ÉCONOMIE INDUSTRIELLE.
ÉCONOMIE INDUSTRIELLE.
ment, par les efforts les plus légitimes, l’héritagedu bien le mieux acquis, constituent un privilègede fait qui peut rendre les positions élevées pres-que inabordables pour les nouveaux venus. Cer-tes le correctif le plus énergique, le seul vrai-ment efficace, réside dans l’activité, l’énergie,l’ambition légitime de populations soutenues pardes idées d’égalité ou plutôt d’aristocratie de ta-lent. Nous voyons ce spectacle en Amérique . Maisencore est-il conforme aux tendances de notreépoque de faire peser l’influence de l’associationde tous, en certain cas, du côté des personnesdéshéritées de tous avantages antérieurs, nonpour nuire à ceux qui possèdent déjà, mais pourfaciliter le succès à ceux qui s’efforcent de parve-nir ; d’aider, en un mot, non au partage de la ri-chesse existante, que considèrent seule presque tousles réformateurs, mais à la création de la richessenouvelle au profit de la partie la plus intelligente,la plus énergique, la plus active de la nation.C’est ainsi qu’on peut espérer faire jouir une so-ciété de tous les bénéfices de la liberté, en con-servant cependant une organisation appropriée àune race qui demande des institutions spéciales.N'y eût il pas justice absolue que les classesélevées ne réclameraient pas si elles voyaient delégers sacrifices leur être demandés uniquementpour aider les classes inférieures à s’élever, avecla nation tout entière, au bien-être et à la pros-périté.
Ne voit-on pas qu’il y a une différence immenseentre nos anciennes sociétés, où toutes les posi-tions sont prises, fortement occupées, et les nationsjeunes comme l’Amérique , où le sol inoccupé,l’occasion de travail, sont à la disposition de touthomme de bonne volonté, et n’est-il pas palpableque c’est en fournissant à l’homme pauvre quel-ques facilités pour réussir, en éveillant ses facul-tés, qu’on rend sacrée la propriété, qui ne lui ap-paraît plus comme un obstacle; qu’on empêche latendance à la guerre des pauvres contre les ri-ches, qui vient parfois désoler les plus brillantessociétés? Nous croyons donc avoir établi qu’enFrance , dans un pays où les mœurs facilitentmoins les entreprises par la seule énergie de l’as-sociation libre qu’en Amérique , l’État peut et doitsouvent s’efforcer d’accroître les forces produc-tives et tendre à mettre à la disposition de toutesles capacités, autant qu’il dépend de lui, lesforces industrielles nécessaires à la production.
Dans ces dernières années, l’Angleterre, ce paysd’aristocratie nobiliaire et commerciale, s’estavancée dans cette voie ; elle a su proclamer uneformule généreuse adoptée par tous lespartis, grâceà l’initiative de son grand ministre, sir RobertPeel ; cette formule, c’est la vie à bon marché. Celaveut dire que les classes élevées, prenant pourelles la majeure partie des charges sociales, veu-lent que les classes inférieures n’aient que lesavantages d’une société bien organisée, et notam-
ment que les substances nécessaires à la vie soientà aussi bas prix que possible. C’est cette direc-tion des idées qui, réconciliant en quelque sortetoutes les classes de la société, a préservé cet heu-reux pays de toutes les révolutions qui ont bou-leversé l’Europe pendant ces dernières années;c’est une semblable satisfaction que tous les gou-vernements intelligents procurent à leurs peuples.
Faveur aux classes inférieures pour ce qui estnécessaire au développement de l’intelligence, à lasatisfaction des besoins légitimes; encouragementaux progrès difficilement réalisables par la seuleinitiative individuelle, telles sont les tendancesqui seront admises par tous les bons esprits.
En un mot, la vérité est pour nous dans unelimite restreinte d’action d’encouragement, res-pectant la liberté, n’agissant jamais par la sub-stitution de l’administration aux individus, maispar l’aide prêtée aux progrès profitables à tous,indiqués par l’initiative des hommes les plus émi-nents. Les gouvernants n’ont pas des aspirationsmeilleures que celles des gouvernés, mais ils dis-posent des ressources de l’association nationale,ce qui force à compter sur eux pour certains pro-grès non profitables industriellement ou à termerapproché, et qui par suite échappent à l’initiativeindividuelle.
C’est au reste ce qu’ont toujours fait, dans cer-taines limites, les gouvernements des pays où l’onest le plus soucieux des prérogatives de la libertéd’action la plus entière pour les individus.
Prenons nos exemples dans les pays où le gou-vernement est par système et par conviction le plusétranger aux affaires industrielles, où il lui seraitle moins permis, par les mœurs et l’esprit public,d’entraver les spéculations individuelles, et laissonsde côté les grandes entreprises de Colbert, la France traversée de routes sans péage, et autres créationsqui ont fait un temps de la France la première desnations. En Angleterre, sans parler de l’œuvre siimportante qu’il a su réaliser récemment de fondersur de larges bases l’éloignement de l’art indus-triel, le gouvernement, suivant la voie d’encoura-gement aux industries souffrantes ou nouvelles, aavancé plus de deux cents millions à l’agriculture,au moment où il en diminuait les profits par l’abo-lition des droits d’entrée sur les grains étrangers,a prêté plus que cette somme pour faire drainer etdessécher les terres. Dans une autre voie, lorsqu’ils’estagi de relier tousles pays transatlantiques avecl’Angleterre par de grandes lignes de bateaux à va-peur, le gouvernement s’est empressé d’encouragerpar de puissantes subventions ces immenses entre-prises, aujourd’hui la gloire de l’Angleterre et unde ses plus puissants instruments de supériorité.C’est ainsi notamment que la compagnie Cunard,qui exploite la ligne de l’Amérique du Nord , re-çut de sir Robert Peel une subvention de plusieursmillions. Les Américains ont depuis essayé delutter, et c’est avec des subventions du congrès
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