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de tous les adorateurs de la Kaaba . L’arrêt de proscription fut af-fiché sur les murs du temple même, et un assassin se chargea del’exécuter. Mahomet l’attendit de pied ferme ; il le désarma parsa parole et son attitude, et le farouche Omar devint un de sesplus dévoués sectateurs, un des plus puissants propagateurs de sareligion.
Nous ne pouvons raconter toutes les phases de cette carrière sanspareille; rien n’atteste davantage la puissance de la convictionréunie à la persévérance sur l’esprit des hommes. Néanmoins latribu Koreïschite, de plus en plus implacable dans sa haine, parvintà forcer le prophète à quitter la Mecque . Il s’enfuit à Jatreb, quiprit le nom de Médine (Medinat-al-Naby, résidence du prophète).Cette fuite commença Y liégire ou Y ère des mahométans ; son époquecorrespond au \ G juillet 622. 11 y avait quatorze ans que l’époux deKadidjah s’était découvert à elle ; il était âgé de cinquante-trois ans ;mais à un âge où dans les autres hommes la vigueur de l’espritmenace quelquefois de perdre de sa trempe, jamais Mahomet n’avait été plus actif. Son corps était toujours beau, fier et ardentcomme celui d’un jeune homme.
Les habitants de Jatreb, surtout les Kharegites rivaux des Ko-reïschites, embrassèrent sa défense. Aidé de ces auxiliaires quis’appelèrent eux-mêmes de ce nom, Ansariens, le prophète, devenuguerrier, intercepte les caravanes de la Mecque , et presque tou-jours dans les escarmouches remporte la victoire, si ce n’estprès du mont Ohud, où blessé au visage, il tombe sur le champdu combat environné de soixante-dix de ses fidèles blessés à mort.Encouragés par ce dernier succès les ennemis font de nouveaux ef-forts; le prestige a disparu, des tribus se joignent à eux. MaisMaohmet fait creuser autour de Médine un large fossé, et re-pousse vigoureusement les attaques ; il apaise en même temps lesséditions intérieures. Les assaillants se découragent ; il les repoussedéfinitivement, puis fond sur les tribus juives de Nadir et deKhaï-bar, ses ennemies acharnées; il en fait un carnage effroyable.Mais à leur tour, les Khoreïschites le battent, et néanmoins transi-gent avec lui, et lui permettent le pèlerinage de la Mecque .
Il l’effectue ; son entrée dans cette ville ressemble à un triomphe;il y gagne des prosélytes, entre autres deux hommes qui deviendrontses chefs les plus célèbres, Kaled, l’épée des épées de Dieu , etAmrou.
C’est est fait, la cause du prophète est gagnée. Son audacieuseambition lui a dévoilé l’avenir; il ne craint pas d’envoyer de toutesparts aux princes de l’Asie d’insolents messages qui les sommentde le tenir pour le prophète de Dieu et d’obéir à sa loi. Ici on ac-cueille les messagers par des railleries, et on les congédie sansautres réponses. Ailleurs on leur remet des présents pour leurmaître. Le gouverneur de Syrie égorge ceux qui ont été députésvers lui. Mahomet, à la nouvelle de cette insulte, rassemble tousles plus braves cavaliers des tribus environnant Médine ; il se pré-cipite avec eux sur les terres de l’empire d’Orient . Trente milleGrecs l’y attendent. Sa troupe est décimée ; trois fois la bannièred’Islam roule dans la poussière avec ceux qui la portent ; maisKaled, l’épée des épées de Dieu , la relève, et la victoire avec elle.
