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ECONOMIE INDUSTRIELLE.

ECONOMIE INDUSTRIELLE.

ciété se révèle ; il n’y aurait pas société dans uneagglomération d’indi vid us n’ayant rien de communles uns avec les autres ; ce serait un troupeau tel quecelui des animaux privés des facultés de l’homme,facultés qui font de ce .dernier, suivant Aristote ,un animal sociable, au point de vue économiqueun être qui échange.

Supposons, avec M. Michel Chevalier, deux sau-tages , dont l’un sera plus adroit pour grimperaux arbres, l’autre aura une plus grande agilitépour courir; le premier cueillera des fruits, lesecond ira à la chasse, et s’ils se rapprochent, ilstroqueront nécessairement l’un contre l’autre, àleur mutuel avantage, une portion de ce qu’ils au-ront ramassé. Remarquons d’abord ici la divisiondu travail qui permet à chacun des contractantsde mieux utiliser ses facultés, et combien parsuite chacun d’eux est disposé à répéter de sem-blables échanges de travail. On-comprend, d’aprèscet exemple de deux sauvages, qui ne peuventpour ainsi dire pas échapper à l’échange, combienil se multiplie dans la société civilisée, au point dese confondre en quelque sorte avec la vie même dela société.

L’échange, comme tous les phénomènes qui ontleur règle dans la liberté individuelle, relève d’uneloi qui n’est que l’expression même de cette liberté,celle de l’offre et de la demande.

L’échange libre ne peut avoir lieu que par l’offred’une marchandise et la demande de cette mêmemarchandise ; c’est là le fait même de la transac-tion qui constitue l’échange librement consenti, lefait commercial indépendant de l’objet échangé.S’il y a des milliers d’offres pour une seule de-mande, l’échange sera défavorable à ceux qui of-frent, l’inverse aura lieu dans le cas contraire. Dece fait se déduit le prix-courant des marchandises,c’est-à-dire la quantité d’une certaine marchan-dise type, d’un certain poids d’or ou d’argent,contre lesquelles elles se troquent tel jour sur telmarché.

Ce prix-courant, variable avec la rareté, ledésir de l’acquéreur, etc., ne doit pas être con-fondu avec la valeur. M. Bastiat, qui a creusétrès-profondément la notion de la valeur, la définitle rapport de deux services échangés, parce qu’eneffet ce n’est que dans l’échange qu’apparait lanotion de mesure de la valeur : jusque-là ellen’était pas visible, elle était en quelque sorte ca-chée derrière l’utilité. Cette définition permet defaire rentrer dans l’Économie politique toutes lesvaleurs immatérielles, les services de l’avocat,du médecin, de l’homme d’État, qui ne sauraientsans inconvénient en être distraits; mais sans en-trer dans la discussion de savoir s’il ne vaut pasmieux les considérer seulement comme destinés àdévelopper, à conserver les forces productives,quand on se borne aux produits du travail dansl’industrie, à l’économie industrielle proprementdite, nous pensons qu’il faut s’en tenir à la théorie

de Ricardo, qui consiste à considérer la valeurcomme réglée par les frais de production , c’est-à-dire par le travail dépensé pour sa production, enlaissant pour un instant de côté les éléments ac-cessoires moins importants dont nous parleronsplus loin; à distinguer ainsi complètement la va-leur réelle du prix momentané d’un objet, cellequi existe virtuellement indépendamment de toutéchange qui fixe le prix, qui peut dans des cas depénurie,.de disette, être extrêmement différentde la valeur.

En restant donc dans les conditions d’une so-ciété livrée au travail de la production, où leséchanges s’opèrent avec toute sécurité, toute li-berté, le prix-courant se rapprochera beaucoupde la valeur et pourra souvent servir à la déter-miner.

En effet, si j’ai besoin d’un produit quelcon-que, j’ai deux moyens pour me le procurer :soit de le créer directement par mon travail, soitde créer par mon travail habituel un produit quej’échange avec le produit que je désire, et quemon voisin crée par son travail de chaque jour.Mais s’il veut échanger le produit qu’il a créé etqui lui a coûté une journée de travail, contre lemien qui m’a coûté quinze jours de travail, jepréférerai le créer moi-même ou plutôt trouveraiun autre travailleur plus raisonnable qui se con-tentera du remboursemçnt de ses frais et de larémunération de son travail ; avec lequel je pourraifaire un échange en proportion des quantités detravail.

Il ne peut en être autrement que dans quelquescas de rareté accidentelle, ou momentanément pourquelques industries telles que l’agriculture, où laproduction annuelle ne peut venir rapidement com-penser les vides des marchés, et pour laquelle larareté ou l’excès de production n’ontd’effet que surl’ensemencement et la récolte de l’année suivante.Mais pour l’économie des produits manufacturés,comme l’augmentation de prix résultant dé la ra-reté fait croître rapidement la production , demême que l’avilissement résultant de l’encombre-ment le fait diminuer par l’impossibilité de retirerles frais de production, la moyenne decetteoscilla-tion se rapproche beaucoup de la valeur telle quenous l’avons définie d’après Ricardo.

Il importe de remarquer que la formule deRicardo est en réalité très voisine de celle deM. Bastiat. Dire que la valeur d’un objet est ré-glée par les frais de production, c’est dire quele travail et les sacrifices de nature quelconquequ’il faudra faire pour le créer, produiront unobjet donnant droit par l’échange à une certainequantité de services. C’est-à-dire que l’échangeconsommé, la valeur reconnue sera en réalité lerapport de deux services échangés, comme le veutM. Bastiat, mais avant l’échange, pourvu toute-fois que celui-ci soit possible, soit certain commedans nos sociétés pour tous les objets dont le