PENSYLVANIE . — LOCOMOTIVES AMÉRICAINES. 387
tiraient beaucoup mieux et imposeraient des frais de traction moindres s’ils n’avaientque des pentes de 3 millimètres par mèire, au lieu de 6, de 10, de 12, et si leursrayons de courbure, au lieu de descendre à 300 m , à 2Q0 m , à 100 m même, restaientconstamment au-dessus de 1,000 m . Mais ce n’est pas à des chemins de fer modèles, telsque les peuples les plus opulents, ramassés sur le territoire le plus rétréci, ont pu lesconstruire, qu’il faut comparer les chemins de fer américains pour les apprécier et lesjuger avec équité. C’est aux mauvaises routes, à ornières profondes et à pentes abruptes,sur lesquelles les Américains étaient obligés de mouvoir leurs produits et leurs per-sonnes avec une vitesse de 8 kilom. au plus, avant qu’ils ne s’avisassent de s’ap-proprier les raihvays anglais , en les métamorphosant selon leurs besoins et leurfortune ; c’est aux sentiers des Indiens, seules voies ouvertes sur la majeure partiedu sol de l’Union il y a trente ans ; en ce qui nous concerne, c’est aux routes dépar-tementales et royales auxquelles nous sommes réduits, parce que l’opinion dominantejusqu’à ce jour dans l’administration, sinon dans le public, en matière de chemins defer, a obstinément voulu que chez nous ils fussent calqués sur le modèle anglais ouqu’ils ne fussent pas. En posant ainsi la question sur son vrai terrain, on rend évidentà tous les esprits impartiaux que les Américains ont agi sagement en se contentantpour le présent de leurs imparfaits chemins de fer, comme de leurs imparfaits ca-naux. Après tout, ce réseau de communications , tel qu’il est, leur fournit dès à pré-sent le moyen de répandre, comme par enchantement, l’industrie et la civilisationsur leur immense domaine. Il leur vaudra un jour, bientôt peut-être, plus de capitauxqu’il ne leur en faudra pour refaire, conformément à toutes les règles de l’art et àtoutes les exigences du calcul, leurs canaux et leurs chemins de fer. L’exécution de cepremier réseau, de ce réseau provisoire, avec toutes les imperfections que le provi-soire entraîne , au lieu d’être un obstacle à l’établissement en Amérique du systèmede communication le meilleur et le plus parfait, en est au contraire la condition et legage (1).
A ces modifications dans le système de construction, les Américains ont ajouté,dans la mise en œuvre des machines , une innovation qui est de nature à ajouter à leurpuissance de traction, mais qui n’est pas sans inconvénient ni même sans péril. Ils lesfont travailler sous une plus forte pression. Au lieu de se borner à une pression dequatre atmosphères environ, qui est la plus ordinairement usitée en Europe , ils vontà cinq atmosphères, et quelquefois au delà.
(0 A propos des pentes et des courbes, il est fréquemment arrivé, en France , qu’on ait fait un raisonnement pareilà celui-ci : « Si l’on vise à l’économie du capital, on pourra effectuer telle portion de chemin de fer avec une dépense de» 1,200,000 fr., au lieu de 1,500,000 fr. ; mais alors la dépense de traction sera augmentée annuellement de 20,000 fr.» En déboursant, une fois pour toutes, 500,000 fr., on éviterait donc un déboursé annuel de 20,000 fr. Ainsi, en con-» sentant à ajouter ces 300,000 fr. à la dépense primitive , on se trouvera avoir placé 500,000 fr. à 6 ? pour cent, place-» ment avantageux à coup sûr. » Cette manière de raisonner, bonne quand il s’agit de centaines de mille francs, cessed’être fondée quand il est question de centaines de millions ; car elle suppose qu'il existe dans le pays, ou à sa portée,une masse indéfinie de capitaux où il soit possible de puiser comme dans l’Océan, ce qui est de toutes les hypothèses laus gratuite.