économie industrielle.
qu’ils ont pu l’entreprendre. Ainsi, une entreprisequi tendait à réaliser un progrès immense, maisqui ne pouvait être profitable commercialement, areçu de ces gouvernements les encouragementsqui l’ont rendue possible. Nous pourrions en-core citer le plus grand établissement de crédit dumonde, la banque d’Angleterre, si intimementmêlée au gouvernement anglais qu’elle en formeun rouage. Heureux pays que celui où les gou-vernants se trouvent toujours d’accord avec lescommerçants et les banquiers ! Admirable résul-tat pour une nation intelligente dont le gouverne-ment, au lieu de se perdre dans les détails d’uneadministration tracassière, limite son action enagissant sur le grand instrument de circulation dupays, l’intérêt le plus puissant d’une grande na-tion industrielle!
En France , le mode d’intervention par encoura-gement a été fréquent et a fourni de beaux résultatsqui n’ont jamais été accompagnés d’inconvénientssouvent reprochés à d’autres modes d’intervention,par lesquels trop souvent on a entravé l’essor del’énergie individuelle. En effet si l’on a pu biensouvent exalter à juste titre les grandes œuvresque la centralisation a effectuées en France , on nepeut nier qu’il ne soit arrivé trop souvent à desgouvernements peu soucieux des besoins et des dé-sirs du pays, d’apporter de réels obstacles au dé-veloppement de sa prospérité. Mais ici nous nepouvons parler que des gouvernements ayant pourl’opinion sage et éclairée du pays les égards aux-quels, au dix-neuvième siècle, aucune administra-tion d’un pays civilisé ne saurait fermer l’oreille,et nous ne pouvons songer qu’à une action (dontil ne faut pas au reste trop s’exagérer l’impor-tance, car celle-ci est peu de chose relativement àla- masse totale du travail d’une nation indus-trieuse) , qui ne porte pas atteinte à la liberté descitoyens, en un mot à celle dont la formule seraavant tout : suppression d’entraves, encourage-ment. Entre les deux termes, intervention de lasociété et liberté absolue, qui poussés à l’extrêmepar des novateurs qui exagèrent, sous les appa-rences d’une logique rigoureuse, des principes fauxà leurs limites extrêmes, qui deviennent le com-munisme ou l’antagonisme, la lutte universelle;la transaction véritable est dans un mode d’en-couragement de la société qui permet d’obtenir lesprogrès qui exigent des sacrifices momentanés quel’individu isolé ne peut faire, qui facilite le succèsde l’intelligence et de la capacité, et vient complé^ter la fonction principale du gouvernement, la pro-tection de toutepropriété, de tout droit légitimementacquis. La société accroît ainsi continuellement sesforces pour accomplir plus rapidement de grandsprogrès.
Entrons dans l’application des principes, quenous avons posés d’une manière un peu vague,mais qui permettent d’apercevoir la route danslaquelle doit s’avancer la nation française, car l’é-
conomie industrielle, comme la politique, doit sur-tout être traitée en vue d’une application; l'étudeabstraite mène presque toujours à l’utopie.
Nous avons vu que les monopoles qui limitentla concurrence et qui embrassent toutes les res-trictions apportées à la liberté illimitée, au libreparcours de l’industrie, pouvaient se diviser entrois classes :
1 ° Les monopoles personnels, qui tiennent à ladiversité et à l’inégalité des facultés individuelles;manifestation de l’essor de l’intelligence et de l’é-nergie de chacun, qui se traduit industriellementpar l’exercice d’une industrie, par l’invention.
2° Les monopoles de propriété, résultant de l’ap-propriation du sol et des capitaux, des machineset qui, à un certain degré de développement, pro-duisent l’organisation de grands établissements quirendent impossible la concurrence des plus petits.
3° Les monopoles légaux, qui ne subsistent qu’àl’aide des obstacles mis à la concurrence par lalégislation, l’action du gouvernement.
I. MONOPOLES PERSONNELS.
4° EXERCICE D’UNE INDUSTRIE.
Nous n’avons pas ici à traiter de l’exercice d’uneindustrie d’une manière détaillée; c’est l’emploile plus sacré de la liberté des citoyens que de selivrer au travail, d’être des membres actifs, labo-rieux et utiles de la société, en manifestant leurpersonnalité par l’organisation spéciale de leurfabrique. Ils emploient leur intelligence, usentleur vie à faire des affaires de la manière qui leurparaît la plus convenable; tous ont le droit le plusincontestable à recueillir les fruits de leurs efforts,de leur travail. Ce résultat de leurs travaux estce qu’il y a au monde de plus sacré, et la seulelimite qui puisse être opposée à leurs efforts, c’estla concurrence de rivaux qui tendent à les dé-passer en habileté. Il n’y a rien, dans tout cela,qui ressemble à rien de contestable ; aussi, si nousen parlons, ce n’est que par rapport à un obstacleque leur droit peut rencontrer. Nous voulons par-ler de la concurrence de l’État, ou de l’emploi dupouvoir social pour empêcher l’exercice d’une in-dustrie. Il est bien évident qu’à moins qu’uneindustrie ne soit nuisible à toute la société, sonexercice ne peut être interdit, et de plus celui quiy consacre sa vie ne doit rencontrer que la con-currence des rivaux qui ont le même droit quelui à l’exercer.
Nous ne traiterons pas ici des inconvénients dela liberté, du mal que peut causer à d’habiles pro-ducteurs un fou qui se jette mal à propos dansune industrie pour y dépenser beaucoup d’argent.Le remède est dans les mœurs et les progrès del’intelligence commerciale, qui éclaire sur des en-treprises folles. C’est une des charges de la li-berté, mais elle n’est pas assez lourde pour devoir