SECONDE PARTIE.
CHAPITRE Ire. — GRANDEUR.
1. -SOULEIMAN ET ERTOGRUL (4224).
Le Khowaresm étant tombé en la puissance des Mogols ,comme nous l’avons dit, Souleïman Schah, fils de Gayalp, et de lafamille Kayi, l’une des plus illustres des Turcs Oghouzes, émigracomme ses frères, emmenant avec lui sa tribu, qui, jusque là, avaitvécu tranquille près de Mahan . Il s’établit avec elle en Arménie , prèsd’Erzendjan. Là, ayant appris la fin du conquérant mogol, il repritla route de sa patrie; mais la mort le saisit sur les bords de l’Eu phrate , près de Djâber. Ses compagnons se dispersèrent aussitôt.Deux de ses fils, Dundar etErtogrul, avec quatre cents familles,s’arrêtèrent près d’Erzeroum , dans le Sourmeli Tschoukoun. Or,Alaeddin-le-Grand régnait alors sur les Seldjoukides d’Iconium.Ertogrul eut occasion de servir sa cause en combattant les Mongols.Le sultan deRoum lui donna pour récompense la possession desmontagnes de Toumanidj et d’Ermeni , et la plaine de Sœgud ;d’autres diseut des monts Karadjatagh.
Ertogrul s’empara bientôt de Karadjahissar sur les Grecs, défitleurs troupes près de Brousa, ainsi que les Tartares d’Aktaw, etreçut en fief de son allié, le district de Sultan OEni ou de SultanOEghi. C’est là qu’est le berceau de l’empire ottoman . Ce districtn’est autre que l’ancienne Plirygie épictetos. Dorylée ou Erkischer,si célèbre par deux victoires des croisés, Lefké ou Leucas, Seid-Eghasi, ancienne capitale de la Phrygie salutaire, sous le nomde Sinada, Sœgud ou Thebasion, Karadja-Hissar ou Mélangeia, etBeledjick ou Belecoma, sont les principales villes de ce district.
2. - OSMAN I = r (1281). LES TURCS OTTOMANS DEVIENNENT
INDÉPENDANTS DU SULTAN DE ROUM.
Ertogrul laissa trois fils, Osman , Goundouzalp et SarouyatiSawedji. Ertogrul eut au sujet du premier, un songe qui lui annon-çait de hautes destinées. Ce songe, fortifié par un songe d’Osman lui-même, s’est vérifié comme après la mort de Romulus , celui dusénateur Procul us qui annonçait aux Romains l’empire du monde.
Osman commence par s’emparer, en 1285, d’Angelocoma. Ilremporte sur les Grecs le combat d’Agridjé, leur reprend Mélan-geia , et reçoit de nouveau en fief, le territoire concédé à Ertogrul .11 établit dans sa capitale une mosquée et un iman. C’est le point dedépart de la conquête et de la propagande religieuse des Osmanlis.
Osman pille ensuite Tarakdji et Moreni et se repose sept ans. Ilprend alors la forteresse de Jarhissar.
Sur ces entrefaites arrive une vraie révolution dans l’empireseldjoukide de Roum. Alaeddin 111 tombe assassiné par les Mongolsou empoisonné par son fils, Gayasseddin. Dix princes se partagentsa succession, c’est-à-dire le territoire borné au nord par la mer Noire , à l’ouest par l’Archipel , au sud par la Méditerranée, et à l’estpar le Kizil-Ermak (Halys).
Osman devient alors indépendant sur son territoire de l’Olympe,et fixe sa résidence à Jenischehrs; on était en 1500. Bientôt Biled-jick et Kœprihissar sont ajoutés au petit état des Turcs, gouvernépar Osman . L’oncle de ce chef veut s’opposer, en plein conseil,aux conquêtes de sa race. Il est mis à mort par son neveu.
Ainsi commence l’empire ottoman . Les garnisons des forteressesque les empereurs grecs conservaient en Asie depuis Constanti nople jusqu’à l’Olympe, prennent l’éveil. Osman les affronte, et lapremière victoire des Osmanlis sur les Grecs , est remportée par euxprès deNicomédie, en 1501. Alors aussi les Osmanlis font leurspremiers actes de piraterie. Trente vaisseaux montés par eux et lesautres Turcs, se portent sur Chio. C’est à qui, parmi les successeursd’Alaeddin, imitera Osman .
AndroniquePaléologue, élevé au trône de Constantinople en 1282,sollicite vainement les secours de Casan Khan, élevé au commande-ment des Mogols . En 1292, Osman lance contre lui ses fils: ilsfont la conquête des châteaux qui bordent le Sakaria, battent lesMogols Tschodars, et cernent Nicée et Brousa, par des forts etdes postes militaires.
Bientôt Edrenos (Hadriani), clef de Brousa est emporté. ToutIeKodja-Jli appartient aux compagnons du descendant d’ErtogruI,et enfin Ourkhan, fils d’Osman , force l’ancienne capitale desPrusias et des Nicomède, la reine de la Bithynie , à capituler. Lefondateur de la gloire ottomane peut mourir content.
5 . OURKHAN-GHAZI (1 526).
Ourkhan lui succède. Alaeddin, son frère, refuse de partager lecommandement suprême; ce n’est qu’avec peine qu’il consent àprendre le titre de visir (celui qui porte le fardeau de l’Etat).Cette division du pouvoir établit l’empire. Tandis qu’Ourkhan selaisse emporter à son génie guerrier, Alaeddin organise. La con-quête d’Ourkan s’affermit par les institutions d’Alaeddin.
Etabli à Brousa, dont il fait sa résidence, le premier emporte àla pointe du glaive, Sémendra, Nicomédie que défend en vain lecourage de Kalaionnes, frère de Marie Paléologue, fiancée au khandes Mogols , et Nicée , cette conquête des croisés, si célèbre dansl’histoire de l’église chrétienne, et que l’empereur grec Andro-nique essaie vainement de secourir par le combat de Pélécanon.L’importante ville de Kemlick a la même destinée.
Les principales institutions d’Alaeddin ont trait à la monnaie,au costume, à la prière publique et surtout à l’armée. Il ajouteaux akindjis ou coureurs, qui forment alors la principale forcedes Osmanlis, des fantassins soldés (Gaya ou Piadé). C’est l’ori-gine de l’armée permanente des Ottomans . Sa création est bienantérieure aux conceptions analogues du roi Charles VII de France ,en 1447.Mais l’infanterie soldée se rendit bientôt insupportable, etAlaeddin à la fois, pour organiser la victoire et pouren faire ressortir