ÉCONOMIE INDUSTRIELLE.
ÉCONOMIE INDUSTRIELLE.
propriété industrielle qui multiplie les chances desuccèsde la capacité qui ne dispose pas de ressour-ces énormes, assure à tous équitable rémunérationen proportion des services rendus. La société estorganisée, et le sera, il faut espérer, davantagechaque jour, pour amener les plus capables à latête de l’armée, de la magistrature, de l’adminis-tration, etc.; nulle autre cause d’avancement n’estreconnue légitime que la capacité, l’aptitude àrendre de grands services; c’est à ce titre que lanoblesse héréditaire, la vénalité des charges ontdisparu. Or ce but est atteint d’autant plus parfai-tement dans l’industrie que le travailleur capablepeut aborder plus facilement la propriété.
Avoir établi la réaction réciproque de la con-stitution politique et de l’organisation industrielled’un pays, c’est avoir prouvé que cette organisa-tion est influencée par les éléments qui dominentla vie de la nation. Il importe donc d’en bienconnaître les mœurs, les besoins. Pour la nationfrançaise, la tendance dominante c’est le besoind’égalité, qui trouve sa satisfaction, comme nousl’avons dit, dans la multiplication du nombredes propriétaires. Rien de plus respectable quecette tendance, quand il ne s’y joint pas de senti-ments d’envie, surtout quand chacun veut s’éle-ver par son propre mérite et respecte scrupuleu-sement la liberté de ses concitoyens.
La seconde tendance qui ne distingue pas moinsnotre nationalité de toute autre (surtout moinsméridionale), c’est le besoin de vie nationale quise réveille le plus vivement au moment où il pa-raît le plus endormi et dont la législation, causeprincipale de la division de la propriété, estune des manifestations. Certes, ce sentiment aété souvent bien funeste à la liberté, mais il aaussi permis d’accomplir les plus grandes œuvresqui aient illustré la nation. De ce besoin de vienationale, résulte l’immixtion fréquente du gouver-nement qui en est l’expression, dans les questionsindustrielles. Certes il ne faut pas oublier quecette intervention ne peut s’effectuer qu’à l’aide desressources fournies par l’impôt, avec toutes lesimperfections, toutes les lenteurs de la machineadministrative, avec le danger du favoritisme ;mais nous pouvons dire que si dans certains cascette intervention peut être profitable, .elle doitêtre employée dans notre pays plus que dans toutautre; elle répond aux mœurs et aux instincts dela nation, à sa fougue logique pour atteindre im-médiatement ce qui lui paraît être un progrès.
Nous savons bien, et l’expérience ne nous a quetrop prouvé dans ces dernières années de révolu-tion, tous les funestes effets de l'habituded’attendretout du gouvernement , habitudequi répand dans lesmasses la funeste croyance que le bonheur univer-sel dépend de l’administration seule et les faitcon-clure par les théories communistes. Nous rendonspleine justice aux écrivains distingués qui, cher-chant à exalter l’énergie individuelle, opposent
les devoirs de l’homme dans la famille à ces exa-gérations de vie nationale qui tend à l’oppressiondes individus; mais nous ne croyons pas pourcela que toute centralisation des efforts de la na-tion, maintenue dans des limites convenables, soità blâmer dans tous les cas et ne puisse contri-buer utilement au bonheur des individus. •
Le point de vue opposé a été exalté par un écri-vain que la France a malheureusement perdu aumoment où il venait de lui rendre de bien grandsservices en proclamant des vérités obscurcies parbien des préjugés et bien des passions.
« Quelles sont les choses, dit M. Bastiat, que leshommes ont le droit de s’imposer les uns auxautres par la force? Je n’en sais’qu’une dans cecas, c’est la justice. Je n’ai pas le droit de forcerqui que ce soit à être religieux, charitable, in-struit, laborieux, mais j’ai le droit de le forceraêtre juste, c’est le cas de légitime défense.
« Or, il ne peut exister, dans la collection des in-dividus, aucun droit qui ne préexiste dans les in-dividus eux-mêmes. Si donc l’emploi de la forceindividuelle n’est justifié que par la légitime dé-fense, il suffit de reconnaître que l’action gouver-nementale se manifeste toujours par la force pouren conclure qu’elle est essentiellement bornée àfaire régner l’ordre, la sécurité, la justice. »
Adam Smith avait ajouté'ceci à la mission dugouvernement : « L’État doit ériger, entretenir cer-tains établissements utiles au public, qu’il n’estjamais dans l’intérêt d’un individu, ou d’un petitnombre d’individus, de créer ou d’entretenir pourleur compte, par la raison que les dépenses occa-sionnées par ces établissements surpasseraient lesavantages que pourraient en retirer les particuliersqui les soutiendraient à leurs frais. »
En admettant que le droit strict est dans leprincipe établi par M.Bastiat, nous croyons utileà la société d’admettre une extension qui va nousramener bien près du point de vue d’Adam Smith .
Le gouvernement est-il seulement un gendarme,pour appliquer la force et faire respecter le droitabsolu? N’a-t-il du rôle de père de famille, sou-vent attribué au prince, que le droit de répression?
La charité n’est-elle pas un devoir qui imposede lourdes charges à la société, et est-ce bien rai-sonner que de limiter la prévoyance sociale à nour-rir l’indigent au lieu de tendre à l’empêcher detomber dans la misère? Mais il y a plus, la jus-tice elle-même règne-t-elle dans une société, si,malgré tous les efforts du $énie, un homme nepeut s’élever au degré où son mérite doit le pla-cer? Sans doute, nous répondront les économis-tes, cela ne serait pas si tous les obstacles, tousles monopoles, tous les privilèges disparaissaient ;mais nous verrons que c’est au contraire en con-sacrant les justes monopoles que peut se créer lacapacité que ce résultat peut être surtout obtenu ;d’ailleurs il est impossible de faire absolument ta-ble rase et les positions acquises le plus régulière-