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L’ARCHITECTURE DE VITRUVE,
Us sont présentement découverts : je les ai examinés avec soin , et ils m’ont beaucoup servi pourinterpréter ce chapitre. Toutes les cours que j’ai vues à Pompeia , sont de l’espèce que Vilruveappelle corinthiennes : c’est-à-dire carrées ou rectangles , et entourées de colonnes qui portent ledevant des toits des bâtimens qui forment leur enceinte ; ce toit s’avance assez fort , et couvre unespace assez large entre le mur et les colonnes , ce qui forme des galeries , par lesquelles on serend à couvert dans les chambres qui sont rangées tout le long du mur $ c’étoit les salles à manger( triclinium ). Au milieu de la cour , il se trouve un enfoncement carré , ou rectangle , suivantla forme de la cour , profond d’environ un pied ; le fond en étoit très-uni et pave de carreauxde marbre , comme le reste de la cour. C’étoit là le réceptacle nommé compluvium , dans lequeltoutes les eaux de pluie , qui tomboient sur les toits , venoient s’écouler ; la pente des toits s’avan-çant assez fort, l’y versoit elle-même. Ce compluvium est représenté dans les plane. XXI et XXII,lettre A.
Au moyen de cet enfoncement, la partie élevée de la cour, et les galeries éloient toujours sèches.
Il étoit presque impossible de deviner ce que c’étoil que le compluvium des anciens , qu’onn’emploie plus aujourd’hui , sans avoir vu les cours des maisons de Pompeia. Il est cependant assezsingulier que Perrault, qui ne les avoit pas vus , les ait à-peu-près représentés dans la figure qu’ilnous donne de la cour corinthienne : voici comment. Il place les galeries qui l’entourent sur destrottoirs assez élevés au-dessus du pavé de la cour : ce qui fait que ce pavé est environ trois ouquatre pieds plus bas que celui des galeries , ce qui ressemble assez au compluvium y avec celtedifférence que cet enfoncement , ainsi que toute la cour , sont bien plus spacieux qu’ils n’étoientl’un et l’autre chez les anciens. Le compluvium chez eux occupoit, au milieu de la cour, un espacede dix ou douze pieds , tandis que celui de Perrault en occupe plus de cent, dans une cour très-vaste. Il suppose qu’on y descend des galeries par cinq degrés , au lieu que dans les cours dePompeia , on y descend par un seul degré , puisqu’il n’a qu’un pied d’enfoncement.
Ceux qui interprètent les ouvrages des anciens , ont le défaut de ne se reporter presque jamaisaux temps où ces auteurs écrivoient. Les Grecs et les Romains avoient beaucoup d’usages domes-tiques qui sont perdus, changés et même oubliés : on veut expliquer ce qu’en disent les auteurs,par nos usages modernes , qui sont très-différens ; cela fait qu’on se trompe , ou qu’on est obligéde bistourner , pour ainsi dire , le texte, pour l’avoir conforme à notre idée. Perrault, habitué detravailler pour Louis XIY, ne voit que des cours semblables à celles de nos palais , de nos grandshôtes , où deux ou trois carosses peuvent tourner à leur aise.
Les cours des anciens n’étoient pas comme celles-là : suivant leur dénomination cava œdium ,c’étoit la partie .cave , le creux , ou le vuide de la maison , qui servoit à donner de l’air et dujour dans l’intérieur , et à recevoir les eaux des pluies qui tomboient des toits. Toutes celles quej’ai vues à Pompeia sont très-petites 5 on s’en feroit une idée bien fausse , si on les comparoit aveccelles de nos grands hôtels. Elles n’ont pas plus d’étendue que celles qui se trouvent dans l’intérieurdes maisons bourgeoises ; et comme celles-ci , elles ne servoient que pour les gens de pied (1).Les quadriges des anciens , quoique bien plus petits que nos carosses , n’auroient pu y entrer. Les
(1) Dans le chapitre suivant, la'plus grande longueur que l’auteur assigne aux cours, est 100 pieds.
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