenberg, le nombredes filateurs est plus de millè fois supérieur à cequ’il était avant l’invention d’Arkwright , et cesinventions oui été de tout point pour l'humanité
de sublimes progrès, mais de plus elles n’ont nul-lement diminué le travail humain, même au mo-ment où elles ont paru.
L’individu qui faisait profession de copiste a bienpu éprouver de fâcheuses souffrances, s’il a étécontraint à chercher un état différent de celui quijusqu’alors l’avait fait vivre, mais en masse lenombre des ouvriers occupés n’a pas diminué.
Soit 1,000 le capital que la société consacrait àl’achat de manuscrits, le capital qui défrayait, parexemple, le travail de 100 copistes. Si pour 100la même satisfaction peut être fournie à la sociétépar 10 imprimeurs, grâce à l’invention de l’im-primerie, il lui restera 900 disponibles. Or, commeles désirs sont toujours supérieurs aux satisfac-tions, ces 900 sont sûrement toujours dépenséset viendront solliciter le travail de 90 ouvriersqui, sans cela, ne seraient pas occupés.
Donc, au point de vue de la sooiété, les inven-tions qui viennent en quelque sorte rendre desindustries tributaires du capital, qui, à l’aide demachines compliquées, font produire des objetsmanufacturés en grande partie par l’action desforces naturelles, ne privent même pas momenta-nément de travail un certain nombre d’ouvriers;s’il paraît en être ainsi, et si sous ce rapport ily a quelque chose de fâcheux dans un passage quela prévoyance et la bienfaisance doivent s’efforcerd’adoucir, c’est qu’on se place à un point de vueétroit; pour la société prise en masse il n’y aaucun dommage produit qui puisse amoindrir lesimmenses résultats de l’accroissement du capital.
Nous anticipons ici, malgré nous, sur les ques-tions de distribution de la richesse, mais nousavons cru devoir élucider cette question importanteaussitôt qu’elle se présentait.
Nous nous sommes surtout arrêté dans ce quiprécède sur les capitaux-outils et devons com-prendre avec les économistes, dans le capital, lesmatières premières accumulées qui sont bien né-cessaires à la production des objets, mais n’ensont pas le moyen. Ces éléments de la production,que nous indiquons ici pour compléter l’énuméra-tion, permettent, comme nous le dirons bientôt,d’obtenir des profits en rendant la création pos-sible et agissent ainsi indirectement ; ils sont sem-blables, sous ce rapport seulement, qu’ils sontl’objet de la propriété comme les produits, maisnous croyons qu’ils doivent être distinguées ducapital-outil, agent direct de la production.
Des Machines. —Ce serait ici le lieu de traiteravec quelques détails des fonctions que les ma-chines, partie si importante du capital industriel,sont destinées à remplir, si ce n’était faire doubleemploi avec les matières traitées dans cet ouvrageet entrer dans la technologie à laquelle il est con-sacré. Nous nous contenterons de dire en quelquesmots que les machines servent :
1 ° A transformer en mouvements facilement utili-sables,la puissancemécaniquedesagents naturels;
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