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ATLAS
places, l’At-Méidani, l'ancien hippodrome, si célèbre dans ['histoirebysantine, et dans la tragédie multiple qui mit fin au corps desJanissaires ; tels sont aussi l’abattoir , les magasins aux farines; telétait l’ancien fanal. Les casernes sont répandues , tant à Constanti nople que dans les quartiers extérieurs. Nous citerons, aux environs,celles de la plaine de Daoud-Pacha et de Ramis-Tchifllik. L’arsenalmilitaire, ou Top-Kana, est de l’autre côté du port. Les moyens dedélense delà ville consistent dans sa situation, dans les fortificationsqui protègent le Bosphore , dans ses murailles et sa garnison. Lemaréchal duc de Raguse a exposé assez longuement au deuxièmevolume de ses Voyages, un plan d’occupation facile à exécuter avecmoins de J 00,000 hommes. Nous ne jugerons pas un aussi savanthomme de guerre ; nous rappellerons seulement, dans l’intérêt deConstantinople , que presque toujours les circonstances ont donnétort au maréchal-duc.
Enfin Constantinople a gardé quelques souvenirs de son anti-quité grecque: outre Sainte-Sophie , outre les aqueducs, outre uneportion de murailles, les plus belles ruines qui puissent attesterl’existence d’un empire après le Parthénon et Béalbeck , outrel’hippodrome, ce sont : la colonne historique représentant les ex-ploits d’Arcadius , premier empereur d’Orient; les restes du palaisdes Blaquernes; la colonne bridée ; la fameuse citerne aux millecolonnes.
Constantinople compte une grande quantité de calés; ce sont,avec les bazars, et 500 établissements de bains, les seuls lieux pu-blics. Point de théâtre ; la société est tout intérieure, la vie est toutede famille. Mais il n’y a pas de ville au monde qui compte autant debeaux environs. Cela nous amène à parler des quartiers extérieurs.En traversant le port, on arrive à Galala: Là est le quartier desFrancs, sorte de petite ville d’Europe ; à côté, à l’est, s’étend lequartier des Juifs, dont le nombre à Constantinople est, dit-on, de45,000. Au-dessus, vers le nord , on rencontre Topkané, avec unétablissement d’artillerie ; puis , plus à l’ouest, Péra , où chaqueambassade d’Europe a son palais. Les Français s’y établirent lespremiers en J 535 ; mais Péra ( le vis-à-vis) se peupla lentement, etles ambassadeurs datèrent longtemps leurs dépêches officielles desvignes de Péra. Kasim-Pacha confine au nord-ouest à Péra : on yvoit l’ancien séraï du capitan-pacha , la mosquée de Kasim ; il sejoint vers le nord avec Dépé-Baschi, où l’on a relégué l’hospice despestiférés. Derrière Dépé-Baschi , l’on aperçoit le joli village deSaint-Dimitri. Piali-Pacha , Iihasskoéï, Khalidji-Ogli, Sadéüdjis’élèvent successivement vers l’ouest, et l’on atteint par ce dernierla fameuse promenade des eaux douces , l 'idylle de cette immenseensemble. Des eaux douces on peut redescendre vers le midi, dansle grand quartier d’Eyoub; là s’élève la mosquée où les sultans vontceindre le cimeterre impérial. Enfin, d’Eyoubon peut, en traversantOrtakdjiler-Koeï et Dopdjiler-Koeï, atteindre la plaine de Daoud-Pacha , lieu de réunion des armées ottomanes partant pour l’Europe .De ce point, en longeant le couvent des Mewlevis, en traversantle pont de Kouts-Chouk-Bakili, on arrive parBakili à Boujouk-Salkane ; là on touche la Propontide , et, après avoir jeté un coupd’œil sur les abattoirs , on rentrera par Jedi-Kouleler-Kapoussi.
Scutari s’élève sur la côte d’Asie ; c’est l’Ouskondar des Turcs;là se trouvent l’imprimerie, le harem, de belles mosquées et les prin-cipaux cimetières des Ottomans , qui paraissent tenir à être enterréssur la côte d’Asie . De Scutari , en gravissant le Boulgourlow, quifait partie des monts de Bythinie , on embrasse l’un des plus beauxpoints de vue du globe. On peut voir au loin Kadikoeï, l’ancienneChalcédoine , et apercevoir même son promontoire si fameux.
