ÉCONOMIE INDUSTRIELLE.
est déterminé par le coût de la production la pluschère qui se maintiendra en un moment donné.
Donc plus ce coût sera élevé, plus sera grandepour une certaine portion du blé porté au marchéla différence entre ce qu’il aura coûté et le prixqu’on obtiendra, entre la valeur réelle et le prixcourant. Supposons sur le marché du blé ayantcoûté 10 fr., du blé qui aura coûté 4 2, un autre 4 5,un autre 20. Supposons que ce soit à ce dernierprix que le blé tendra à se vendre année commune.
Cela étant, le possesseur dublé produit le moinschèrement obtiendra ses frais de production et40 fr. en sus ; le suivant 8 en sus du coût, le troi-sième n’aura que 5 ; le dernier ne retirera que sesfrais de production.
Cette différence entre les frais de production etle prix du marché, entre les frais exigés pour leproduit le moins coûteux et le prix du marchérésultant des frais de production nécessaires àceux qui ont produit le plus chèrement pour sa-tisfaire à la consommation, c’est la rente de la terre,le produit net qui a pour cause la fertilité natu-relle ou résultant de travaux accumulés d’uneterre convenablement située ; c’est ce qui peut re-venir équitablement au propriétaire de la terre.
Telle est la base de cette théorie si capitale, quiconstitue un des plus beaux travaux de l’économiepolitique moderne.
Il résulte clairement des faits que la rente de laterre est un effet, un résultat des besoins de la so-ciété et nullement la cause de l’élévation des prix.Du moment qu’il y aura marché libre, le déten-teur de la terre la plus fertile, la mieux placéepar rapport au lieu de consommation profitera dela rente qui appartiendra à celle-ci. Il y a là unprofit engendré dans lequel le fermier n’est pourrien et qui revient naturellement à celui qui afourni l'instrument de production.
Ainsi donc la loi économique qui règle le prix,le proportionne en principe à la valeur, c’est-à-dire aux frais de production est vraie, mais ellene peut se réaliser complètement que sous l’em-pire de la libre concurrence de tous.
Or la libre concurrence est exclue, limitée partoute espèce de monopole, tel que le monopole devoisinage des marchés les plus avantageux, élé-ment principal de la rente de la terre, et par suitel’influence de ceux-ci se fait sentir sur toute espècede production. Il n’est presque pas de produit',comme nous le verrons bientôt, dont on puisseconsidérer le prix comme un résultat pur et sim-ple du travail qu’il a coûté à créer.
En résumé, si les terres les plus fertiles, situéesdans le-voisinage des centres de population, donnentpour un même travail des produits supérieurs à ceuxdes terres voisines, ou plus avantageux que ceuxdes terres plus éloignées qui ne peuvent arriver surle marché que grevés de frais de transport ; il enrésulte que les propriétaires de ces terres jouissentd’un véritable monopole, d’une rente que pourra
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leur payer un fermier qui aura la certitude de bé-néfices importants sur son travail, par cela seu-lement qu’il l’appliquera à la terre que le proprié-taire lui fournit. C’est de la certitude d’un profitque découle la rente.
Si l’on étudie la cause de là fertilité de certainesterres qui peuvent ainsi fournir de semblables ré-sultats, on verra qu’il est dû presque entièrementau travail. La différence entre certaines terres quiproduisent à peine de quoi payer l’impôt que l’Étatfait payer pour garantir et défendre la propriété,et d’autres qui produisent rente, dépend souventd’une irrigation ou d’un dessèchement, de plan-tations convenables, en un mot d’utiles travauxaccumulés. D’autres fois c’est un nouveau pro-cédé de culture, un assolement convenable, laculture d’une plante nouvelle, qui permet de récol-ter des profits là où la veille il n’y avait que perte.Quelquefois, sans doute, le développement des ma-nufactures, l’accroissement d’une grande ville, etsurtout l’ouverture de nouvelles voies de commu-nication, améliorent la fortune des possesseursdes terres voisines, assurés du débouché de leursproduits; mais alors ils ne profitent, que commetous les producteurs de la contrée, de l’enrichis-sement général de la nation produit par des dé-penses productives dont ils ont souvent payé lapart la plus forte sous forme d’impôts ou autrescharges de la propriété.
En un mot, la culture du sol peut souvent as-surer des profits; par suite, il se trouve dans lespays où toutes les terres sont occupées, des fer-miers qui se chargent d’appliquer leur travail à laterre en garantissant partie des profits au proprié-taire. C’est là la rente, qui n’a un cachet spécialque parce qu’on trouve plus souvent ici que dansl’industrie des fermiers intermédiaires; mais,comme nous allons le voir, cette loi n’est pasparticulière à l’agriculture.
Des rentes et des profits dans l’industrie.
Nous venons de voir comment, dans la culturede la terre, le produit net, l’excédant des valeursproduites par la culture sur les frais de productionse répartissait en deux parts : l’une, la rente de laterre, qui revenait au propriétaire du sol, à celuidont la société reconnaissait la propriété; l’autre,le profit du fermier-entrepreneur, assureur du sa-laire des ouvriers qui ont pris part aux travaux etde la rente du propriétaire, qui se traduit en gainou en perte, suivant son habileté, les chances de laculture et aussi les conditions généralesdu marché.
Ce qui est vrai du fermier et de la terre est vraide la même manière de toute exploitation indus-trielle, et ce serait bien à tort que dans ce cas,comme on le fait souvent, nous traiterions de l’a-griculture autrement que d’une industrie analogueà toutes les autres. Cette décomposition des pro-fits permet de bien comprendre les questions lesplus ardues de l’économie industrielle.