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SOLUTION GÉNÉRALE DU PROBLÈME DES MACHINES.
dans le cas qui nous occupe, il ne saurait en être ainsi : la machine,en effet, à quelques exceptions près, extrêmement rares, ne se pré-sente pas à nous comme un produit naturel ; c'est nous-mêmes quiVavons créée , en faisant, en réalité, usage du procédé synthétique.C’est donc, en définitive, par l’induction que nous sommes arrivésà la machine, sans, d’ailleurs, nous rendre toujours bien nettementcompte de la marche Suivie, et, dès lors, il est évident que la déduc-tion et l’analyse constituent le moyen le plus propre à nous rendrecapables d'utiliser, en connaissance de cause, la synthèse et l’in-duction.
La synthèse ici, comme dans la plupart des cas, présente infini-ment plus de difficultés que l’analyse. Jusqu’à ce jour, on n’en a guèrefait usage que d’une manière empirique. Elle comprend précisé-ment ce que le langage usuel désigne sous le nom d 'invention.Sans revenir sur les détails dans lesquels nous sommes entrés à cesujet dans l’Introduction, nous pouvons dire qu’en fait l’inventionn’est pas autre chose que l’induction, puisque le procédé qu’ellesuit, dans chaque cas, revient, en définitive, à poser un certain nom-bre de problèmes, à en chercher, par analogie, les solutions pos-sibles, et à soumettre ensuite ces dernières à l’analyse. Ce systèmed’essais successifs se poursuit jusqu’à ce qu’on ait atteint le butqu’on s’est plus ou moins nettement proposé à l'origine et qui, enraison même de l’incertitude et de l’obsurité inhérentes au procédé,arrive souvent à se transformer plus ou moins complètement enroute. C’est ainsi que plus d’un inventeur, à travers un véritablelabyrinthe de solutions successivement essayées, puis rejetées, maisdont chacune se trouve enchaînée à la précédente, a fini par arri-ver à une forme de solution définitive, souvent très-rapprochée decelle qui lui a servi de point de départ. Il est probable que, parmiles lecteurs de cet ouvrage, il en est plusieurs qui, après avoir con-sacré un grand nombre de jours à l’étude d’une question de ma-chine, ont dû reconnaître qu’ils n’avaient fait que tourner dansun cercle vicieux, et que leurs tâtonnements et leurs peines ri’a-vaient eu d’autre résultat que de les conduire à un problèmeconnu, non susceptible de leur fournir une solution satisfaisante.
La principale cause des difficultés qui se sont rencontrées jus-qu’ici dans les recherches de ce genre tenait à ce que le mécani-cien, n’ayant pas à sa disposition le moyen de déterminer la compo-sition, l'enchaînement cinématique des mécanismes et les lois quiles régissent, ne pouvait naturellement pas en tenir compte dans les