D’autres buts de promenades seront encore le village de Belgrade ,avec ses forêts incomparables; Thérapia, Bujukderé , le palais deDolma-Bagdgé; celui de Beschiktasch. Les îles des Princes récla-ment aussi l’attention ; elles sont au nombre de quatre : Proti, An-
gone, khalki et liujuk-Ada , ou Prinkipo. Là se donnent rendez-vous les négociants de Péra , pendant les jours de létes. Les écueilsde Oxia, Plati, Pila, Niandro et Anlérovito accompagnent ces îles :elles contiennent quelques monastères pittoresques. Prinkipo etKhalki abondent en cuivre, mais ces mines ne sont pas exploitées.Les eaux de Karakoula , la vallée de Beïkos , le village d’Ak-Baba ,la vallée de Zeker-Déré, le ville troglodyte, d’indchiguis et cellede Siliwria doivent enfin être visités. Tous ces lieux ont été décritspar les voyageurs avec complaisance et poésie.
Andrinople est la seconde capitale de l’empire ottoman ; c’estl’Orestea des Grecs, l’Adrianopolis des Romains de l’Italie et deBysance, l’Ederneh des Turcs. Cette ville s’élève au confluent de laMarilza , de la Tundja et de l’Arda , à -177 kilomètres de la pre-mière capitale. Sa population est de cent mille habitants. Elle futsous les Romains la résidence du gouverneur des provinces delTIémus; deux grandes batailles se livrèrent dans ses environs. Lapremière vit Licinius succomber sous les armes de Constantin , etdans la seconde, les Goths révoltés défirent l’empereur Y r alens etportèrent le premier coup décisif de la grande invasion. C’est Amu-rat I er qui la conquit, et jusqu’en J 459, les sultans y eurent leurprincipal séraï. Le traité d’Andrinople entre les Russes et les Turcs ,a donné en J 829 une haute célébrité politique à cette ville : ce traitésera certainement l’un des principaux de l’histoire contemporaine.11 fixa le sort de la Grèce , celui des principautés slaves et le vasse-lage trop réel des Ottomans , relativement à la Russie .
Andrinople est une ville de guerre , de science et de commerce.Des mura'illes assez bonnes et une forte citadelle, une garnison mé-diocre la défendent. Un grand mollah réside dans cette ville, ellepossède un certain nombre de mosquées, de bibliothèques ; parmices mosquées, il faut distinguer celle de Sélim II qui est la plus bellede l’empire, et les djamissi de Bajazet II et de Mourad IL L’ancienserai est remarquable; c’est un des plus vieux monuments de larace turque, fondé qu’il fut en 1550. Rien n’atteste mieux le goûtprimitif des Turcs et ce dont ils eussent été capables, poussés dansla voie des arts et de la vraie civilisation. Treize ponts jetés sur laTundja et sur l’Arda font communiquer entre eux les quartiersd’Andrinople . La police y est mieux faite que dans la capitale. Lecommerce est actif et l’on pourrait nommer cette ville le Lyon dela Turquie ; c’est par le port d’Enos que ce commerce basé surune industrie animée débouche en grande partie. Les Grecs ontdans cette ville un archevêque.
On doit remarquer dans les environs d’Andrinople , DémolicaJ5,000 habitants, Kirk-Kilissi, Tchirmen , Djisr ou pont Musta-pha , villes assez importantes.
Nous nommerons ensuite dans la Thrace intérieure, Philippo-poli, Kaisanlik, Selimnia, Tatar Bajardzich , Ouroundjova etEski-Sagra.
4. - AUTRES VILLES TH RACES.
Philippopoli s’élève sur la Maritza à environ soixante lieues d’An drinople , et compte 50,000 habitants. Philippe, père d’Alexandre- le-Grand , lui a donné son nom, elle fut dans le moyen âge lacapitale du duché latin de Finépople, et quoique détruite en partiepar le tremblement de terre de J 808, elle a, grâce à ses fabriquesd’étoffes de soie et de coton , à ses maroquins et à sa position, con-servé une certaine importance.
Selimnia ou Sélymno, à 20 lieues d’Andrinople vers le nord ,commande à la porte de 1er des monts Balkans . Des Bulgaresforment la plus grande partie de sa population, qu’on évalue à20,000 habitants. Son commerce de laines et d’huiles de roses, sa