Après un cours de 2,790 kilomèlres, le Danube tombe clans lamer Noire par cinq embouchures, entre 45° 52’ et 47° 54’ de la-titude septentrionale. 11 avait autrefois sept embouchures, quatrede ses bras extrêmes sont importants aujourd’hui ; encore peuvent-ils se réduire à deux qui forment ce qu’on nomme le Delta du Da nube . Le Delta est coupé par différents bras, qui forment commeun certain nombre d’îles appelées Tchétal, Léti, Saint-Georges,Porlitza, etc. Les deux branches que nous voulons signaler àtitre de branches principales, sont celle de Kilia au nord, et cellede Saint-Georges au sud. La première ainsi nommée de la villede Kilia, située à dix-huit milles de la mer, ne sert point à la navi-gation commerçiale ; la deuxième se subdivise deux fois. 11 s'endétache la branche que l’on nomme de Soulina, et qui est le dé-bouché ordinaire. Cette sous-branche compte environ cinquante-quatre milles de parcours. Avant la paix d’Andrinople , elle formaitla frontière russo-turque . La branche de Saint-Georges, dont elleest née, continue son cours vers le sud, donne encore naissance àla branche de Dinavetz, et marque la frontière de la Turquie .L’ile de Porlitza, qui sépare la Bulgarie de la Russie , est un ter-rain neutre. Les Russes ont éludé le traité d’Andrinople , en élevantdes postes redoutables à titre d’établissements sanitaires sur larive gauche de Saint-Georges, et dominent ainsi le Delta.
Quand on considère que l’existence commerciale de l’Allemagne douanière et de l’Autriche dépend en grande partie de la libertéde la navigation sur le Danube , on comprendra que l’Autriche ait offert à la Turquie de creuser à ses frais un canal entre Rassovaet Costendjy. L’Allemagne échapperait ainsi à ces prétentions dela Russie . Le vaste système de chemins de fer qui doit relier le Da nube aux bassins principaux de la Germanie et de l’Italie , devien-drait ainsi fructueux. Autrement, que la Russie ferme le Danube ,l’Autriche qui communique par ce fleuve avec Constantinople ,et entretient de la sorte des relations avec la Perse et l’Asie , est obli-gée de se jeter sur l’Adriatique ; mais enfermant le Danube et leBosphore , les Russes resteraient maîtres du commerce de la mer Noire , et l’ancienne guerre de Kaffa, entre Gènes et Venise , de-vrait évidemment renaître entre eux et les peuples marchands del’Europe .
Le Danube s’appelait autrefois Danubius jusque vers Orsowa et Ister, dans la partie inférieure de son cours. Il côtoyait alorsla Rhétie , les deux provinces noriques, la Savie, la Dacie et les deuxMœsies. Les principales villes que baignaient ses eaux étaient Re-gina, Augustana, Bocodurum, Lauroacum, Vindobona, Acincum,Acimincum, Nicopolis et Axiopolis. Il avait des autels parmi lesScythes; les Romains l’eurent longtemps pour frontière du côtéde la Germanie, et le défendirent par de nombreuses citadelles. Laconquête de Trajan le franchit un instant; mais il servit bientôtde nouveau comme retranchement au peuple-roi.
Le Danube reçoit en Turquie un assez grand nombre d’aflluents;tels sont la Save, la Morawa, l’Isker à droite, le Schyll, l’Aluta,le Siretli, le Pruth .
La Save, Sav des Allemands, prend sa source dans les AlpesCarniques, près de Villach . Après avoir séparé la Styrie de TII-lyrie, et traversé la Croatie , elle sert de frontière à l’Esclavonie autrichienne et à la Turquie . Gradisca et Brod dans l’empire ot toman , et Schabatz en Servie, sont situées sur ses rives. C’est enServie, à Belgrade , qu’elle afflue au Danube par la rive droite,après 900 kilomètres de cours. L’Unnas, la Verdas ou Verbitza,la Bosna et la Drina se jettent dans la Save en Turquie . La pre-mière sépare les Etats autrichiens de la Croatie turque, et sejoint à la Save , près d’Usticza ; la seconde passe par Jailze et Ba-nialouka, dans la Bosnie ; la troisième reçoit la Migliatza, ouMelaska, qui arrose Bosna-Seraï et tombe dans la Save , à huit lieuesde Brod : elle forma jadis une des limites de l’empire carlovingien ;
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enfin la Drina sort des monts Dinariques , sépare la Sêrvie de laBosnie,passe par Foczia, Visegrad etZwornik.
