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Un mois en Suisse ou souvenirs d'un voyageur / recuillis par Hilaire Sazerac et ornés de croquis lithographiés d'après nature par Edouard Pincret
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Le traversant bientôt, nous entrâmes dans la Brove, que nous remontâmesjusqu'à Sauge , petit village situé au pied du mont Vuilly. Un pont couvertest jeté sur la rivière en cet endroit» Nous y fîmes une station pour donnerà nos rameurs, que la chaleur du jour fatiguait beaucoup, le temps de re-prendre des forces nouvelles. Nous continuâmes ensuite notre route surle lac de Morat , au bord duquel la ville est bâtie en amphithéâtre. Vue dulac, elle présente un assez beau coup-d’œil. Une muraille crénelée, de 4o à5 o pieds de hauteur, l’environne et lui donne l’aspect d’une forteresse^ etl’on conçoit à cette vue comment elle a pu soutenir le siège fameux dont leshistoriens contemporains nous ont laissé le récit.

Le duc de Bourgogne, Charles-le-Téméraire , méditant la conquêtede l’Helvétie, avait, dans plusieurs occasions, attaqué sans succès ses agresteshabitans. Irrité de leur résistance, il ne mit que plus d’opiniâtreté à poursuivrel’exécution de ses projets. Suivi d’une armée nombreuse, où se trouvaientles plus valeureux seigneurs et les plus jolies femmes de sa cour, il sé portad’abord devant Grandson. On en pressa le siège. Réduite à 45o hommes, lagarnison capitula ; mais, sans respect pour les conditions du traité, les pri-sonniers furent pendus ou noyés.

A cette nouvelle, les confédérés jurèrent de venger avec éclat la mort deleurs amis. Ils marchèrent en hâte au-devant du duc de Bourgogne . Les deuxarmées se rencontrèrent à la sortie d’un défilé, entre le coteau de Vaumar-cuse et la Chartreuse de la Lance . Le choc fut terrible. Les Bourguignonsne purent résister à l’impétuosité des Suisses , qui, comme le dit la chro-nique, taillèrent , dépiécèrent de çà et de là tous ces beaux galans , tant etsi bien que ces pauvres Bourguignons semblèrent fumée épandue parle vent de bise.

Les Suisses recueillirent de leur victoire des trésors immenses. Tentesbrodées en or, vaisselle d’argent, reliques, joyaux, pierres précieuses, etentre autres ce diamant qui, sous le nom de Sancy y fut pendant plus d’unsiècle le premier de la couronne de France , tout leur fut abandonné par le

duc dans sa fuite précipitée.

Cependant ce superbe ennemi revint bientôt avec une armée plus formi-dable. A la tête de 4o,ooo combattans, il se présenta devant Morat où s’é-taient jetés seulement i, 5 oo soldats, mais où se trouvaient des citoyens gé-néreux prêts à tout sacrifier à l’indépendance de leur pays. Vainement leduc avait sommé plusieurs fois les assiégés de se rendre } ils avaient cons-tamment répondu par la voix de leur illustre chef, le vertueux Bubenberg:Les portes sont ouvertes ( elles l’étaient en effet) 5 entrez , on vous recevra.Cependant leur situation devenait de jour en jour plus critique, et Charles

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