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Tome premier.
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PREMIÈRE PARTIE. SECTION III. CHAPITRE II.

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adouci les aspérités du sol. La dernière de ces révolutions, celle qui a vidé de grandsdépôts d’eau restés jusqu’alors au milieu des terres, creusé aux fleuves leur lit, demanière à substituer des courants bien i*éguliers à des étangs épars, mal liés les unsaux autres, et répandu sur le sol un terrain meuble, propre à composer la terre végé-tale, cette révolution diluvienne, justement nommée ainsi à cause du rôle qu’y ontjoué les eaux, a exercé une grande action sur le réseau des lacs et sur le régime del’Hudson et du Saint-Laurent . Le niveau de la plupart des lacs, et particulièrementcelui du lac Ontario , s’est alors considérablement abaissé , et la cataracte du Niagara,au moins avec la hauteur qui la distingue aujourd’hui, paraît avoir été l’un des produitsde ce cataclysme. A ce moment l’Hudson et le Saint-Laurent, jusqu’alors barrés etretenus à une grande hauteur et formant eux-mêmes une chaîne de moindres lacsplutôt que des fleuves, se seraient ouvert un lit définitif à un niveau plus bas enrenversant leurs gigantesques barrages , à la faveur de quelque tressaillement de laplanète et à l’aide du choc impétueux de leurs propres eaux et de celles des lacs seprécipitant dans quelque fissure pratiquée subitement au travers des montagnes.

Lorsqu’on se hasarde sur le terrain des hypothèses , on est disposé à admettre quele mouvement éprouvé alors par la croûte terrestre, a donné lieu à une longue fente,dirigée en ligne droite du sud au nord, depuis l’embouchure de l’Hudson à Sandy llook,jusqu’au point où le Saint-Laurent élargi devient le lac Saint-Pierre, en suivant l’axedu lac Champlain et le chenal actuel de la rivière Richelieu (1). Un énorme volumed’eau, contenu jusqu’alors dans l’espace aujourd’hui occupé par la vallée du Saint-Laurent et dans les anfractuosités du terrain qui la bordait, se serait jeté dans ce sillonde toute l’élévation dont les lacs et les fleuves avaient à descendre , aurait rongé etnivelé tout ce qui se trouvait sur son passage , et puissamment contribué à creuser àl’Hudson la route qu’il suit maintenant. Cette même fente, se prolongeant jusqu’àQuébec , eût préparé aussi le chenal actuel du Saint-Laurent. A partir de ce mo-ment, il ne serait plus resté entre l’Hudson et le Saint-Laurent que ce que nousvoyons aujourd’hui, c’est-à-dire une faible crête de moins de 45 ra au-dessus de lamer, et de 20 m seulement au - dessus du lac Champlain , circonstance intéressantepour le géographe et précieuse pour la facilité des communications. Quoi qu’il ensoit de ces suppositions, les alluvions accumulées aujourd’hui à l’extrémité méri-dionale du lac Champlain , entre ce lac et l’Hudson, ne permettent pas de douterqu’un fort courant n’ait passé jadis en cet endroit, et dans la direction du nord au sud.

Sur les bords du Saint-Laurent et de l’Hudson, l’on trouve des traces frappantesd’une gigantesque rupture, que rien n’indique avoir été produite dans la vallée duMississipi. Ainsi la traversée des Highlands dans l’État de New-York porte les marquesévidentes d’une violente déchirure. C’est plus manifeste encore pour le Saint-Laurent

(1) « Cette fente , dit M. Darby, suit l'Hudson de Sandy ïïook à Glen’s Falls ; puis, sur une longueur de dix à onzelieues, elle continue à travers l’espace qui sépare l’Hudson du lac Champlain , et atteint le Saint-Laurent en suivant lelac Champlain et la rivière Richelieu , sans s’être écartée du méridien de plus de 52' sur un développement de 15S lieues. »