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point de bourse en effet dans aucune ville de la Turquie . On ignoreceque c’est qu’un emprunt., qu’une dette publique. » M. Michaudn’est pas de l’avis de ceux qui prétendent que , sous le rapport ducommerce, les Turcs donnent des leçons aux nations civilisées. « J’aipris, ajoute-t-il, des informations sur les lois qui régissent le com-merce en Turquie , et j’ai reconnu que, sous ce rapport surtout,on en est aux siècles de la barbarie. Les Turcs sont venus à Stamboul avec leurs lois du désert, et n’y ont rien ajouté pour ce qui con-cerne les transactions commerciales. Comme nos grandes cités dumoyen âge , Constantinople a des corporations des corps et métiers ;chacune de ces compagnies a son chef reconnu par l’autorité, etcelle-ci ne les considère que comme un moyen d’obtenir de l’argentpar des taxes multipliées. Cependant il faut avouer avec les savantsauteurs de nos deux grands dictionnaires de commerce que la po-litique commerciale des Turcs mérite des éloges. Le commerce ex-,térieur n’est soumis à aucune restriction; le tarif des douanes estdes plus modérés : il est seulement défendu d’exporter des subsis-tances. Reste à savoir si cette liberté que le gouvernement turc laisseau commerce provient d’une politique calculée ou de son insou-ciance. »
Quoiqu’il en soit, voici un aperçu du commerce intérieur deStamboul . Le port de Constantinople a reçu ou vu sortir de seseaux, en \ 85-4, la quantité suivante de navires.
NATIONS. NOMBRE
DE NAVIRES
TONNAGE.
ENTRÉS OU SORTIS.
496
84,458
Anglo-Ioniens.
252
27,795
Autrichiens.
626
106,179
Belges.
2
570
Espagnols.
4
674
56
6,555
Grecs, sous pavillon français .
164
9,692
Id., sous pavillon russe.
196
16,952
6
662
Id., sous pavillon grec.
728
56,151
Hollandais.
5
921
Hanovriens.
8
8,282
Napolitains.
70
8,567
Russes.
628
95,518
Sardes.
275
45,950
Toscans.
14
2,148
Divers.
2
Total.
5,492
446,252
ivement général a été, en 1855,
de :
Navires entrés. 2024
Tonnage :
280,291
Navires sortis. 1927
Id.
276,126
Total. 5,951
556,417
Quant au commerce intérieur, la nombreuse population deConstantinople , la grande quantité d’étrangers qui habituellementy abondent de tous les points, doivent nécessairement donner à cettecapitale une certaine activité. Les bazars, les marchés, parmilesquels il faut citer le marché aux poissons, où les criminelssont exécutés; le marché aux chevaux, le magasin aux grains,et l’ancien marché égyptien sur lequel s’élève cet établissementunique où se brûle et se pile tout le café nécessaire à la con-sommation de la ville ; les kans, comme celui de la sultane Validé ,lequel a un mille et demi de développement; la douane, et d’autresédifices encore , attestent d’ailleurs assez cette activité du com-merce.
« Les grands bazars, et celui des épiceries surtout, sont delongues et larges galeries voûtées, bordées de trottoirs et de bou-tiques pleines de toutes sortes d’objets : armures, harnachements de
chevaux, bijouterie, comestibles, maroquinerie, schals des Indes etde Perse ; étoffes de l’Europe , tapis de Damas et de Caramanie ; es-sences et parfums de Constantinople ; narguilés et pipes de toutesformes et de toute magnificence ; ambre et corail taillés à l’usage desOrientaux , pour fumer le Toumbach ; étalage de tabac haché ouplié comme des rames de papier jaune; boutiques de pâtisseriesappétissantes par leur forme et leur variété, beaux magasins deconfiseurs avec l’innombrable variété de leurs dragées et de leursfruits confits, de leurs sucreries de tous genres ; drogueries d’oùs’exhale un parfum qui embaume tous les bazars; manteauxarabes tissus d’or et de poil de chèvre; voiles de femmes, brodésde paillettes d’argent et d’or ; au milieu de tout cela une foule im-mense de Turcs à pied, la pipe à la bouche ou à la main, suivisd’esclaves, de femmes voilées /accompagnées de négresses portantde beaux enfants ; des pachas à cheval, traversant au petit pas celtefoule pressée et silencieuse; des voitures turques , fermées de leurstreillis dorés, conduites au pas par des cochers à longues barbesblanches, et pleines de femmes qui s’arrêtent pour marchander auxportes des bijoutiers. Voilà, dit le voyageur que nous avons déjàcité, le coup d’œil de tous ces bazars. Le marché des esclaves estsans contredit le plus curieux. Puisse-t-il être bientôt aboli pourl’honneur de la civilisation turque et de la dignité humaine !
Constantinople est l’Athènes des Ottomans ; l’instruction publi-que y est aussi florissante que dans nos villes littéraires de l’Europe ;mais le cercle dans lequel elle se développe est beaucoup plus étroit.A presque toutes les mosquées sont attachées des écoles supérieures ;les étudiants portent le titre de sokta ou soukté , brûlés ; ils devien-nent ensuite mouzalim , ou candidats aux emplois législatifs. Legrade de médrésé signale l’entrée en fonction publique. Il ne fautpas confondre ce titre avec le nom de medressehs, donné auxchaires publiques ; le nombre de ces chaires est évalué à 518 pourConstantinople seule; le nombre des écoles primaires ou des mek-tebs est, dit-on, de \ ,200. Les bibliothèques publiques, riches sur-tout en ouvrages d’histoire, de géographie, de littérature et poésie,d’astronomie, atteignent le chiffre de trente-six. Elles abondent enmanuscrits précieux. L’imprimerie fut importée à Constantinople par le sultan Achmet III . On y compte aujourd’hui trois grandesimprimeries : l’imprimerie rabbinique et arménienne , l’imprime-rie arabe , persanne et turque , l’imprimerie française . Le gouver-nement turc publie depuis plusieurs années deux journaux officiels,l’un destiné aux nationaux, l’autre aux étrangers. Les documentsadministratifs, les avis politiques, les nominations aux emplois ysont relatés. Tels sont, avec la grande école dès traditions, la nou-velle école militaire, l’école de mathématiques et celle de navigation,les principales institutions qui propagent, à Constantinople , lesdonnées générales de l’instruction primaire et spéciale. Il faut yajouter les hôpitaux où se font aujourd’hui des cliniques et où sedistribue l’instruction médicale et chirurgicale. On remarqueraparmi ces hôpitaux l’hospice des fous et l'hospice des pestiférés horsde la ville; plusieurs infirmeries de mosquées sont aussi remar-quables. Outre ces infirmeries, les mosquées renferment encore desimarets , sortes de bureaux de bienfaisance , où se font des distri-butions de vivres aux pauvres et aux étudiants.
On l’a dit, on vit à Constantinople autant avec les morts qu’avecles vivants : ses cimetières sont de délicieuses promenades , recher-chées pour leur ombre, pour leur verdure, et où l’image de la mortn’a rien d’effrayant. Le grand champ des morts est à Péra. Làchaque religion a sa place marquée; mais les cimetières ottomans sont répandus le long du mur d’enceinte.
Enfin , Constantinople a, comme nos villes d’Europe , quelquesbeaux établissements d’utilité publique en dehors de ceux que nousavons nommés : tels sont le palais souterrain, vaste réservoird’eau, et la citerne des mille colonnes ; telles sont quelques grandes
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