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ATLAS
nueuse de 290 lieues. Son nom parait venir de Kok Fas, mots per-sans signifiant montagne blanche, et que Pou retrouve dans leKok Kas des Arméniens.
Le Caucase présente plusieurs défilés; tels sont les Portes Cau-casiennes de Mocdez à Tiftlis. Il faut, pour traverser ce défilé, quatrejournées de marche. Telles sontaussi les Portes Albaniennes ou Sar-matiques, défilé qui longe la côte du Daghestan et traverse le dis-trict de Kagmancharie; les Portes Caspiennes, près de Téhéran ;les Portes Ibériennes , aujourd’hui Schaouraps, lesquelles étaientpresqu’impraticables au temps deStrabon, et que les Persans ontmodifiées il y a longtemps de manière à en former un passage fa-cile.
Le Caucase donne naissance à treize bassins dont sept appartien-nent à l’Europe et six à l’Asie . Les plus importants du premierversant sont le Kouban, qui nait à l’Elbrouz et se jette dans la mer Noire ; le Terek , qui, après un cours de 140 lieues , aboutit à lamer Caspienne . Les plus importants du second sont le Rioni , an-cien Phasis, qui afflue dans la mer Noire ; l’Alazan, qui se jointau Kour ; le Kour, qui naît dans l’Asmisintha. Ces montagnes pré-sentent dans toute leur longueur des bandes parallèles; celle de cesbandes qui occupe le centre forme aussi les plus hautes cimes Elleest de nature granitique; deux bandes qui longent à l’est et à l’ouestcelte branche primordiale, montrent, l’une des schistes, l’autredes porphyres; sur les versants de ces bandes et de la première,se sont arrêtés des dépôts calcaires, formant de petites montagnes.
Les divers climats de l’Europe se retrouvent dans la chaîne duCaucase, et avec ces climats paraissent les végétaux caractéristi-ques; au dessous des glaces, c’est le vaccinium myrtile, la vitisidea , et des mousses touffues. Les pentes intermédiaires sont oc-cupées par des pâturages, tandis que sur les versants des valléesplus basses s’élèvent les pins, les bouleaux, les génévriers. Au midi,sous l’influence de vents chauds et humides, de magnifiques par-ties de coteaux et de vallons se parent de toute la riche végétationqui caractérise la luxueuse Asie . Les jasmins, les lilas, les rosiers,les amandiers, les figuiers sauvages, l’olivier, les dattiers, le juju-bier épanouissent leurs belles fleurs et invitent à cueillir leurs beauxfruits.
Enfin, selon les Grecs, c’était Jupiter lui-même qui avait nomméle Caucase, en l’honneur d’un berger tué par Saturne; et c’est ausommet du Caucase que Prométhéc fut enchaîné par l’ordre dupremier de ces dieux.
Le Taurus est une des trois grandes chaînes que l’on peutvoir se détacher, vers l’ouest, du plateau que nous avons indiqué.Il franchit, près de Samosate, le lit du grand affluent du golfe Per-sique, et là les indigènes lui donnent le nom de Djebel Kourin etd’autres encore. Cette chaîne, suit à des distances variables, la di-rection de la côte méridionale de l’Asie Mineure, et finit, d’un côtéà l’ouest du golfe de Satalia, de l’autre à celui de Cos. [11 se pro-longe évidemment jusque dans les îles de Chypre et de Rhodes .
Le Soghout-Tagh, haut de 2400 toises, dans le sandjak de Ha-mid; le Takhalou, à l’ouest de Satalia, haut de 4700 mètres;l’Oros-Staveros, en Chypre , haut de J200 toises, sont les pointsculminants de cette chaîne. Les anciens ont mieux connu le Taurusque nous ne le connaissons ; selon eux le Caucase était une de seschaînes; mais par Taurus, ils entendaient plus particulièrement lesmontagnes de la Cilicie , de la Phrygie et de la Pamphylie , et ilsle faisaient commencer au Promontorium Sacrum, à l’extrémitésud-est de la Lycie .
