7 G L’ARCHITECTURE DE VITRUVE.
ceux qui boivent de son eau , deviennent malades d’amour. On ne sera peut - êtrepas fâché de savoir comment une opinion aussi absurde s est répandue dans le monde :car il est certain , que ce qu’on dit des effets de cette fontaine, pour rendre efféminéset porter à la luxure ceux qui en boivent, n’est fondé que sur la qualité de son eau,qui est très - agréable à boire. Lorsque Mêlas et Arevanias conduisirent une partiedes habitans de la ville d’Argos et de Trézène pour habiter dans ce lieu, ils en chas-sèrent les barbares Cariens et les Lélegues ; ces peuples se retirèrent dans les mon-tagnes , d’où ils firent des courses sur les Grecs , et ravagèrent tout le pays par leursbrigandages. A cette époque , l’un des habitans reconnut la bonté de cette fontaine ;il y bâtit une taverne pourvue de tout ce qui étoit nécessaire , dans 1 espérance d yfaire quelques profits ; il réussit si bien dans cette entreprise , que les barbares y vin-rent comme les autres , et s’habituèrent, en vivant avec les Grecs , à la douceur deleurs mœurs ; et, sans aucune contrainte , ils changèrent leur naturel farouche ; desorte que par la vertu qu’on attribue à cette fontaine , on ne doit pas entendre unemollesse qui corrompt les âmes , mais qu elle a contribué à adoucir les mœurs desbarbares.
Pour en revenir à la description de la ville , et des bâtimens de Mausole , je diraique, comme le temple de Vénus et la fontaine dont nous avons parlé, se trouvoientdu côté droit, à gauche , du côté opposé, se trouvoit le palais de ce roi , qu’il avoitdisposé d’après son goût ; il est situé de manière qu’à droite, il a la vue sur la placepublique , sur le port , et généralement sur tous les remparts de la ville ; à gaucheil regarde sur un autre port qui est caché par la montagne, de sorte qu’on peut voirce qui s’y passe , sans être aperçu. Le roi, de son palais , donne ses ordres aux sol-dats et aux matelots. Après la mort de Mausole , la reine Artémise son épouse pritles rênes du gouvernement. Les Rhodiens ne purent souffrir qu’une femme régnât surtoute la Carie ; ils armèrent une Hotte pour s’emparer du royaume. Artémise en futavertie ; elle fit cacher, dans ses ports, une armée navale avec les forçats et tous lessoldais de marine , et fit paroître le reste de l’armée sur les remparts. Les Rhodiensfirent approcher leur armée navale fort bien équipée ; comme elle étoit prête d’entrerdans le grand port, la reine fit donner un signal de dessus les murailles , commepour faire entendre que la ville vouloit se rendre. Aussitôt les Rhodiens sortent deleurs vaisseaux pour entrer dans la ville ; Artémise fait de suite ouvrir le petit port,son armée navale en sort et entre dans celui où étoient les vaisseaux des Rhodiensqui étoient vuides ; on les garnit de matelots et de soldats , et on les emmène enpleine mer ; en même - temps les Rhodiens , qui n’ont plus aucun moyen de se re-tirer , sont tous massacrés sur la place publique , où iis se trouvent enfermés. La