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Introduction.
Théophraste, en soutenant ce principe que la science est préférable aux richesses,ajoute qu’il n’y a que le savant seul qui n’est pas étranger hors de son pays ; ques’il vient à perdre ses amis , il en retrouve par-tout ; qu’il est citoyen dans toutesles villes , et qui! ne doit jamais craindre les revers de la fortune : qu’au contraire,celui qui met toute sa confiance dans les avantages de la fortune , et croit par-làêtre à l’abri de tout accident fâcheux , reconnoîtra enfin , s’il ne possède aucuntalent, que le cours de la vie se fait dans un chemin peu ferme, où il est impossiblede ne pas tomber.
Epicure pensoit de -même , quand il disoit , que ce qu'on peut attendre de lafortune est peu de chose pour le sage , qui ne doit fonder ses espérances que surla grandeur et sur la force de son esprit.
La plupart des philosophes ont dit la même chose , ainsi que les poètes qui, dansleurs anciennes comédies grecques, ont fait réciter, sur la scène, ces mêmes senten-ces qu’ils avoient mises en vers : tels furent Euchrates, Chionides , Aristophanes , etsur-tout Alexis qui dit. que les Athéniens méritent d’être loués , pour avoir corrigécette loi commune à toute la Grèce , qui oblige les enfans de nourrir leurs pères ,en ordonnant que ceux-là seuls y seroient contraints, dont les parens auroient eusoin de les faire instruire dans quelque art : car tous les biens que nous recevonsde la fortune , elle peut les reprendre aussi aisément qu elle nous les a donnés ; aulieu que les sciences que nous axons acquises, étant comme attachées à nos âmes,leur possession nous est tellement assurée que nous ne saurions les perdre qu’avecla vie.
J’ai donc infiniment de grâces à rendre aux auteurs de mes jours , qui , persua-dés de la justice de cette loi des Athéniens , m’ont fait étudier un art qui demandetant de connoissances , où les lettres sont nécessaires , et qui , comme un cercle ,renferme toutes les autres sciences. C’est donc aux soins de mes parens , aux leçonsdes maîtres qui ont augmenté la masse de mes connoissances , à l’étude que j’aifaite de la théorie , à la pratique , et à mon goût pour la lecture , que mon ainedoit tous les biens qu’elle possède , ce qui me procure l’avantage de n avoir besoinde rien , et de ne rien désirer ; ce qui est la principale de toutes les richesses.Bien des gens, peut-être, mépriseront cette façon de penser, eux qui n’accordentla sagesse qu’à ceux qui possèdent beaucoup d argent, et leur admiration qu à ceuxqui se sont faits une réputation en réunissant les richesses aux grandeurs.
Quant à moi, ô César , les richesses n’ont jamais été le but que je me suis pro-
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