Economie industrielle.
rieur qui donne la forme aux choses extérieures.La puissance d’une nation est dans son esprit, etcet esprit, si on le fortifie, si on l’agrandit, mettrala nature en harmonie avec lui-même, et créera lemonde qui lui convient. »
Un pays, en effet, n’est pas bien fourni de pro-visions parce qu’il a peu d’habitants, ni mal fourniparce qu'il en a beaucoup. En France , la popula-tion est double au moins de ce qu’elle était sousles Valois, et elle est beaucoup mieux fourniequ’elle n’était alors. Pourquoi? C’est que les pro-grès de la production ont excédé ceux de la popu-lation. Et il faut bien remarquer que dans cha-que point déterminé, ce n’est pas positivement desubsistances qu’il s’agit, mais de la production derichesses, de valeurs; par le commerce et l’é-change , il se trouve toujours quelque part unproducteur de subsistances qui les échangera contrecette valeur.
A ce qui précède on fait l’objection qu’un jour leglobe pourrait être occupé de manière àne plus per-mettre à un homme de plus de subsister. Sans savoirsi les progrès de l’agriculture ne pourront, dansl’avenir, amener la production à suivre la quantitédes engrais qui existeront alors, de manière à sui-vre l’accroissement de la population, ce que PierreLeroux appelle le circulus, nous dirons seulementque ce résultat si éloigné une fois obtenu, lorsquela population du globe sera vingt ou trente foisplus considérable que de nos jours, la retenue decette humanité deviendra une loi obligatoire pourtoute l’humanité, tandis qu’elle ne s’applique au-jourd’hui qu’à des positions spéciales; mais évi-demment ici il s’agit d’une utopie.
Nous dirons aussi un mot de l’émigration commemoyen d’obtenir le nivellement de la populationet des moyens de subsistance,moyen qui permettraà l’Angleterre de faire dominer un jour le mondepar la race sortie de son île, qui peuplera bientôtavec une foule d’îles plus de la moitié de l’Améri-que, l’Australie, la Zélande et partie de l’Inde . Cemoyen, qui paraissait autrefois un palliatif sansimportance, est devenu, grâce à la facilité descommunications, un puissant remède à la misère.Nous voyons de nos jours les Irlandais se préci-piter en Amérique , des flots de population alle-mande suivre la même voie, l’Angleterre envoyerde hardis colons chercher l’or en Australie , dansdesproportions assez grandes pour que le taux des sa-laires augmente dans ses manufactures! La facilitémerveilleuse des communications fait entrevoir unavenir prochain où la souffrance ne pourra at-teindre une population située sur un point duglobe sans que le remède soit à sa portée, si ellea l’énergie et l’intelligence d’en profiler.
Enfin, notre dernière observation est celle-ci :la misère et le paupérisme sont d’autant plusgrands que le capital est moindre dans une so-ciété, et surtout que la propriété est concentrée enun plus petit nombre de mains.
ÉCONOMIE INDUSTRIELLE.
f Que le paupérisme soit d’autant plus grandj que le capital est moindre, cela est bien év^ern;j cela revient à dire qu’on ne peut travailler, et sur-tout produire beaucoup, sans outils. La produc-I tion de richesses croît avec une extrême rapiditéavec l’accroissement du capital, des machines no-tamment, c’est-à-dire à mesure que l’on fait inter-venir davantage les forces naturelles dans la créa-tion des utilités ; tout cet ouvrage est la démons-tration de cette véritépresque évidente d’elle-même,et prouve surabondamment que les richesses d’unenation sont précieuses surtout en raison des nou-velles richesses qu’elles permettent d’engendrer.
Si l’existence du capital, c’est-à-dire de la ri-chesse elle-même, est la condition principale dubien-être d’une nation, il en est une seconde qui estpresque d’égale importance, c’est la division, lanon-concentration en un petit nombre de mainsde ce capital, point de vue auquel nous avons ànous placer souvent dans ce qui va suivre, et estun des cas de réaction les plus importants de lapolitique sur l’économie industrielle. Ce pointde vue permet seul d’apercevoir une des causesles plus fréquentes du paupérisme, comme l’a re-marqué M. Villeneuve-Bargemont.
La culture morcelée engendre la misère la plusaffreuse en Irlande , la division du travail dans lesgrandes manufactures crée des classes qui fournis-sent un triste contingent au paupérisme ; aucontraire la propriété divisée procure l’aisanceà des populations nombreuses dans les plus bel-les provinces de France . C’est la propriété quidonne à l’homme, avec quelque bien-être, le dé-sir d’assurer celui de sa famille, d’en restreindrel’accroissement, tandis que la misère le rend in-sensible au sort d’enfants aussi misérablesque leursparents. 11 n’est pas de loi plus certaine ; ce n’estpas seulement parce que les fruits du travail ap-partiennent au propriétaire qu’il en est ainsi ; c’estparce qu’une certaine indépendance permet uneculture morale, engendre un certain ressort del’âme. C’est dans cet élément qu’est le correctif leplus puissant de la loi de Malthus, vraie quandon parle d’unités physiques qui s’abandonnent àleur sort, fausse quand on considère avant tout leressort moral de l’homme qui peut accroître laproduction indéfiniment par son énergie.
C’est surtoutla propriété qui permet à l’accrois-sement de la population d’être toujours accompa-gné d’un développement plus rapide de bien-êtreet de puissance, qui permet d’utiliser dans l’in-,térêt général les progrès de la civilisation, les uti-lités gratuites, etpàrsuite communes. C’estsurtoutà empêcher l’accroissement de population, et parsuite de forces productives, de devenir, par unmauvais emploi une cause de paupérisme et de mi-sère, que l’on doit se dévouer, en empêchant lesmonopoles injustes, qui permettent à quelques?uns de profiter de privilèges onéreux à la masse,en faisant respecter les monopoles j ustes et utiles,