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L' architecture de Vitruve : traduite en françois, avec des remarques / par De Bioul
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L’ARCHITECTURE DE YITRUVE.

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Si ces grands hommes méritent notre reconnoissance , combien an contraire nedevons-nous pas mépriser ceux qui ont pillé leurs écrits , pour les publier commes’ils en étoient les auteurs ? ceux qui cherchent ainsi à briller aux dépens des au-tres , et qu’une coupable envie porte h s’attribuer une gloire qui ne leur est pasdue , sont non-seulement très-repréhensibles, mais ils mériteroient encore d être punis.On sait que les anciens ne laissèrent jamais une pareille faute impunie ; et je croisqu’on ne sera pas fâché de connoîlrc quelques-uns des jugemens qu’ils rendirent àcet égard.

Les rois Àtlaliques qui aimoient beaucoup les belles - lettres , érigèrent une excel-lente bibliothèque publique dans la ville de Pergame. A la même époque le roiPtolomée , animé du même zèle , pour le progrès des sciences , en forma une sem-blable à Alexandrie. ISon content d’y avoir réuni, avec tous les soins possibles ,une infinité de livres , il chercha encore à l’augmenter , et voulut qu elle fût commeune pépinière , qui de voit produire de nouveaux ouvrages. Il fonda , à cet effet, desjeux , en l’honneur des Muses et d’Apollon , comme on en avoit fondé pour lesAthlètes , et il proposa des récompenses et des distinctions pour tous les écrivainsqui remporteroient le prix. Ces jeux ainsi établis , il fallut choisir des juges parmiles gens de lettres ; le roi en trouva d’abord six dans la ville ; mais il eut plus depeine à découvrir quelqu’un capable d’être le septième. Pour se tirer d’embarras , ils’adressa à ceux qui avoient soin de sa bibliothèque , et leur demanda s’ils ne con-noissoient personne qui fût propre pour cela ? Ils lui proposèrent un certain Aristo-phane qui étoit sans cesse occupé à lire, avec la plus grande attention, les livres dela bibliothèque. Ainsi les juges ayant pris place au milieu des jeux , sur leurs sièges,Aristophane y fut appelé et placé avec les autres.

Les poètes ouvrirent la lice , et lurent chacun leurs ouvrages ; le peuple , par sesapplaudissemens, lit connoître aux juges ceux auxquels il donnoit la préférence. Ceux-ci étant priés de dire leur avis , les six décernèrent le premier prix à celui qu’ilsremarquèrent avoir plu davantage au peuple , et le second à celui qui le suivoit.

Aristophane étant aussi prié de dire son sentiment, il donna le premier prix à celuique le peuple avoit le moins applaudi. Ce jugement ayant excité l’indignation du roiet de toute F as semblée , Aristophane se leva, et demanda qu’on lui permît de parler.Après qu'on eut fait silence , il déclara que de tous ceux qui s étoient présentés , iln y en avoit qu’un seul qui fût poète ; que tout ce que les autres avoient récité , ils1 avoient dérobé ; qu il croyoit qu’on avoit établi les juges pour récompenser les auteurs,et non pas ceux qui pilloient les ouvrages. Tandis que le peuple admiroit cette réponse,