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L' architecture de Vitruve : traduite en françois, avec des remarques / par De Bioul
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LARCHITECTU-RE DE Y I T R TJ V E.

çonnerie, dont les Grecs se servent quand ils n emploient pas les pierres de taille bienéquarries et également polies ; ils se contentent, dans ce cas, d arranger des cailloux ,ou des pierres dures posées alternativement les unes sur les autres, comme si c étoientdes briques. Cela rend les murailles si solides qu elles durent à jamais.

* Ils font ces constructions ordinaires de deux manières. Lune appelée Isodome , (G)quand les assises sont d égale épaisseur , lautre Pseudisodome (H) quand elles sontinégales. Ces deux façons de bâtir sont très-solides. Premièrement la qualité dure etcompacte des pierres fait qu elles ne peuvent absorber de suite toute 1 humidité dumortier, qui sy conserve très-long-temps : ensuite légalité et le niveau des lits depierres posés horizontalement, empêchent les matériaux de saffaisser ; le mur étantde plus lié dans toute son épaisseur , il ne peut crévasser , et sa durée est infinie.

La troisième manière est appelée Emplecton (i), (M) dont nos villageois se ser-vent aussi : voici comme elle se fait. On rend les paremens le plus unis quil est pos-sible ; on remplit le milieu de mortier , on y jette les pierres pêle-mêle , commeelles viennent, sans aucunes liaisons. Nos maçons , qui ne cherchent quà terminerle plutôt possible leur ouvrage , lorsquils élèvent les assises , nont égard quau pa-rement , et remplissent le milieu de pierres mêlées avec le mortier , quils couchentde trois façons : deux sont pour lenduit des paremens , et la troisième sert pourremplir le milieu ; mais les Grecs ne font pas ainsi. Ils posènt leurs pierres couchées,et ils font les assises tout le long de la muraille, avec dautres pierres , qui, de deuxen deux ? , vont dun parement à lautre , sans remplissage au-dedans. Par le moyende ces pierres à double parement, qu'ils appellent Diatonoiis ( 2 ) , (NN) ils main-tiennent la muraille dun bout à lautre dans une égale épaisseur, et en liant ensembleles deux paremens lui donnent la plus grande solidité. Ceux qui suivront mes prin-cipes trouveront que cest la vraie manière de construire des édifices qui durentlong-temps. La maçonnerie qui paroît belle à la vue , à cause qu elle est faite depierres faciles à tailler , nest pas la meilleure , ni celle qui dure le plus ; pour cetteraison , les experts nommés pour apprécier les murs extérieurs , ne les estiment pasdaprès le prix quils ont coûté ; mais après sêtre assurés de lépoque on les afaits , par les baux des loyers , ils déduisent , du prix quils ont coûté , autant dequatre-vingtièmes parties, quil y a dannées que le mur est achevé, et ne font payerque ce qui reste de toute la somme , étant davis quelles ne peuvent durer plus dede quatre-vingts ans. ~ *

* Planche III. me fig. i;

(1) Cest-à-dire, entrelassée.

(a) Cest-à-dire, étendue.

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