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L ’ A R C H TT E C T U R E D E YITRUVE.
parce que Dicearchos éioit l’ancien nom 4 e Pouzzole, lorsqu’elle faisoit partie d’une colonie grecque;Vitruve parle encore de la pouzzolane dans le douzième chapitre du cinquième livre , où il dit,que pour les ouvrages de maçonneries , qui doivent se trouver dans l’eau , il faut se servir de lapoudre qui se trouve dans les environs de Cumes et du promontoire de Minerve; cependant Yitruvepe nomme nulle part cette poudre, pouzzolane.
Dans toutes les éditions, ce chapitre est intitulé de la pouzzolane ; mais on sait que cette divi-sion , par chapitre , n’est pas de Yitruve, et qu’elle a été faite dans les temps modernes. Pline ,Liv. XXXY, chapitre i 3 , et Sénèque , Liv. III de ses questions naturelles , nomment tous deux ,la pouzzolane , et disent , qu’étant employée sous,.l’eau, mêlée avec de la chaux, elle acquiert ladureté de Ja pierre. La pouzzolane est ou noirâtre, ou rougeâtre; celle qui est noirâtre est plus iferrugineuse , plus pesante et plus sèche que l’autre , et l’on s’en sert principalement pour les édi-fices exposés à l’eau : car comme elle est aigre, elle se crevasse facilement à l’air; l’autre est plus-terreuse et vaut mieux pour les bâtimens sur terre.
La première espèce se trouve dans les environs de Naples, et non pas la seconde; mais on fouillel’une et l’autre à Rome, et dans le voisinage de cette ville ; il n’y en a point dans tout autre endroitde l’Italie. Il faut observer, cependant, que les anciens ont fait peu d’usage de la pouzzolane rouge jtandis qu’on l’estime maintenant beaucoup plus à Rome que la noire. On ne trouve pas non plusla pouzzolane dans les terres de Rome , sur le bord de la mer ; et il faut que les anciens quil’ont employée à Antium , l’aient tirée de Naples, ainsi qu’on doit encore l’y aller chercher aujour-s d’hui. Il en coûte moins de faire venir cette terre par mer de Naples , que de la transporter parvoiture de Rome. On l’apporte en Toscane , par vaisseau , jusqu’à Livourne , et on en fait mêmepasser dans d’autres pays. Alberli (1), dans ses ouvrages sur l’architecture , parle de la pouzzolane ,comme d’une chose qu’il ne connoissoit que par ouï-dire; et, à la vérité, elle ne pouvoit pas luiêtre connue autrement, parce qu’il éioit Florentin.
Il confond même souvent cette terre avec le rapillo. Il parort d’ailleurs que la pouzzolane nes’est, non plus, jamais trouvée en 'Grèce , comme Yitruve le remarque ; et c’est faute d’avoir cetteterre, que les Grecs n’ont pas pu donner à leurs voûtes la'même légèreté, que les Romains. Ilfaut néanmoins qu’ils aient eu le secret de faire un très-bon ciment, (2) ainsi que nous le prouveencore le grand réservoir de Sparte, fait de cailloux qui font corps ensemble par nn ciment aussidur que les cailloux mêmes. Les deux espèces de pouzzolane se changent également en pierre , etl’on peut dire que le ciment en devient plus dur que la pierre même qu’il joint ensemble ; c’estce qu’on peut voir aux ruines des bâtimens placés sur le bord de la mer, et qu’elle baigne de ses - ^eaux , tant à Pozzuolo qu’à Raies et dans tout ce pays ; ainsi qu’à Porto d’Anzio , qui est l’ancienAntium, dont les piliers qui formoienl le port et le fermoient, ainsi que les bâtimens dont nous j.venons de parler, étoient construits de briques. J’ai vu , dans les jardins de la ville d’Est à Tivoly, jdes statues faites de pouzzolane, exposées, depuis plus de deux cents ans, aux injures de l’air, et |parfaitement conservées. C’est aussi avec la pouzzolane ‘ que les anciens construisaient les rues de
(1) Liv. II. Ch. 9 , p. 5 i. Liv. III. Ch. 16. p. g 5 , cd. Firenz (2) Hast. de l’acad. des inscript. T. XVI, p. 3 , c’d. de Paris.sS5o fol.