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ATLAS
turque. Si jamais, dit M. Blauqui, quelqu’lieureux conquérants’empare de la Turquie , toutes les archives de l’empire pourronttenir dans un fourgon. » Nous connaissons en France telle sous-préfecture qui, en quarante ans, a fait vingt fois autant d’embarras.
La centralisation ne fait pas non plus sentir ses abus en Turquie .Presque tous les détails du gouvernement concernent les autoritésmunicipales. Aussi la vie municipale est-elle plus active en Turquie que dans aucune autre contrée. Enfin, l’un des caractères de l'ad-ministration turque c’est l’imprévoyance: elle vit dans le présent,et semble mépriser l’avenir; mais elle est accessible à tous lesmusulmans sans distinction. Il s’agit maintenant de dire un mot deses principales branches.
a. — JUSTICE.
Le moufti est le chef de la loi. La loi est à la fois religieuse etcivile.
Quatre liants fonctionnaires assistent le moufti, savoir: I" leschcïkoul-islam kiayasi; 2° le telkhissdji; 5° le mektoubji ; lelelwa emini.
Le premier sert au moufti de substitut dans toutes les affairespolitiques et économiques ; le second est son référendaire près dudiwan ; le troisième lui sert de chancelier; le quatrième préside àla rédaction desfetwas, c’est le secrétaire-général.
Les dignités de la loi se partagent d’ailleurs en dignités du pre-mier, du second, du troisième et du quatrième rang.
Dans la catégorie la plus haute se rangent d’abord le président,c’est-à-dire le grand-juge de Roumilie et le grand-juge d’Anatolie ,ayant chacun six employés sous leurs ordres, savoir : un maître desrequêtes, un teneur du journal, un greffier en chef ou teneur desrôles, un garde et contrôleur des sceaux, un secrétaire chargé decorrespondre avec les juges, un substitut chargé de la comptabilité ;ce sont les fonctionnaires appelés tezkeredji, rouznamedji, mat-labdji, talbikdji, mektoubdji et kiaya.
Vient ensuite le juge de Constantinople , ou Istambol kadisi ouelendi ; il a sous ses ordres trois substituts chargés, l’un de la sur-veillance des farines, l’autre de la surveillance de l’huile et dubeurre, le troisième qui contrôle en chef les poids, les mesures et leprix des denrées (oun kapan naïbi, jagh kapan naïbi, ajak naïbi.)
Les mollahs des villes saintes de la Mecque et de Médine prennentle pas après le fonctionnaire précédent sous le nom de Haremeïnmollalari; ils sont suivis des quatre mollahs, juges d’Andrinople ,de Brousa, du Caire et de Damas. Les mollari makiedji, ou mollahsaspirants appartiennent aussi à la première catégorie : ce sontentre au très le mollah, juge de Galata, celui de Scutari , celui d’Eyoub(trois des faubourgs de Constantinople ), celui de Jérusalem , celuid’Halep, celui de Smyrne , celui de Sélanik , le précepteur du sultan,son médecin, l’astronome de la cow\ le chapelain, etc., etc.
Les dignités de la loi du second rang sont accordées aux menas-sibi devrivé, et celles du troisième aux moufeltisehs, ou inquisiteurs.Les premiers sont les mollahs de Merâsch , de Bagdad , de BosnaSerai, de Sofia, de Belgrade , d’Aïntab , de Koutahyé, deKoniah,de Félibé, de Diarbekr.
Les inquisiteurs surveillent les wakfs, ou fondations pieuses desprincipales villes de l’empire. Enfin, les dignitaires de la loi, duquatrième rang sont les simples kadis ou juges, savoir ceux deRoumilie ou d’Europe , ceux d’Anatolie ou d’Asie et ceux d’Égypte .Les kadis de Roumilie forment neuf catégories ou classes successives;les seconds se partagent en un même nombre de divisions, et lesderniers seulement en six.
Ces trois catégories comptent ensemble deux cent quarante-septfonctionnaires, qui résident dans différentes villes de l’empire.
K. - ARMÉE.
L’armée turque est essentiellement nationale; les chrétiens en sontexclus. Elle est commandée par le serasker-pacha , sous lequelcommande le conseil des troupes de la maison impériale, ou be-glerbey wezir. L’ancien grand-vizirat est aboli. Les troupes se di-visent en régulières et irrégulières. Les premières se nommentAsakiri Mansoureï-Mohammediyé ou armées victorieuses de Maho met . Elles comprennent la garde du sultan ou asakiri khasaï,schahané et les troupes ordinaires. Les janissaires, les sipahis, lesnizamidjedid sont abolis. Les armées victorieuses de Mahomet , serecrutent par des levées annuelles dont le chiffre est fixé par le di-wan, et les conscrits marqués par les pachas et les chefs des munici-palités. Les engagements volontaires sont aussi une source derecrutement. La durée du service militaire est encore indéfinie.
Il est difficile, dit le maréchal duc de Raguse, en parlant desbataillons modèles qui ont manœuvré devant lui, de voir quelquechose de moins beau et de moins bon ; ce ne sont pas des troupes,c’est une réunion d’hommes qui a pour caractère général de physio-nomie l’air misérable et humilié. Depuis le colonel jusqu’au soldat,personne ne sait rien de ce qu’il a à faire.
Les différentes armes sont : L’infanterie (piadé), la cavalerie(souwari), l’artillerie (topdji), le génie (laghoumdji), le train(baltaldji ou pionniers); il y a aussi des corps de bombardiers.
L’armée se divise en ferik ou divisions, les ferik en liwas ou bri-gades et celles-ci en alaï ou régiments. Chaque régiment est com-mandé par un miri-alaï ou colonel; il se partage en quatre batail-lons, chaque bataillon en huit compagnies, chaque compagnie enhuit escouades de dix hommes chaque : l’effectif d’un régimentturc est donc de 2,560 soldats. Les officiers sont les majors oubusbaschi, les capitaines ou jusbaschi commandants de cent hom-mes. Les escouades obéissent aux ambaschi ou commandants de dixhommes. Quatre tschouschs commandés par un baschtschaousch ,sorte de sergents d’ordonnance se trouvent en outre par compagnie.D’ailleurs chaque bataillon a deux adjudants majors , celui de gau-che et celui de droite et un porte-drapeau , tandis que chaque com-pagnie a en outre deux mouzalims ou lieutenants et un écrivain.
Un lieutenant colonel supplée le miri-alaï et se nomme kaï-makambeg. Un alaï emini, ou commissaire, a l’intendance durégiment.
La cavalerie a des sous-lieutenants et des vices-caporaux.
Les traitements sont ainsi fixés par mois :
piastres.
mitons.
Serasker pacha.
10,000
y
Mouschiri asakiri khazsa (général de la garde impériale).
10,000
y
Son lieutenant ou général de division de la garde.
6,000
y
Feriks ou généraux de division.
5,000
60
Mûri livras pachas ou généraux de brigade.
2,500
52
Miri-alaï begs.
1,200
16
Lieutenants-colonels.
900
12
Majors.
750
8
Adjudant-majors.
400
4
Capitaines en premier.
180
1
Chefs d’escadron.
200
1
Capitaines en second.
180
1
Mouzalims d’infanterie.
120
— de cavalerie.
140
Sous-lieutenants de cavalerie.
120
Adjudant.
80
Sergents majors d’infanterie.
50
de cavalerie.
80
Tschouschs ou messagers.
50
Fourriers.
40
Caporaux.
50
Vice-caporaux de cavalerie.
36
Soldats ou nefer de cavalerie.
24
-d’infanterie.
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