L’Anti-Taurus forme la partie orientale de la plus centrale destrois chaînes ci-dessus indiquées, comme se détachant du plateauvers l'ouest. Il parcourt, avec de fréquentes variations dans leprolongement, l’intérieur de la partie orientale de l’Asie Mineure,prend ensuite une direction nord-ouest, sous diverses dénomina-
tions , et va expirer dans l’Archipel , aux golfes de Samos , deSmyrne , dldramiti. Le mont Ardjs, ancien Argeus, au sud deKaissarieh et haut de 2600 toises, le mont Karadja, au sud de Ko-nieh et haut de 2200 toises ; l’Olympe d’Asie , aujourd’hui Ker-chil-Tagh, près de Brousa et haut de 775 toises; le mont Kerskidans l’île de Samos, et le mont Elie dans l’île de Lesbos , for-ment les points culminants de l’Anti-Taurus.
On voit encore se joindre au plateau que nous avons indiquétrois autres chaînes :
L’une d’elles est en quelque sorte projetée par le Taurus : c’estl’Amanus des anciens et l’Alma-Dagh des modernes. 11 séparaitjadis la Cilicie de la Syrie , et ne laissait comme aujourd’hui quedeux passages étroits ; le premier est le passage des Portes Ama-niques; le second est celui des Portes de Syrie . Prolongé versl’ouest, l’Amanus devient le groupe libanique.
Le Liban commence au sud d’Antioche , par le grand pic queles anciens nommaient mont Casius. Il s’étend au nord de la Syrie en suivant les sinuosités de la côte, et se divise en deux chaînes, leLiban , près de la Méditerranée , et l’Anti-Liban , du côté desplaines de Damas . Le Djebel Seïr et le Djebel Haïras, qui s’élèventau-dessus de la mer Morte et serpentent ensuite au nord-ouest del’Arabie , sont une dépendance extrême des monts libaniques.
Le mot de Liban vient de l’hébreu laban, libanah , qui signifieblanc. On le nomme ainsi à cause des neiges qui couronnentquelques-uns de ses sommets, ou du calcaire blanchâtre dont ilest généralement formé à l’extérieur. Il porte, dit un poète arabecité par un grand poète français , le printemps sur ses épaules, l’au-tomne dans son sein, et tandis que l’été dort à ses pieds, l'hivercouronne sa tète.
Sa masse consiste, nous l’avons dit, en calcaires ; on trouve dansses vallées de l’argile schisteuse, du trapp et des grès, des poudin-gues et diverses agglomérations calcaires. Le granit s’y montredans la masse du Sinaï et vers le golfe Arabique . Il est riche ennitres; il a même des couches de houille, témoin celle qui s’ex-ploitait naguère près deBeyrulh. Enfin, dans le bassin du Jour-dain, il offre des traces volcaniques. Tout le monde connaît parles livres saints la qualité bitumineuse et sulfureuse du lac Asphal -tite, surtout vers ses alentours: des laves, des pierres ponces, dessources chaudes attestent un feu souterrain qui a grondé jadis etqui peut gronder encore.
Le Liban se distingue par une fertilité vigoureuse; si sa magni-gnifique parure de cèdres a disparu 1 , il a toujours ses vignes àgrappes énormes, dont les robustes pampres s’entrelacent au brasnoueux des sycomores et des ormes qui soutiennent leurs fruitschargés de suc. Ses cours d’eau sont toujours bordés des haies rosesdu laurier, tandis que le nopal se montre dans des lieux moins hu-mides. Çà et là apparaissent mille plantes rares; tantôt ce sontJ’anthyllis tragacanthoïde et l’amaryllis des montagnes, qui mêlentleurs couleurs éclatantes au doux éclat des lis blancs et des oran-gers ; tantôt c’est le xéranlhum frigidum, qui montre sa fleur horsdes neiges ; tantôt c’est, dans la vallée, l’arbre à gomme adragante,qui répand ses parfums; ici c’est le cotonnier, là le mûrier. I^esMaronites recueillent toujours leur vin d’or, et le tabac de Djebelin’a rien perdu de sa célébrité.
Rien de plus pittoresque d’ailleurs que tous les paysages que leLiban déroule aux yeux des voyageurs. Le goût de l’homme les aencore embellis. Sur chaque mamelon, dit un géographe, s’élève unmodeste couvent ou un humble village, qui semblent prêts à glissersur les pentes où ils sont assis. Les maisons, bâties en gradins,donnent aux sites les plus grandioses un cachet particulier ; çà et làla flèche tronquée des minarets montre que le pays est dominé parl’islamisme.