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Nouvel atlas physique politique et historique de l'Empire ottoman et des états limitrophes en Europe, en Asie et en Afrique, en quarante feuilles : avec un beau plan topographique de la ville actuelle de Constantinople, plusieurs plans des villes les plus importantes de l'Empire, et ceux des siéges et batailles mémorables soutenus par les Ottomans / dressé sur les documents les plus récents et les plus authentiques, par J.J.Hellert
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ATLAS

pas jusquau fétichisme qui ne soit en faveur; dans la Kaaba , templede la Mecque , on vient de tous les points de la péninsule sinclinerdevant la pierre noire, et ce prétendu noyau de la terre est entourédune cour didoles. On peut croire aussi que les rêveries sublimesdes Indiens avaient pénétré dans lArabie.

Pour éclairer ce chaos, il nest point de centre de lumières. Ilny a nulle part de science véritable. Nulle part, le commerce nadactivité bien suivie.

2. -ÉTAT DU MONDE HISTORIQUE A I.aPIHRITION DE MAHOMET.

Quant au reste du monde, la situation quil présente est vrai-ment provocante. Lempire de Bysance est en pleine dégénérescencesous Héraclius . Lempire des Perses nest plus quune ombre delancien empire de Sassan, sous Hormisdas III ou sous Chosroës II ,successeurs de Chosroës le Grand. LEglise chrétienne, malgré las-cendant de Pélage II ou de saint Grégoire, son successeur, est enproie aux schismes et aux agitations. Le torrent des migrations napas cessé de rouler de lAsie haute sur lOccident , de la Scythie surlEurope . Les Wisigoths dEspagne devenus catholiques, montrentdéjà des signes de décadence sous Flavius Récarède. Les Francs mérovingiens sont déchirés par les fureurs des fils ou des petits-filsde Clotaire 1 er . Le monde nappartient à personne. Les LombardsdItalie viennent de se convertir sous Agilulfe. Baïan est occupé àfonder lempire des Avares, et les Bulgares nont pas encore secouéle joug de ces derniers.

Pour nous servir dune comparaison triviale maisjuste, lemondeest dans la situation de ces serpents qui, vers la fin des hivers, dé-pouillent leur vieille parure décailles pour en revêtir une nouvelle.A cette époque solennelle de la mue, ces colosses languissent. Ilsoffrent à leurs ennemis une proie facile. Cest alors quil faut les at-taquer; autrement, revenus à la vie, ils deviendront la terreur de laterre. Ainsi du monde, il se transforme par le christianisme et parlinvasion barbare. Mais ni le christianisme ni linvasion barbarenont complété leur œuvre. Il offre, en partie, une conquête facile.

Disons-le donc,-cest faire injure à la puissance qui veille auxdestinées humaines, de croire que ce fut par un instinct purementhumain, quun descendant dismaël, fils dAgar , saisit, dans lamétropole de lHedjaz , cet instant propice de transformation pourprécipiter lArabie sur le monde en langueur. Quelques annéesencore, et lArabie eût échoué dans sa tentative; car, par le chris-tianisme et par lassimilation des races du Nord, lancien univershistorique eût recouvré toute la sève dune jeunesse nouvelle, et lesvents du désert fussent venus se dissiper en fondant contre lui.

Quels furent les desseins de la Divinité en permettant lélévationdu mahométisme? Cest ce quil serait imprudent de sonder!Cependant il suffit de parcourir lhistoire universelle depuis lhé-gire, et quelques-uns de ces desseins seront évidents. La civilisationpersanne des Arabes de Bagdad , celle des Maures dEspagne, lesrésultats des croisades, ceux de la prise de Constantinople en -1455,diront beaucoup de choses à ce sujet.

5. -VIE DE MAHOMET (a. J. 570-652) .

Telle était la situation générale quand des bruits sourds se répan-dirent en Arabie. Il était question dun insensé qui prétendait avoirreçu de Dieu la mission de réformer le culte de ses ancêtres, etdannoncer aux hommes la religion véritable. Ce scandale se don-nait dans la ville même lon conservait la pierre noire. Il sedonnait au sein même de la tribu Koreïsch. Quel était ce prétenduinsensé, ce prétendu prophète? Nous allons le faire connaître.