La Morawa est formée de deux branches, l’une qui coule à l’ouestet que l’on nomme Morawa de l’ouest; l’autre qui est moinsoccidentale et que l’on nomme Morawa de l’est. La premièretraverse la Servie, arrose Kruchevalz et reçoit plusieurs cours d’eauqui descendent des monts Glubotin; la seconde passe par Nova -Breda, et l’on doit remarquer au nombre de ses petits affluents laNissava, rivière bulgare à laquelle puisent les habitants de Nissa.Après leur jonction, les deux branches se jettent dans le Danube , àKulica, c’est-à-dire à environ huit kilomètres au-dessous de Se-mendria.
L’Isker est l’ancien Æsus, il naît dans le Liwas de Sophia , couleau nord-ouest. Il arrose un bassin géologique fort intéressant àcause des mines de fer qu’il renferme. Samakow, Triaditza en sontvoisines. Il afflue au Danube entre Rahova et Nikopol, aprèsun cours de 270 kilomètres extrêmement sinueux.
Le Schyll ou Syll appartient surtout aux deux Valachies. L’Alutaappartient surtout à la Transylvanie . On le nomme aussi Alt. Ils’appelait jadis Aluta, parcourait comme tel la Dacie Trajane,et se jetait dans l’Isker, vis à vis du confluent de l’Osmus avec cefleuve. L’Ardjsch appartient de même à la Valachie , c’est l’ancienArdiscus, il sort du mont Vistaman , et après avoir coulé du nord-ouest au sud-est, reçoit la Dumbrowilza, qui traverse la ville deBukarest .
La Sereth est l’ancien Ararus ou Ordessus. Elle naît en Galicie ,arrose la Moldavie , où elle reçoit la Soutchava, la Moldava et leBistriz. Son bassin composé de terrains analogues à ceux du bassinfrançais de la Meurthe renferme d’excellentes exploitations de seldont profite surtout Okna.
Le Pruth est célèbre dans les annales de l’empire ottoman etdans l’histoire des conquêtes russes. Vingt fois franchi par les der-nières, longtemps il leur a servi de barrière légale. Pierre-le-Grand fut battu sur ses bords à Wale-Strimbe, près de Faltchi, en \ 7 H,et ne dut alors son salut qu’au génie de Catherine I re . Le Pruth estl’ancien Porata. Il naît dans la Galicie du sein des monts Karpa-thes. C’est par son parcours de près de 900 kilomètres, un desgrands affluents du Danube . 11 reçoit leBaglui, qui passe à Iasside Moldavie , et sépare cette province de la Bessarabie russe. Enfinprès de l’embouchure du Danube se trouve lé lac Ramsein, quin'est à proprement parler, qu’une suite de lagunes. Nous parleronsplus tard de ceux des fleuves de l’Asie turque, qui appartiennent àla mer Noire , et nous passons aux autres mers de l’empire.
Le nom de Bosphore est une appellation générale que les an-ciens donnaient aux détroits, comme pouvant être passés à la nagepar un bœuf (Bous poros). Ils distinguaient deux Bosphores , leBosphore cimmérien ou détroit de Zabache, qui communiquaitdes Palus-Méotides ou mer d’Azow, au pont Euxin, et le Bos phore de Th race qui a conservé de nos jours le nom spécial deBosphore . Sur les bords du premier s’étendit longtemps unroyaume célèbre dans l’histoire de l’Asie méditerranéenne et dontPanticapée était la capitale. On donnait le nom de promontoiredu Bosphore à un pi'omontoire de Tlirace, qui s’élevait à l’entréedu port de Bysance. De là, Darius relia un instant par un pontde bateaux l’Europe et l’Asie , dans sa grande et désastreuse ex-pédition contre les Scythes 1 .
c. -HELLESPONT OU DARDANELLES .
L’Hellespont unissait autrefois la mer Egée et la Propontide .
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