ECONOMIE INDUSTRIELLE.
ECONOMIE INDUSTRIELLE.
accomplir si le dépôt houiller eût été en France , iLa concurrence a amené l’égalité entre les deuxpeuples par rapport à la houille, sauf l’inévitabledifférence qui résulte de la distance et des frais detransport.
«De ce qui précède, on peut déduire la solutiond’une des questions les plus controversées, cellede la liberté commerciale de peuple à peuple. S’ilest vrai que les diverses nations du globe soientamenées à n’échanger entre elles que du travail,de la peine de plus en plus nivelée, et à se céderréciproquement, par-dessus le marché, les avan-tages naturels que chacune d’elles a à sa portée;combien ne sont-elles pas aveugles et absurdescelles qui repoussent législativement les produitsétrangers, sous prétexte qu’ils sont à bon marché,qu’ils ont peu de valeur relativement à leur utilitétotale, c’est-à-dire précisément parce qu’ils renfer-ment une grande proportion d’utilité gratuite! »
Rien de plus sensé que le raisonnement de Bas-tiat, lorsqu’il s’agit de matières premières tellesque la houille, du coton, etc., de produits na-turels déposés d’une manière toute favorable enun point du globe, ou ne jïiuvant se cultiverque dans certaines contrées. Aussi les argumentsdes partisans intelligents du système protecteurs’appliquent surtout aux produits obtenus à l’aidede manufactures et de machines, à ceux qui peu-vent s’obtenir en France comme à l’étranger. Onnie qu’il puisse y avoir avantage à payer une ré-munération au capital engagé dans les fabriquesde l’étranger, à assurer des redevances, des pro-fits, aux monopoles personnels ou autres que l'é-tranger aura su se constituer.
Résumons, avant de conclure, les arguments desdéfenseurs les plus distingués du système protec-teur. A la fusion souhaitable des intérêts de l’hu-manité ils opposent les intérêts politiques. Ainsil’un des plus récents et l’un des plus brillants défen-seurs du système proteur, F. List, dit clairementque la question de protection est surtout une ques-tion de nationalité, au moins dans son principe.
« Le système de l’école, dit-il, ne voit partoutque deux individus jouissant d’une entière libertéde relations les uns avec les autres... Il est évi-dent que ce n’est pas là un système d’économienationale, mais un système d’économie privée dugenre humain, tel qu’il pourrait se concevoir sansl’intervention des gouvernements, sans la guerre,sans les mesures hostiles de l’étranger. Nulle partil n’explique par quels moyens les nations aujour-d’hui florissantes sont parvenues au degré de puis-sance et de prospérité où nous les voyons, et parquelles causes d'autres ont perdu leur prospéritéet leur puissance d’autrefois. Il enseigne comment,dans l’industrie privée, les agents naturels, le tra-vail et le capital concourent à mettre sur le mar-ché des objets ayant de la valeur, et de quellemanière ces objets se distribuent dans le genrehumain et s’y consomment. Mais les moyens à
employer pour mettre en activité et en valeur lesforces naturelles qui se trouvent à la dispositionde tout un peuple, pour faire parvenir une nationpauvre et faible à la prospérité et à la puissance,elle ne les laisse pas entrevoir, par la raison quel’école, repoussant absolument la politique, ignoreabsolument la situation particulière des diversesnations, et ne s’inquiète que de la prospérité dugenre humain. »
On voit donc que List, se plaçant au point dovue politique, demande que l’action de la loi tendeà développer l’énergie, les forces productives d’unenation;que c’est comme loi somptuaire, comme obli-gation au travail que List étudie les douanes : c’estassez dire qu’il s’occupe surtout d’un pays qui naîtà l’industrie. La question est tellement pour luid’ordre politique que, tandis qu’il cherchait à dé-montrer la nécessité de réduire en Allemagne l’in-troduction des produits anglais par l’élévation desdroits de douane, sa gloire sera d’avoir poussé àl’organisation du Zollverein , à la suppression desdroits de douane entre les divers États de l’Alle-magne (système nuisible, à son point de vue, auxproducteurs de chaque petite principauté); d’avoirdémontré la nécessité de construire rapidementles lignes de chemins de fer, condition essentielledu développement de l’industrie dans un pays,élément qui doit influer si puissamment sur l’unitémorale de l’Allemagne .
C’est comme moyen de pousser à la création desfabriques, qui dans les premières années ne sau-raient soutenir la lutte contre des fabriques plusanciennement organisées, que List défend les doua-nes ; son principe, celui à l’aide duquel le systèmeprotecteur a été surtout soutenu par les gens intel-ligents, c’est l’éducation industrielle de la nationen vue de l’indépendance , en vue de la possibilitéde.traiter bientôt sur le pied d'égalité avec les na-tions rivales. On voit que malgré l’opposition fon-damentale de ses doctrines avec celles des écono-mistes, List n’en est cependant séparé que par unequestion de temps, et qu’il juge réalisable dans l’a-venir le système des économistes qui, pratiqué im-médiatement, lui paraît nuisible aux nations lesmoins avancées. Chose remarquable, ce résultatest celui auquel est arrivé de son côté un écono-miste grand partisan de la liberté des échanges,l’Américain Carey, qui par des études très-sérieu-ses sur les effets des variations du tarif de douanesaux États-Unis , voyant la prospérité résulter dela protection et les crises succéder aux diminu-tions des droits, a conclu que la protection étaitla seule route vers la liberté des échanges; vou-lant dire, comme List, que ce n’était qu’après degrands progrès d’un pays dans l’industrie qu’il pou-vait supporter la liberté. La division du travail entretoutes les nations en raison des aptitudes, des con-ditions spéciales à chaque pays, les avantages del’échange ne sont niés par aucun d’eux, la libertéest pour eux le but vers lequel on doit tendre.