DE L’HISTOIRE ET DE LA GÉOGRAPHIE PHYSIQUE, POLITIQUE, STATISTIQUE ET TOPOGRAPHIQUE
ET DES PROVINCES TURQUES
PAR L. PLÉE.
AVANT-PROPOS.
L’existence de l’Empire ottoman est, sans contredit, le phénomène le plus curieux que l'histoire des peuples présente à lascience historique. On conçoit que les Romains aient fait et conservé la conquête d’une partie du monde, quand on consi-dère leur sénat toujours renouvelé par les plus hautes prudences et les plus mâles persévérances. On conçoit la conquêteromaine, avec cette république de citoyens soldats qui formaient un camp toujours bien gardé , une armée toujours prête àmarcher, avec ces colonies militaires, cette incorporation des vaincus , ces triomphes, ces couronnes civiques, ces procon-suls , ces fameuses maximes de politique, ces mille secrets que Montesquieu a si bien développés. On reste confondu de-vant le prodigieux ouvrage des conquêtes ottomanes. Avec les moyens les plus faibles, les Turcs d’Osman, ont en peu detemps fondé , consolidé un empire presqu’aussi étendu que l’Empire romain. Ils n’avaient ni sénat, ni citoyens, ni triom-phes. Gouvernés par de brillants, mais impitoyables despotes qui les menaient souvent de force à la gloire ; aux prises avecdes peuples énergiques et vigoureux ; sans autre espoir que celui du pillage ; toujours menacés également par la faveur etla colère de leurs maîtres ; n’apportant aux vaincus , ni la sécurité , ni la liberté, mais l’oppression et souvent le déshon-neur, ils n’ont pas seulement fait d’immenses conquêtes, ils les ont gardées. On frémit d’épouvante, on se demande ce quec’est que l’humanité, et si elle est vraiment protégée par un pouvoir conservateur, quand on additionne , pendant quelquesannées seulement, le nombre des hommes tués par eux dans les batailles ou les assauts, dans les révoltes ou les invasions.Leurs cruautés calculées , l’astuce de leurs combinaisons politiques, l’orgueil de leurs relations confond l’esprit. On serait