L I Y- R E II, C h A p. y.
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mais si on les fait dissoudre par la force du feu, elles deviennent poreuses, se per-cent de plusieurs ouvertures ; leur humidité naturelle s’épuise , et l’air qu elles con-tiennent se retire et n’y laisse qu’une chaleur cachée. On conçoit aisément qu’étantplongées dans l’eau , avant que cette chaleur soit dissipée , elles acquièrent une nou-velle force , s’échauffent au moyen de l’eau qui pénètre leurs cavités ; le froid faitévaporer la chaleur qu elles renfermoient ; c’est ce qui fait que les pierres à chauxsont beaucoup plus légères, lorsqu’on les tire du fourneau , qu’avant de les y mettre.Car si on les pèse après qu elles sont cuites , on trouvera leur poids diminué d’untiers quoiqu'elles aient conservé leur première grandeur ; ainsi les ouvertures quellesont dans toutes leurs parties , sont cause quelles s’attachent avec le sable , quand onles mêle ensemble , et qu’en se séchant, elles joignent et lient fermement les pierres,pour en faire une niasse fort solide.
REMARQUES.
Le mortier est destiné a remplir les intervalles qui se trouvent nécessairement entre les pierresou les briques , dans les lieux où elles se joignent ; son propre- est de s’y attacher fortement ense coagulant , et de former un ciment , qui , lorsqu’il est bon , devient aussi dur que les pierresqu’il unit ; de manière qu’ils ne forment .ensemble qu’un même corps. L’union de la chaux avecle sable produit cet effet.
La chaux n’est autre chose que la pierre calcaire calcinée par l’action du feu. D’après les prin-cipes des chimistes , la concrétion et la solidité de tous les corps viennent de leur sel. La violencedu feu dans la fournaise fait évacuer la plus grande partie des sels volatils et sulphurés , ainsi queles parties humides qui se trouvoient dans la pierre , et qui contribuoient à unir , lier, et neformer qu’un seul tout , des parties qui composent la pierre ( 1 ). Quant à la portion des sels quiont résisté à l’action du feu et ne se sont pas volatilisés , ils se trouvent désunis et divisés par la pertedes parties qui les unissoient en remplissant les vuides , et n’en faisoient qu’un même corps , maisdont' ils se trouvent privés par l’évacuation que le feu en a faite. L’eau que l’on jette sur ces pier-res , ainsi calcinées , pénètre dans toutes les divisions et vuides que ces parties ont laissés; la chaleurqui reste dans ces pierres calcinées , produit une ébullition , dilate l’air que contient l’eau , et faitéclater ces pierres calcinées en une infinité de petites paities qui deviennent une poudre extrêmementfine ; mais celte poudre de chaux , qui a pu résister au feu , n’est autre chose qu’un sel qui peutse fondre dans l’eau. En réunissant cette poudre avec une certaine quantité de sable et d’eau, ellereprend une solidité égale , lorsqu’elle est bien faite , à celle de la pierre : car l’eau et la chauxforment un corps compacte , qui remplit tous les vuides qui séparent les grains de sable ; l’eau meten fusion les sels qui forment la chaux, et qui, unis avec ceux que contient le sable , font unseul corps très-solide.
(t) Voyez Descartes , art. 55 de la seconde partie de ses prin- solidité' des corps,cipes, Mallebranche , Rech, de la vérité' , Liv. VI. Ch. g , sur la