Entre les deux cliaines du Liban s’abrite la grande vallée ap-pelée par les anciens Cœlésyrie ou Syrie creuse. C’est aujourd’huicelle d’El-Bokat.
La chaîne mésopotamique est la seconde des trois chaînes quenous avons nommées en dernier lieu. Elle se détache du plateaudans la province de Diarbekr ; elle comprend les monts Sindjar,où habitent les farouches Jézidis , et les collines d’Hamerin, quibordent au nord les plaines où s’élevaient jadis Ninive et Babylone.
L’Aglin-Dagh , l’Elvend , les monts de Louristan , les montsBakhari, dans le Kourdistan, le Kousistan et la Perse, forment latroisième branche; elle peut passer pour le centre des montsKourdis-taniques ; sa partie la plus élevée correspond aux fameux montsNiphates des anciens : c’est là que, selon Strabon , le Tigre prenaitsa source.
Enfin le mont Araral, né sur la partie orientale du plateau, estla souche d’une chaîne qui traverse l’Adzerbeïdjau, le Dgilan, leMazanderan et le Korassan, et cela sous différents noms plus con-nus des habitants que des géographes. La hauteur de l’Ararat estde 4000 mètres ; son sommet est couvert de neiges. Sur ses pentess’arrêta l’arche de Noé, comme celle de Deucalion sur le montLarnasse. Il s’étend à quelques lieues d’Eriwan . Les journaux an glais ont dernièrement annoncé que sa masse principale, rongéepar le temps et les eaux, s’était écroulée; notre correspondancene nous a pas encore vérifié le fait.
Enfin, un groupe de montagnes que l’on pourrait appeler, avec
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le grand statisticien et géographe auteur de ['Atlas des langues,groupe d’Erzeroum , joint les chaînes issues du Taurus et la massecaucasienne.
Quant à l’Arabie, que nous considérons comme dévolue engrande partie à la puissance ottomane , quelques noms qu’elleprenne, ce pays renferme un système de montagnes encore fortpeu connu. Il se compose d’un immense plateau supportant desmontagnes qui s’étendent sans ordre dans toutes les directions. Ilest convenable, néanmoins, d’y distinguer dès aujourd’hui troischaînes : la chaîne maritime, qui borde à une distance de 50 à-100 milles géographiques, la mer Rouge et le golfe d’Oman jus-qu’au cap Mocandon. Cette chaîne est passablement élevée et ren-ferme les monts Chakak.
La chaîne centrale s’étend depuis le cap Recan, sur le golfe Per-sique, jusqu’à la chaîne maritime aux environs de la Mecque ; elleest fort élevée et comprend les monts d’El-Ared.
Enfin, la chaîne septentrionale est appelée monts d’El-Chamnar.C’est elle que les pèlerins ottomans traversent pour se rendre à laMecque .
AFRIQUE OTTOMANE.
Décrire ici le bassin du Nil sous le rapport orographique seraitparfaitement oiseux. Reste le système de l’Atlas, qui borde les côtesde l’Afrique septentrionale. Ce système est des plus simples, etnous renvoyons le lecteur à un simple coup d’œil sur la carte.
GOUVERNEMENT.
C’est à tort que la plupart de ceux qui ont écrit sur le gouverne-ment turc l’ont considéré comme monarchique absolu. La monar-chie ottomane a toujours été une monarchie limitée par trois pou-voirs bien puissants : la loi et les docteurs de la loi, l’armée et laféodalité, ou l’association des musulmans propriétaires, des nota-bles appelés ayants.
C’est à tort aussi qu’on a considéré cette monarchie comme pu-rement héréditaire. Bien que depuis d500 le sceptre ne soit pasencore sorti de la famille d’Osman, chaque avènement a été mar-qué par une sorte de grande et vaste élection, tant armée que po-pulaire, tant légale que tumultueuse.
Par suite des changements qui ont été opérés dans l’empire,deux des pouvoirs qui limitaient l’exercice de la souveraineté dusultan, l’armée et la féodalité proprement dite, sont devenus extrê-mement faibles ; mais le pouvoir du corps des Oulémas est encoretout entier, et comme le fait ressortir l’illustre de Hammer, le res-pect dont les derniers sultans l’ont toujours entouré a seul permisla destruction des deux autres pouvoirs, par le pouvoir du padischa.
Enfin, le principe de la responsabilité des ministres du sultan ,c’est-à-dire du diwan devant la nation , a toujours été admise, etce n’est pas toujours le sultan qui a de son plein gré choisi ses mi-nistres. Cette responsabilité ministérielle est aujourd’hui plus en-tière que jamais.
La nation musulmane a, pour ainsi dire, conquis des droitscomme nos nations modernes. L’armée ne l’opprimait pas moinsqu’elle n’opprimait le sultan ; c’est elle qui a aidé le sultan à dé-truire les insolents prétoriens que l’on nommait janissaires, con-quérants déchus qui exploitaient la gloire de leurs devanciers. LeIvoran seul, connu de tous, et quelques ordonnances, mal exécutéespar les pachas et les autres représentants de la couronne, réglaientlégalement la position des fidèles croyants vis-à-vis du chef de lareligion et du chef de l’état. II fallait quelque chose de plus. Ledévouement de la nation à Mahmoud, contre l'étranger , contreles pachas, et contre les janissaires a été récompensé par Abdul- Medjid
. Il a donné le khatti schériff de Gulkhané. Nous devonsconsidérer cette grande et grave ordonnance, donnée à la face detous, signifiée aux puissances, et qui, par l’acclamation des peuplesest devenue une loi nationale, comme la charte de l’empire mu-sulman. Au moyen de cette charte les sultans , dans leur lutte avecles pachas ou la grande féodalité, se sont appuyés sur la nation;le gouvernement turc est aujourd'hui constitutionnel, sinon encorereprésentatif. Nous allons exposer avec le moniteur ottoman lacharte de Gulkhané, encore mal exécutée dans les provinces, maisà laquelle les populations commencent à en appeler. Cette pièce ex-plique parfaitement la situation des choses sous le régime ancien ;elle satisfait avec une rare sagacité aux exigences de la situationprésente; elle atteste que l’antique sagesse des conseils ottomans est encore entière, que si deux siècles elle avait été obscurcie, c’estque la tyrannie du sabre l’opprimait.
KHATTI SCHÉRIFF DIT I)F, GULKHANÉ.
Tout le monde sait que dans les premiers temps de la monar-chie ottomane , les préceptes glorieux du Koran et les lois de l’empireétaient une loi toujours honorée. En conséquence, l’empire croissaiten force et en grandeur, et tous les sujets avaient acquis au plushaut degré l’aisance et la prospérité. Depuis cent cinquante ans,une succession d’accidents et de causes diverses ont fait qu’on acessé de se conformer au code sacré des lois et aux réglements quien découlent; et la force et la prospérité antérieures, se sont échan-gées en faiblesse et en appauvrissement ; c’est qu’en effet un empireperd toute stabilité quand il cesse d’observer les lois.
Ces considérations sont sans cesse présentes à notre esprit etdepuis le jour de notre avènement au trône, la pensée du bien pu-blic, de l’amélioration des provinces et du soulagement des peuples,n’a cessé de l'occuper uniquement. Si l’on considère la positiongéographique des provinces ottomanes, la fertilité du sol, Vapti-tude et l’intelligence des habitants, on demeurera convaincu qu’en
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