Mahomet ben Abdallah, surnommé Aboul Cassent, avait pris nais-sance à la Mecque en 570. Alors, dans toute la force de lâge, ilréunissait lensemble des qualités qui peuvent assurer à un hommela prééminence sur ses semblables : un corps superbe, plein de

force et de beauté virile, une figure noble, et reflétant toutes lesinspirations dune âme enthousiaste, un regard fascinateur, uneéloquence passionnée et irrésistible.

pauvre, puisque son oncle, Abou-Taleb, et aussi son tuteur,schériff de la Mecque , navait eu à administrer pour lui quun pa-trimoine composé de cinq chameaux et dun esclave, celui qui de-vait régner sur une partie du monde fut dabord obligé de servirles autres. La domesticité lui enseigna la patience.

Il mena longtemps la vie active des caravanes; il voyagea beau-coup, sentretint longtemps avec la solitude. Il eut plus dune foisloccasion de méditer sur les récits des voyageurs, et de compareravec ces récits le caractère, les mœurs et lhistoire des différentestribus de la Péninsule.

De retour à la Mecque , une riche veuve qui lavait chargé dusoin de ses intérêts, lui donna sa main et sa fortune; Mahomet ,éprouvé par la pauvreté, développé dans tout ce quil avait de plusbrillant et de plus réfléchi, par un vaste contact avec les hommeset avec les choses, prit alors à la Mecque le rang que lui assignaitlillustration de sa race ; car il était de lune des grandes famillesde la tribu de Koreïsch. Son ancêtre, Hacliem, le coupeur de pains,et son aïeul propre, Abd-el-Motalleb, avaient surtout mérité la re-connaissance publique, lun en nourrissant sa ville pendant unefamine, lautre en la sauvant dun pressant danger.

Méditer, parut désormais le besoin essentiel de lépoux de Ka-didjali : cétait le nom de la riche veuve. Chaque année, durant unmois, une caverne du mont Hérat , près de la Mecque , le reçut soli-taire. Que ne pouvons-nous interroger ce témoin impassible ! Com-bien détranges scènes denthousiasme! que de calculs peut-être,et que dintéressants monologues il nous retracerait ! Quelles sin-gulières lueurs sur les mystères de lesprit humain il pourrait nousdévoiler!

Enfin, par une nuit terrible, la mit du décret divin, la nuit dAI-kadar, dans cette caverne, lange Gabriel qui descendit du ciel pourinstruire le prophète de Dieu , apparut au solitaire méditateur. Ily eut entre eux une lutte violente. Trois fois lange souleva son ad-versaire par les cheveux, et trois fois le jeta contre terre pour lefortifier définitivement dans lislam , cest-à-dire la vraie foi, la foiqui sauve.

Mahomet, de retour à la Mecque , eut en effet la force de se dé-couvrir à sa femme Kadidjah et à son esclave Zéid; il les convertitainsi quun fougueux jeune homme, son cousin Ali. Ainsi, unefemme, un esclave et un enfant en quelque sorte furent les premiersdisciples du prophète. Il avait alors quarante ans.

Bientôt après, fortifié par de nouveaux rêves et de nouvelles ap-paritions, il convoqua sa famille par un grand festin ; et, aprèsavoir dignement traité ses convives, il leur annonça quil avait reçudu ciel la mission de réformer le culte de ses ancêtres et celuidu monde. Ce fut un tumulte confus; les uns se moquèrent, lesautres quittèrent le banquet dans un étonnement singulier; mais,malgré toute son éloquence, Mahomet navait point convaincu.

Cependant il ne perdit pas courage. Il était signalé dans laMecque ; les tribus avaient les yeux sur lui: aux méditations suc-céda une vie de prédications et de persévérance. Des hommes con-sidérés dans la ville, Abu-Beker, Otlimann, dautres encore aunombre de neuf, finirent par embrasser sa cause. Fort de leurassentiment et de la protection occulte du schériff son oncle, etpour répandre au loin son nom, il allait sur la route de la Mecquearrêter les caravanes et leur annoncer la parole de Dieu .

Cette vie dura quatorze ans, durant lequels il y eut des alternativesqui eussent accablé tout autre homme. Vaguement effrayée de las-cendantpeu à peu conquis par leprétendu prophète, sa tribu ne ces-sait de le persécuter. Elle élut pour schériff, à la mort dAbou-Taleb, son mortel ennemi, Abou-Sophian, et le mit bientôt au ban