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ADMINISTRATION
GÉNÉRALE ET DIVISION
DES EMPLOIS.
Nous venons de voir par le khatti schérif, dit de Gulkhané,donné le 5 novembre 1859 et juré par tous les pouvoirs, quels sontaujourd’hui les principes généraux du gouvernement turc. Sonadministration avait déjà totalement changé sous les derniers sul-tans, et ce qui était vrai hier ne l’est plus à l’heure d’à présent.
L’administration générale de l’empire se divise en cinq branchesprincipales:
La première est celle que l’on appelle des menasibi ilimiyé, oudes emplois scientifiques ; c’est l’administration de la justice et del'instruction publique;
La seconde est celle du menasibi kalemyé, ou des emplois de laplume ; c’est l’administration générale de l’empire et celle desfinances.
La troisième est celle des menasibi scifiyé, ou des emplois mili-taires ; c’est l’administration de la guerre et de la marine.
La quatrième est celle des menasibi khassa, ou emplois de lacour; c’est l’administration de l’intérieur et la chancellerie.
La cinquième est celle des eyalets, ou l’administration provin-ciale.
L’administration générale est confiée au diwan, c’est-à-dire àl’assemblée des fonctionnaires suivants :
. PREMIÈRE CLASSE.
1° Le kiayabeg, ou ministre de l’intérieur.
2° Le defterdar, ministre des finances ou président de la chambre.
3° Le reis-efendi, ministre des affaires étrangères.
DEUXIÈME CLASSE.
1° Le tschaouschbaschi ou maréchal de l’empire.
2° Le nidschandjibaschi, administrateur de la cassette du sultan.
3° L’ewkasi houmayoun naziri, inspecteur des mosquées, couvents, hos-pices impériaux.
4° Le darabkhane naziri, inspecteur des monnaies.
3° Le moukatva naziri, inspecteur des fermages.
6° Le massarifat naziri, contrôleur-général des finances ou inspecteur desdépenses.
7° Le topkana ivé khoumbara naziri, inspecteur-général du matériel de laguerre (inspecteur des fonderies des canons et des bombes).
8° Le mouhimmati naziri, inspecteur de l’arsenal ou directeur des travauxmilitaires.
9° Le baroutkané naziri, inspecteur des fabriques de poudre.
10° Le schaiir émini ivé zalcirè naziri, intendant des vivres, c’est-à-dire, in-tendant de l’orge et des provisions de bouche.
4 4° Le ithizab naziri, inspecteur des prévôts des marchés.
4 2° Le boujouk rouznamedji, teneur du grand-livre du trésor.
43° Le mouhasebedji haremein, chef de la chambre des comptes pour laMecque et Médine .
14° Le djendi naziri, inspecteur de la liste des sujets, c’est-à-dire, du ca-dastre et du bureau statistique.
4 5° Le dumr'ùk émini wé moutbakh émini, intendant de la douane et de lacuisine impériale.
La troisième classe comprend : lo l’historiographe de l’empireet inspecteur de la gazette de l’état ; 2° le premier maître des re-quêtes; 5° le second maître des requêtes ; 4° le secrétaire-généraldu diwan, ci-devant secrétaire du cabinet du grand-vizir ; 5° lemaître des cérémonies ; 6° le grand-référendaire ; 7° le secrétairedes affaires étrangères, 8° le secrétaire de l’intérieur ; 9° l’inter-prète de la Porte; 10° le chef de la chambre des comptes d’Ana tolie ; II 0 le secrétaire de la guerre; 12° l’inspecteur de la soie;15° le secrétaire de la capitation et le chef des boucliers; \4 a le
chargé d’aflaires de l’arsenal; 15° le chargé d’affaires des bâti-ments de la cour. “
La quatrième classe comprend enfin : 1° le chef des chancelleriesdes villes saintes , des fermages généraux, des biens de la couronneet du bureau des dates : 2° les employés de la chancellerie du trésorpublic ; 5° l’intendant de la douane du tabac; 4° l’intendant duvin ; 5° le chef de la chancellerie des fermages ; 6° le chef dubureau des taxes ; 7° le maître des requêtes du fisc ; 8° le chef dessept chancelleries, c’est-à-dire du contrôle de l’infanterie, ducontrôle du petit journal, du contrôle du grand-maître des re-quêtes des forteresses, du contrôle du petit-maître des requêtes deslorteresses, du contrôle des fermages annuels, du préposé des poidset mesures, de l’intendant des papiers intérieurs ou des archives ;9° le chef de la chambre des comptes des petites fondations pieuses;10° le chef des fermages des évêques ; Ll° l’intendant des papiersextérieurs ou des archives de l’étranger.
Les attributions et les attributs distinctifs de chacun de ces fonc-tionnaires sont réglés par des décisions spéciales. Les trois premiersministres s’appellent seuls ridjal, c’est-à-dire les hommes , ouerkian, c’est-à-dire les colonnes de l’empire ; tous les autres fonc-tionnaires du diwan portent le titre de khodjakian, ou seigneursdu diwan. Le chef de l’état appelle aussi parfois à son conseil d’ho-norables musulmans qui portent le nom de seigneurs du diwan, etqui cependant n’exercent aucune fonction. Ce sont des façons deministres sans portefeuilles.
C’est par ces différents employés et ceux qui dépendent d’eux quel’empire se gouverne.
Du reste, et pour employer les paroles d’un savant appréciateur,« l’organisation administrative est très-simple. Tous les pouvoirssont concentrés dans la personne des ministres, plus sérieusementresponsables que ceux des pays constitutionnels, et le sultan règneplus qu’il ne gouverne, en dépit des apparences. Il ne règne mêmeen réalité que dans sa capitale, grâce aux troupes nombreusesqu’on a toujours soin d’y concentrer.
Hors des murs de Constantinople qui, à la pompe impérialeprès, ressemble à une ville anséatique, le désert et le régime munici-pal commencent. Le régime intérieur de la Turquie représenteassez bien celui du moyen-âge parmi nous. Les pachas en sont lesseigneurs féodaux, sauf l’hérédité. Les villages répondent à nosvieilles municipalités, et s’administrent comme elles avec leursressources locales.
Au dessous du conseil des ministres, du diwan, le pouvoir sedistribue entre les pachas, les cadis et les mouftis. L’administrationcivile et militaire appartient aux premiers, la justice aux seconds,les derniers sont chargés des affaires religieuses.
Il faut remarquer que, malgré le khatti schérif de Gulkhané, ily a encore deux administrations et deux justices dans l’empire.L’une pour les chrétiens, l’autre pour les musulmans. Les pre-miers paient l’impôt personnel appelé haratch. Ils ne sont pas desadministrés, mais des esclaves des ministres du sultan.
Une autre vice de l’administration turque, c’est la vénalité descharges : chaque année, le gouvernement taxe, pour ainsi dire, lesdifférents emplois. L’investiture de presque tous n’étant faite quepour un an, le titulaire s’y maintient seulement à prix d’argent.Avec cette vénalité s’est introduite la corruption des employés.
En revanche, les écritures si en honneur dans nos pays, et dontla masse est vraiment effrayante, sont inconnues à l’administration