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ordonna l’assaut, ne comptant plus que sur une faible résistance de leurpart. Ce fut le 22 juin qu’on en vint aux mains. Les Bourguignons,retranchés derrière des palissades, firent essuyer d’abord aux Suisses le feumeurtrier de toute leur artillerie; mais ceux-ci, dirigés par Jean de Hallwyl,qui commandait leur avant-garde, parvinrent à prendre l’ennemi en flanc.En ce moment le soleil, que des nuages épais avaient tenu caché jusqu’alors,montra son front radieux : C'est Dieu qui nous éclaire ! s’écria Hallwyl;et rappelant à ses soldats les triomphes de leurs aïeux à Laupen , il fonditaussitôt sur les Bourguignons, dont il fit un horrible carnage. Ceux quiéchappèrent à la lance des Suisses trouvèrent la mort dans le lac, où ils sejetèrent précipitamment.
Philippe de Commines porte à dix-huit, mille le nombre des morts ducôté du duc, sans compter ceux qui se noyèrent dans le lac. Suivant la chro-nique de Neuchâtel, les Suisses n’auraient perdu que 4 oo des leurs. Ilsfirent encore dans cette occasion un riche butin. Ils trouvèrent dans lecamp du prince deux mille joyeuses donzeües y mais délibérant que tellesmarchandises ne bailloient pas grand profit , ils ne les firent point pri-sonnières.
On montre maintenant avec orgueil l’endroit où la brèche fut ouvertepar les Bourguignons, et défendue avec intrépidité par les habitans de Mo-ral . Ce côté remarquable de la ville m’a paru pouvoir offrir quelque intérêtdans un dessin. Les larges fossés dont elle était entourée sont comblés, etdes vignes et des arbres d’une riche végétation fleurissent au pied des rem-parts. Au-delà des tours qui forment le premier plan du tableau, on dé-couvre celles de l’ancien château (1). L’horizon est borné par les hauteursqui séparent le lac de Morat de celui de Neuchâtel .
J’ai voulu visiter les lieux où les Suisses , quatre ans après leur victoire,avaient rassemblé les ossemens des Bourguignons, exhumés des fosses pro-fondes où ils avaient été ensevelis. La chapelle où ces ossemens furent dé-posés a été détruite (2) par des soldats qui, croyant combattre pour la causede la liberté, auraient dû peut-être respecter davantage ce monument de laliberté helvétique . L’ancienne chapelle ( 3 ) a été remplacée par un obé-
(1) Le corps municipal de Morat a souvent agité la question de démanteler la ville; elle a étéconstamment repoussée par les vieux Suisses attachés à tous les souvenirs de gloire de leurpays.
(2) En 1798.
( 3 } Elle portait cette énergique inscription : Carolus , Burgundiœ dux 1 ab Helvetiis Cœsushoc sui monumentum reîiquit , A. MCCCCLXXVI. ( L’armée du duc de Bourgogne a laisséici ce monument de son passage ( A. D. 1476 )•