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ÉCONOMIE INDUSTRIELLE

et avec lesquelles elle soutient la lutte sur lesmarchés étrangers; soit plus pauvres, chez les-quelles le salaire est moindre, mais qui n’ont passes moyens de fabrication et qui ne pourront s’en-richir sans lui fournir d’importants débouchés etla faire profiter de toutes les utilités gratuitesqu’elles possèdent.

Aujourd’hui, et tous les fabricants éclairés lesavent bien, la science industrielle est assez avan-cée pour qu’en Angleterre, en France, en Alle-magne , les établissements ayant pour objet lamême production, se trouvent rapidement aumême niveau et ne diffèrent pas plus que lesétablissements voisins d’un même pays, c’est-à-dire par quelques avantages de position locale etde supériorité chez le chef de la manufacture.

Nous croyons donc arrivé le moment désignépar les fondateurs du système protecteur enFrance , car la plupart, M. de Saint-Cricq, parexemple, ne considéraient pas la protection commedevant être éternelle; en présentant le projet dedouanes, en 1829, il déclarait nettementqu’il fallaittendre vers la liberté commerciale. Est-il un mo-ment plus favorable que celui-ci, lorsque vingtmillions peut-être d’individus, en Angleterre, enAmérique , dans le monde entier, parvenant auxjouissances du luxe, grâce à l’enrichissement gé-néral dû à une longue paix et au développementde l’industrie, réclament les produits du goûtfrançais . C’est sur les progrès de notre industrieque nous ferions reposer une réforme réclaméepeut-être jusqu’ici à un point de vue trop théo-rique.

Non que nous disions que toute intervention del’État pour activer les progrès de l’industrie nesoit plus désirable, mais évidemment il est tempsde modifier la forme surannée des prohibitionsmultiples, exagérées, aliénant les sympathies desnations étrangères dont tous les produits pouvantalimenter des échanges sont systématiquement re-poussés, changeant tous les rapports de valeurset rendant souvent impossible la vente d’un pro-duit, sous prétexte d’en protéger un autre, qui estla base de la création du premier.

La protection n’est pas, comme bien des gensse l’imaginent, le seul procédé à l’aide duquel uneadministration intelligente puisse élever le niveaude l’industrie dans un pays ; la voie d’encourage-ment direct convient mieux à une nation avancée.

Rappelons comme exemple de ce genre d’en-couragement que Colbert avança 2,000 francs auxmanufactures de draps et -de soieries par chaquemétier; de cette époque date le beau développe-ment de ces industries. Rappelons surtout lesencouragements du gouvernement anglais auxgrandes lignes de navigation à vapeur, dont nousavons déjà parlé.

Ce système peut difficilement être appliqué aussipuissamment que la protection des douanes ; maiss’il donne de moindres résultats pour faire naître

ÉCONOMIE INDUSTRIELLE.

| une industrie presque impossible dans un pays, ilévite les pertes qui surviendront le jour où la force! des choses rétablira la division logique du travailentre les nations.

En résumé, aujourd’hui que la France exporteannuellement près d’un milliard de produits ma-nufacturés; qu’elle peut par suite espérer avecraison que l’accroissement des industries qui four-nissent ces produits, par suite des économies quela liberté permettrait d’apporter dans leur fabri-cation, pourrait amplement compenser quelquesdiminutions de fabrications qui n’alimentent quele marché intérieur, il serait temps de donner satis-faction aux meilleures aspirations de notre siècle.On pourrait le faire sans danger en effectuant avecprudence la réforme dqns les douanes, pour la-quelle notre industrie est mûre. Laissant de côtéles droits sur les sucres, les cafés, etc., qui sontde véritables impôts et dont nous n’avons pas ànous occuper ici, il faudrait : dégrever complè-tement toutes les matières premières, base denotre belle industrie; faire disparaître du tarif unemultitude d’articles ne donnant que des revenusinsignifiants, réduire le tarif à la nomenclature dequinze à vingt articles, en raison du poids, et sansjamais voir le montant des droits dépasser (enopérant par des réductions progressives) 15 ou20 pour 100 de la valeur. Il importerait ausside supprimer les formalités et vexations qui at-tendent tout importateur du moindre objet, quiarrêtent le transit, forcent à un luxe de des-sins, lavis, de cautions, quiconque importe unobjet de 20 francs! Comme si ce n’était- pas-unvéritable service rendu au pays que d’emprunterà l’étranger un moyen de fabrication, de s’assi-miler un progrès qu’il a su réaliser. Telles sontles réformes qui paraissent devoir être bientôt réa-lisées ; c’est la conséquence du rang élevé qu’oc-cupe aujourd’hui l’industrie française au milieude l’industrie universelle.

Il faut en même temps que par des encourage-ments directs, les industries retardataires soientsollicitées à accomplir les progrès qui les mettentau niveau des industries étrangères. Le travail d’uningénieur, un concours, une récompense attirantl’attention publique, agissent souvent aussi effica-cement que la protection douanière, mènent quel-quefois plus rapidèment à un heureux résultat.Ce qu’il faut surtout, c’est faire disparaître lescharges qui pèsent sur toutes les industries,comme les péages des voies de communication.Le pays a déjà fait de grandes choses pourles voies terrestres, pour les chemins de fer.Ce n’est même que depuis qu’ils sont terminésque l’on peut parler de réformes de douanes, cariis empêchent l’étranger d’avoir sur une grandepartie de nos côtes un véritable monopole de voi-sinage.

La voie d’encouragement direct, de subvention,de garantie d’intérêt pour les entreprises tentées