CINQUIÈME PARTIE.
DESCRIPTION TOPOGRAPHIQUE.
On donne le nom général de Roumili ou de Roumélie , c’est-à-dire pays des Romains, aux provinces qui forment les pays euro péens de l’empire turc. Nous avons déjà marqué leurs limites,esquissé leur géographie physique et parlé de leurs divisions poli-tiques et de leurs populations. Il y a longtemps qu’on l’a dit :ces provinces ne demandent que d’avoir d’autres maîtres pourêtre comptées parmi les plus heureuses du globe. C’est assez annon-cer qu’elles ont en quantité suffisante les richesses du sol et de lanature. Mais le long antagonisme de la religion turque et du chris-tianisme les a plongées dans une sorte de barbarie: il n’y fautchercher ni le commerce, ni les arts industriels et libéraux. D’am-ples tableaux de misères, voilà ce qu’elles offrent le plus communé-ment.
Avec un peu plus de culture, dit notre géographe Malte-Brun , laTurquie d’Europe réunirait tout ce que les vignobles du mondeentier produisent de plus vanté. Les végétaux du midi et du nord semêlent sur les rives du Bosphore ; les races d’animaux domestiquessont belles et nombreuses; les forêts et les montagnes sont rempliesde chevreuils, de daims et de sangliers; le règne minéral est desplus riches, mais les Ottomans se soucient peu de ce genre de ri-chesse. Toutes ces mines dont nous parle l’histoire grecque, commecelles du mont Pangée, ne sont plus exploitées, et les fleuves sem-blent ne plus rouler leurs paillettes d’or. Le climat est resté pur etsain ; il a fallu l’incurie des conquérants dans l’intérieur des villespour appeler si souvent la peste. L’industrie des pays nouvellementaffranchis, sauf néanmoins la Grèce , montre avec les rudiments decelle qui existe dans la Roumélie ceque pourraient être les habitantsde ces pays sous le rapport industriel.
La Roumélie prise dans le sens le plus étendu comprend les an-ciens royaumes de Macédoine , de Thrace , d’Epire et de Thessalie,plus la Bulgarie entre les Balkans et le Danube , la Bosnie et l’Her-zégowine. Mais dans un sens plus restreint, elle n’admet que la Ma cédoine , la Thrace et la Thessalie. L’Epire avec PAcai'nanie etl’Etolie des Grecs forme l’Albanie . Les autres provinces sont aussiadmises comme provinces géographiques. La Thrace appellera d’a-bord notre attention, comme possédant les deux premières capi-tales de l’empire.
Ce pays fut célèbre dans l’antiquité; on le considérait commel’un des berceaux de la civilisation grecque. Linus, Orphée , Tha-myris, les premiers poètes et peut-être les premiers civilisateurs de laGrèce , étaient thraces. L’Hémus, la mer Egée , la Propontide . lePont-Euxin et la Macédoine formaient les limites de la Thrace . Ony comptait un grand nombre de peuplades diverses et dont la géogra-phie a toujours été mal connue. Vers 1580, avant Jésus-Christ , lesThraces pénètrent dansl’Hellénie, s’établissent à Eleusis , et sèment enAltique des germes de culture. L’histoire nous transmet, en J 280,le nom de Poltys comme régnant sur la contrée. Puis, vers le
sixième siècle, les Perses la subjugent; il y règne plusieurs princesleurs tributaires. Enfin, à partir de Tyrès , en 451, nous avonsune chronologie exacte. Elle nous donne successivement Sitalcès,Seuthès I er , Médocus, Amodocus, Tyrès, Seuthès II, Cotys I er , Ker-soblepte et Seuthès III , en 524. La Thrace devient alors unroyaume macédonien ; elle échoit à Lysimaque , passe, en 282,àSéleucus, et, en 284, à Ptolémée-Céraunus. Les Gaulois l’en-vahissent de 280 à 278. Alors commence une série nouvelle de roisnationaux jusqu’en 47 avant Jésus-Christ . A cette époque la Thrace devient province romaine. Dans le partage de l’empire, en 595, ellepasse aux maîtres de Constantinople . Les turcs ottomans en achè-vent la conquête en \ 455 de notre ère.
La Thrace se divisait à l’époque romaine enChalcidique,Edonide,Bisaltie, Syntique, Bessique, Odomanlique, Bystonide, Ciconide,pays des Triballes, Odrysiaque et Assique. Les villes principalesétaient des colonies grecques, comme Périnthe , Abdère, Amphi-polis, Sélvmbrie et Bysance . Leur commerce consistait surtout enpelleteries, en bois de construction, en esclaves et en bétail. Lepays était plus froid qu’il n’est aujourd’hui, à cause de ses maraiset de ses bois immenses.
Aujourd’hui la Thrace présente l’aspect général des provincesturques, peu de culture, commerce insuffisant, obscurité. Nousallons nommer ses principales villes en commençant par Constan tinople .
A. — Histoire.
Tout le monde sait que Constantinople est l’ancienne villedorienne de Bysance . Colonie de la célèbre cité de Mégare , Bysance remplaça la bourgade thrace de Lygos, et Byzas, fils de Neptune,lui donna son nom.
L’existence de cette ville que l’avenir destinait au titre de capitaledu monde, ne tarda pas à être mise en question par les démêlésqui éclatèrent au septième siècle avant Père chrétienne entre lesGrecs d’Ionie et les Lydiens, puis entre ces mêmes Grecs et les suc-cesseurs de ce grand Cyrus qui par la bataille de Thymbrée (en 548avant Jésus-Christ ), régna sur toute l’Asie mineure. Échappée àCyrus , Bysance tomba au pouvoir de son second successeur Darius.Les Ioniens y rentrèrent bientôt après, mais non sans peine, etbientôt aussi Xercès la leur arracha. La Grèce européenne étantintervenue dans la querelle entre le despotisme perse et les républi-ques d’Asie , eile voulut avoir, entre autres villes, Bysance pour sonintervention. Pausanias en fit le siège après la bataille de Platéeen 477. Alcibiade , pour le compte d’Athènes , revint devant sesmurs en 410.
Ravagée successivement par les Perses, les Spartiates et les Athé-niens, la colonie du Bosphore eut ensuite à se défendre contre
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