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mères et de tyranniques ses institutions. Personne ne conteste que,grâce à sa politique et à celle de ses üls, l’Égypte n’ait pris une facenouvelle et ne soit appelée à un grand rôle.
2 . -ÉGYPTE MODERNE.
B. — Aperçu général.
L’Égypte proprement dite n’est qu’une grande vallée de deuxcents lieues de longueur , traversée par le Nil . Les géographes ladivisent en haute à partir du midi, moyenne et basse. La haute estle Saïd, la moyenne l’Oues-Tanieh, la basse le Delta des Européenset le Bahireh des Arabes. La première commence à la premièrecataracte, la seconde finit au Caire et la troisième, formée par uneplaine triangulaire entre les eaux du Nil , a son sommet au-dessousde la ville que nous citions, au ventre de la vache , où le Nil se par-tage en deux branches : l’un des angles du Delta est à l’isthme deSuez, l’autre à la tour des Arabes.
On évalue, suivant le docteur Clot-Bey , la superficie de l’Égypte ,proprement dite , à seize cents lieues carrées. Deux cent quarante-cinq sont occupées par la haute, la moyenne en compte deux centcinquante-cinq, la basse onze cents. Cette superficie peut se répartirainsi :
Cinq oasis, espèces d’îles fertiles jetées au milieu de l’océan dessables, dépendent de l’Égypte . La première, que l’on rencontreà partir du midi, vers le nord est celle deKharghé, l’ancienne OasisMagna; elle a vingt-cinq lieues de longueur, et s’étend parallèlementau Nil à quarante lieues du fleuve. L’oasis de Dakhel vient ensuite,laquellecomptedouze lieues delongueursur sixdelargeur, ets’étendà vingt lieues de l’oasis de Kharghé. Les trois autres oasis sont cellesde Farafrech , à soixante-quinze lieues des terres ; celle de Beryet,qui est l’ancienne Oasis Parva, à trente-cinq lieues de l’Égypte moyenne, et l’oasis de Siouah , si fameuse dans l’antiquité commeconsacrée à Jupiter-Ammon. Cambyse vit échouer contre cettedernière une partie de sa puissance , et Alexandre alla s’y faireproclamer fils du roi des dieux. Ces îles du désert sont fertiles : lecafé, le sucre, la garance et surtout l’indigo, forment leurs princi-pales productions.
Toute l’existence de l’Égypte dépend , comme nous l’avons dit,du fleuve fécondateur qui la traverse ; nous ne reviendrons pas surla description que nous avons donnée de ce célèbre affluent de laMéditerranée . Le climat de l’Égypte , dit le docteur Clot-Bey , se-conde puissamment par sa chaleur l’action fécondante des eaux duNil . L’état atmosphérique , la lumière, ont un résultat analogue;aussi voit-on d’immenses champs qui fleurissent d’eux-mèmes etn’ont presque rien à réclamer des secours de l’art. Le travail desterres se fait avec la plus grande facilité , en très-peu de temps etexige peu de bras. D’après les travaux intéressants de notre célèbregéographe Jomard, l’un des plus ardents promoteurs de la civilisa-tion égyptienne , les innombrables plantations faites par le vice-roiet son fils ne paraissent pas encore avoir influé sur le climat. Cesplantations sont pourtant fort nombreuses ; car, si nous en croyonsle respectable auteur de l’aperçu général sur l’Égypte , Mébemet-Alia fait planter en très-peu d’années seize millions de pieds d’arbresdans la basse Égypte . Ibrahim-Pacha a dote, lui aussi, à ses frais, lavallée du Nil d’immenses plantations ; elle doit à ses soins cinq mil-lions mille cinq cent trente-quatre arbres forestiers, de vingt-cinq
espèces différentes ; cinq cent quatre-vingt-six mille deux cent-quinzearbres fruitiers de quarante - une espèces. C’est surtout par lacréation des magnifiques jardins de Choubrah et de Raoudah,ajoute le même auteur, que le vice-roi et son fils ont favorisé lesprogrès de l’horticulture et de l’agriculture. Si les progrès conti-nuent, l’aspect de l’Égypte devra nécessairement se transformer enpeu. Il a déjà beaucoup changé; car déjà l’on rencontre, parexemple aux environs du Caire , de véritables forêts artificielles. Iln’y avait autrefois comme ombrages que les forêts naturelles dedattiers, répandues en assez grand nombre dans la partie orientalede la basse Égypte .
Nous avons déjà parlé ailleurs du commerce de l’Égypte . L’au-teur de l’aperçu général donne le tableau suivant de ses productions;nous ne pouvons mieux faire pour mettre le lecteur à même d’ap-précier la riche agriculture du royaume de Mébemet-Ali, que dele transcrire sans aucun changement. L’importance de chaquerécolte est peu sujette à variation.
PRODUITS TERRITORIAUX DE
CÉRÉALES ET AUTRES DENRÉES.
Valeurs en hectolitres.
Blè
2,668,000
Fèves.
1,288,000
Orge.
1,196,000
Maïs.
294,400
Dourah
1,380,000
Lentilles.
128,800
Pois chiches.
46,000
Lupins.
56,800
Fenugrec 2 .
110,400
Riz de Rosette.
55,200
92,000
Graines de lin.
40,480
— de laitue.
14,720
— de sésame.
55,120
— de carthame.
2,170
DENRÉES VENDUES
AU POIDS.
Valeurs en kilogrammes.
Coton arbuste.
4,891,700
-— herbacé.
200,115
382,449
Safranum.
26,600
Henneh 3 .
1,555,450
Lin.
800,460
Indigo.
947,100
Opium.
18,450
Soie.
7,995
Outre les diverses productions énoncées dans ce tableau, l’Égypte cultive trois espèces de millet, le haricot appelé loubyah, et unefoule de plantes potagères, comme la mauve, la bamie, le pour-pier, le sébannagh, la poirée, le babmyieh, ou corne des Grecs, lebasal, le kourah , le toum et nos autres légumes d’Europe , le con-combre, l’aubergine et surtout la rafraîchissante pastèque. II ne fautpas oublier le chanvre, la garance, la gaude, le tournesol, lecolza,le ricin, l’avoine et le tabac rustique. Les fleurs et les plantes d’agré-ment sont en grand nombre. On distingue entre autres le labiale et
1 C’est le sorghum vulgare de Linnée. Cette céréale forme la nourriture des Fellahs;elle est de médiocre qualité.
2 C’est le trigonella fœnum grœcum de Linnée. Les Égyptiens se servent de ce four-rage comme aliment.
3 Plante tinctoriale dont les femmes se servent pour colorer en acajou leurs mainset leurs pieds.