LIVRE VII, C II a 1‘. IX. 341
Quoiqu’on en distingue deux? sortes , le naturel et l’artificiel, le premier n’est pas moins composéque l’autre , puisque l’un est minéralisé avec le souffre par la nature , et l’autre l’est par l’art.
Les anciens qui peignoient presque tous les murs intérieurs de leurs édifices , et dbnt certainesparties telles que les galeries , les portiques , les vestibules , les exèdres , se trouvoient ouvertesdes côtés où les colonnes seules soutenoienl la couverture , avoient éprouvé combien cette couleurétoit sujette à changer dans ces sortes d’endroits, sur-tout lorsqu’elle étoit exposée aux rayons dusoleil. ^
On sera peut-être surpris de voir que Yitruve mette les exèdres au nombre des salles dont l’in-térieur étoit exposé aux rayons du soleil; tandis que dans le livre VI , chapitre 4, il en parle commeétant des salles couvertes et entourées de murailles.
La conséquence qu’on doit tirer de là , c’est que toutes les exèdres ne se ressembloient pas ; queles unes étoient ouvertes , et les autres entourées de murailles ; ou , ce qui est beaucoup plus pro-bable , qu’elles étoient ouvertes seulement d’un côté , qui étoit occupé par plusieurs fenêtres , ousoutenues par des colonnes , comme paroissoit être la partie des thermes de Dioclétien , qu’on nommeencore aujourd’hui les exèdres : dans l’un ou l’autre de ces cas , une partie des peintures sur lesmurailles , étoit exposée aux rayons du soleil, ce qui ternissoit la couleur.
Pour obvier à cet inconvénient , Yitruve nous donne la recette du vernis qu’employoient lesanciens avec la manière de l’appliquer. Ce vernis , dit-il , étoit composé de cire punique , fonduedans un peu d’huile. La cire punique n’est autre chose que la cire blanche, dont la meilleure venoitprobablement de Carthage. Pline , dans le XXXIll.™ Liv. Chap. 4o , rapporte tout ce que dit iciYitruve à cet égard-; mais il donne plus de détail : « Il faut faire attention, dit-il, que les rayons» du soleil et de la lune affoiblissent fort le lustre du cinabre. Pour obvier à cela , il faut , dès» que la peinture sera sèche, la vernisser de cire blanche, fondue avec de l’huile , et enduire de» ce vernis , avec un pinceau , le dessus de la peinture. Il faut en outre la chauffer avec du» charbon de noix de galle , jusqu’à faire suer la muraille. Cela fait, il convient encore de la bien» frotter avec une bougie , et l’essuyer après, avec du linge bien net, pour la rendre luisante commey, du marbre. Postea çanclelis subigatur ac deincle Unteis puris sicut et marmora nitescant )).Ces expressions sont plus claires que celles de Yitruve , qui dit : postea cum canclela linteisquepuris subigat. Il confond par là , l’opération faite avec la bougie , et celle qu’on faisoit avec le linge.
Le cinabre est la huitième couleur naturelle dont parle Vitruve. Il dit un mot du cinabre factice ,et parle ensuite de la chrysocoile^, qui est la neuvième couleur qu’il nomme.
Le nom de cette dernière couleur est composé des mots grecs %pv<roç, or , et de «cAAa, colle; parcequ’on l’emploie à souder t’or et les autres métaux. Nous l’appelons vulgairement le borax ou b auras ,ou soude boratée , ou borate de soude. Les Arabes la nomment tincar et Üncaï. Cette couleurminérale se trouve"quelquefois dans les mines d’or; alors elle est jaunâtre; on la trouve aussi dansles mines d’argent , celle-là est beaucoup plus blanche ; celle qu’on tire des mines de cuivre , estverdâtre, et celle ou’on lire des mines de plomb est presque noire. « La chrysocolle, dit Pline , est)) une humeur limoneuse qui s’écoule naturellement des veines des mines d’or ; voyez le moyen