Buch 
L' architecture de Vitruve : traduite en françois, avec des remarques / par De Bioul
Entstehung
Seite
63
JPEG-Download
 

L I Y- R E II, C h A p. y.

,63

mais si on les fait dissoudre par la force du feu, elles deviennent poreuses, se per-cent de plusieurs ouvertures ; leur humidité naturelle sépuise , et lair qu elles con-tiennent se retire et ny laisse quune chaleur cachée. On conçoit aisément quétantplongées dans leau , avant que cette chaleur soit dissipée , elles acquièrent une nou-velle force , séchauffent au moyen de leau qui pénètre leurs cavités ; le froid faitévaporer la chaleur qu elles renfermoient ; cest ce qui fait que les pierres à chauxsont beaucoup plus légères, lorsquon les tire du fourneau , quavant de les y mettre.Car si on les pèse après qu elles sont cuites , on trouvera leur poids diminué duntiers quoiqu'elles aient conservé leur première grandeur ; ainsi les ouvertures quellesont dans toutes leurs parties , sont cause quelles sattachent avec le sable , quand onles mêle ensemble , et quen se séchant, elles joignent et lient fermement les pierres,pour en faire une niasse fort solide.

REMARQUES.

Le mortier est destiné a remplir les intervalles qui se trouvent nécessairement entre les pierresou les briques , dans les lieux elles se joignent ; son propre- est de sy attacher fortement ense coagulant , et de former un ciment , qui , lorsquil est bon , devient aussi dur que les pierresquil unit ; de manière quils ne forment .ensemble quun même corps. Lunion de la chaux avecle sable produit cet effet.

La chaux nest autre chose que la pierre calcaire calcinée par laction du feu. Daprès les prin-cipes des chimistes , la concrétion et la solidité de tous les corps viennent de leur sel. La violencedu feu dans la fournaise fait évacuer la plus grande partie des sels volatils et sulphurés , ainsi queles parties humides qui se trouvoient dans la pierre , et qui contribuoient à unir , lier, et neformer quun seul tout , des parties qui composent la pierre ( 1 ). Quant à la portion des sels quiont résisté à laction du feu et ne se sont pas volatilisés , ils se trouvent désunis et divisés par la pertedes parties qui les unissoient en remplissant les vuides , et nen faisoient quun même corps , maisdont' ils se trouvent privés par lévacuation que le feu en a faite. Leau que lon jette sur ces pier-res , ainsi calcinées , pénètre dans toutes les divisions et vuides que ces parties ont laissés; la chaleurqui reste dans ces pierres calcinées , produit une ébullition , dilate lair que contient leau , et faitéclater ces pierres calcinées en une infinité de petites paities qui deviennent une poudre extrêmementfine ; mais celte poudre de chaux , qui a pu résister au feu , nest autre chose quun sel qui peutse fondre dans leau. En réunissant cette poudre avec une certaine quantité de sable et deau, ellereprend une solidité égale , lorsquelle est bien faite , à celle de la pierre : car leau et la chauxforment un corps compacte , qui remplit tous les vuides qui séparent les grains de sable ; leau meten fusion les sels qui forment la chaux, et qui, unis avec ceux que contient le sable , font unseul corps très-solide.

(t) Voyez Descartes , art. 55 de la seconde partie de ses prin- solidité' des corps,cipes, Mallebranche , Rech, de la vérité' , Liv. VI. Ch. g , sur la