LIYllE V, C h a p. ni.
servoit la culture de l’esprit? il répondit : à empêcher qu’au théâtre une pierre ne soit pas surune pierre.
Dans les théâtres fort grands et élevés , ces gradins éloient interrompus par une ou deux pré-cinctions , suivant la proportion ou grandeur du théâtre ; on les appeloit en grec diazomata ,et en latin prœcinctiones. Plusieurs ont traduit ce mot en françois par palier , parce qu’ils fontle même effet entre les gradins , que les paliers entre les degrés d.’un escalier.
Je suis persuadé que par ces mots pro rata parte ad altitudines , l’auteur n’entend pas, commequelques-uns l’ont cru , que la grandeur des précinctions devoit varier suivant que le théâtre étoitplus ou moins grand , plus ou moins élevé; parce que la grandeur des précinctions doit toujoursêtre la même dans les grands et dans les petits théâtres , comme nous le voyons dans le septièmechapitre de ce livre , où il dit expressément : sunt enim res quas in pusillo et in magno theatronecesse est eadem magnitude fieri propter usum uti gradus diazomata : ce dernier mot, commenous l’avons vu , signifie la même chose en grec que prœcinctiones en latin. C’est donc le nombredes précinctions et non leur grandeur particulière qui doit être proportionnée avec la hauteur desthéâtres ; tellement que dans un théâtre médiocre il n’y aura qu’une précinction , dans un autrequi sera plus grand il y en aura deux , et dans les grands théâtres il y en aura trois.
La hauteur des précinctions dépendoit de celle des gradins , puisqu’une corde tendue, depuisle haut jusqu’en bas , devoit loucher l’angle de tous les degrés. Parlant il falloit que les gradinset les précinctions fussent proportionnés ensemble.
Si cependant on prend à la lettre l’expression latine , ils ne le seroient pas ; puisqu’elle sembledire , que la hauteur des précinctions doit égaler leur largeur , et d’un autre côté , à la fin du6. me Chap. de ce livre , l’auteur fixe la proportion des gradins à deux pieds et demi de large etun pied six doigts de haut pour les plus petits. Ainsi il n’y a.uroit aucun rapport entre la pro-portion des gradins et des précinctions , et il seroit impossible qu’une ligne droite tirée du basen haut touchât l’angle de tous ces degrés.
Pour ne pas mettre l’auteur en contradiction avec lui-même , il faut supposer , d’après la raisonqu’il dit immédiatement après , qu’il a entendu que la hauteur des précinctions ne devoit passurpasser leur largeur , sans vouloir pour cela déterminer précisément leur hauteur.
Quelle que fût l’étendue des théâtres , la partie au-dessus des degrés étoit toujours terminée parune espèce d’esplanade ou palier , sur lequel s’élevoit un portique ; c’étoit là où se plaçoient lesfemmes , et ceux qui étoient en deuil ( 1 ). Chaque partie du théâtre avoit son entrée et sa sortiedistincte l’une de l’autre ; plusieurs corridors conduisoient de plein pied à l’orchestre ; leurs ouver-tures ou portes de ce côté s’appeloient vomitoria ( 2 ) , parce que la multitude du peuple sembloitêtre vomie par ces portes (3). e-
Pour monter parmi ces degrés ou sièges , on les avoit coupés de distance en distance par des
(1) Calp. B. Chap. v. 2C.
(2) Macrob. saturna. 6. Chap, 4.
( 3 ) Yirgil..georg, liv. II. v. 462.