Alors il se fait dans toute l’Arabie un mouvement impossible àdécrire : les tribus tiennent des conseils; on discute, on se bat ; detous les points des torrents de disciples farouches affluent vers leprophète. Cent mille pèlerins le suivent à la Mecque . Il pardonne àceux qui se soumettent à la loi; et après avoir fait entourer laKaaba de ses fidèles, il y entre. Et criant à haute voix : Dieu est plusgrand, il frappe les trois cent soixante idoles qui entourent lapierre noire. Elles sont brisées : l’islamisme règne seul dans la mé-tropole religieuse de l’Arabie, et bientôt dans l’Arabie presque en-tière ; car les tribus idolâtres du désert, les Soadites, les Takifitteset vingt autres s’étant liguées contre l’audacieux ennemi de
leur culte, elles sont honteusement battues et forcées de se sou-mettre. Les princes de l’Arabie heureuse, les chefs des nomadesdu Nedjed lui envoient de même leur soumission, et adoptent lanouvelle loi. Dans l’année 651, celle que les musulmans appellentdes ambassades, les rois qui d’abord avaient méprisé les messagesdu prophète, lui adressent de magnifiques présents. On n’ignoraitpas qu’il se préparait à précipiter sur le reste du monde ses hordesd’Arabes désormais unifiées par la loi divine, et frémissant d’en-thousiasme.
Mais son destin était marqué! Une femme juive de la tribu deKaïbar, qu’il avait si affreusement traitée, parvint à mêler du poi-son à ses aliments. Il était alors sur les frontières de la Syrie ; il sen-tit qu’il en était fait de lui, et prépara tout pour quitter la vieen prophète; mais il n’y réussit qu’à demi. Abu-Beker, qu’il avaitchargé de remplir à sa place les fonctions de chef de la loi, entreautres de réciter la prière, lui succéda comme kalife ou vicaire.Ce fut, comme nous le verrons, un germe de dissension ; car Ali,le lion d’Islam , le gendre de Mahomet , son premier disciple, sonsauveur, avait plus de droits qu’Abu-Beker. Ceci arrivait en 652.
4.- DÉTAILS SUR l’islamisme ET SUR LE KORAN . APPRÉCIATION
DE CE LIVRE.
A. — Le Koran et ses doctrines.
Quelle était cette foi nouvelle que Mahomet léguait pour étendardaux tribus arabiques? En quoi consistait les préceptes qui luiavaient servi comme de levier pour les soulever, comme de fléaupour épurer leurs croyances?
Mahomet n’écrivait point, mais ses disciples recueillaientavec soin les paroles divines qui passaient par'ses lèvres , et les inscri-vaient sur des coquilles ou des feuilles détachées à mesures que,suivant les besoins du moment, il développait sa doctrine. Le sageAbu-Beker mit en ordre ces feuillets détachés, plaçant d’abordles chapitres les plus longs. Le recueil publié par Othmann dansla troisième année de son règne prit le nom de Koran , ou de lecturepar excellence. Il est écrit dans la langue arabe, qui devint ainsi lalangue sacrée de tous les sectateurs du prophète. C’est le livre parexcellence; jamais les anges ou les hommes ne produiront quelquechose qui soit aussi parfait qu’un seul de ses chapitres. En effet,il n’est pas regardé comme l’œuvre de Mahomet , mais commela parole de Dieu , transmise par l’ange Gabriel , et annoncée auxhommes par les lèvres du prophète, ainsi que nous l’avons dit.C’est donc dans le Koran qu’il faut chercher l’expression la plusfidèle des intentions et de la doctrine de Mahomet-ben-Abdallah.
« Le Koran , dit son traducteur Savary, a pour dogme lacroyance à un Dieu unique, dont Mahomet est le prophète; pourprincipes fondamentaux, la prière, le jeûne du mois de Ramadan,le pèlerinage à la Mecque . La morale qu’il prêche est fondée surla loi naturelle et sur ce qui convient aux peuples des pays chauds. »
En effet, rien de plus simple que l’islamisme; et ce qui l’atteste,c’est le peu de changements que sa forme et son esprit ont subisjusqu’à nos jours: le prophète ne l’inventa point. 11 est permis decroire qu’il ne le reçut pas non plus par une révélation divine; lacroyance des juifs et des chétiens lui en fournirent les éléments.11 les mit habilement en harmonie avec le caractère et les désirsde l’oriental, qui peut-être n’eût point été capable de garder purel’une ou l’autre de ces croyances, comme nous le prouve assezl’histoire des anciens juifs, que la menace divine la plus absolueeut tant de peine à maintenir dans la leur. Mais en mettant en jeudes ressorts humains, Mahomet créa nécessairement un mélange;et malgré ses prétentions à la primauté, resta bien au-dessous dece qu’il prétendit compléter.