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ATLAS
Nous avons indiqué ailleurs ce que l’on devait entendre par dé-pendances ottomanes en Arabie , et nommé les principales villes deces dépendances ; il nous reste à dire un mot de chacune.
La Mecque est la Jérusalem de l’Islamisme : elle était, avant Ma homet , déjà la métropole religieuse de l’Arabie . Nous renvoyons,pour son histoire, à ce que nous avons dit de l’Islamisme. Cette villes’élève à douze lieues environ delà mer Rouge , par 47° 55’ de lon-gitude est et 21 0 28’ de latitude nord. Elle est bien bâtie ; mais ellevoit décroître chaque jour le nombre des pèlerins qui viennent lavisiter, et le chiffre de ses habitants n’est plus que de 50,000. Elleest suffisamment forte et commerçante. Sa mosquée principaleest la Maison-Dieu, ou Beith-Allah, dans laquelle se voit la Kaaba ,sanctuaire des sanctuaires.
Nous en avons de même assez dit pour faire connaître l’histoirede Médine : élle s'appelait Jalreb avant de devenir le lieu de repos
du prophète, dont les pèlerins y viennent visiter le tombeau. C’estune ville savante et peuplée d’environ \ ,200 familles. La distancedelà Mecque est d’environ quatre-vingts lieues N.-O.
El-Ssafra n’est qu’un gros village très-commerçant dans la valléequi porte son nom, et l’entrepôt principal du fameux baume de laMecque.
Wouchk offre le meilleur port de la mer Rouge ; c’est d’ailleursune très-petite ville. Akaba s’élève non loin de la place qu’occupait,sous Salomon , le célèbre port d’Asion-Gaber. Ce petit port est fré-quenté par les pèlerins venant des côtes d’Afrique et de l’Égypte .Toutes ces villes se trouvent dans l’Hedjaz , de même que Chaubeket qu’El Djy, non loin de l’ancienne Pétra , petit village sans impor-tance , et Karac , quia joué un certain rôle dans la deuxième croi-sade.
Saana, capitale de l’imanat de Saana , et Damar, chef-lieu d’undistrict, Beith-el-Fakah sont les plus importantes des dépendancesottomanes de l’Iémen . Derréyeh est à peu près la seule du Nedjed.
TROISIÈME SECTION. —
\ . — ÉGYI'TE.
A. — Histoire.
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11 faut distinguer dans l’histoire ancienne troisÉgyptes : l’Égyptedes Pharaons, celle des Persesetdel’Égyptegrecque ; et, dans l’his-toire du moyen-âge et l’histoire moderne, l’Égypte des kalifes et desFatimites, celle des Mameluks, et l’Égypte ottomane. L’histoire con-temporaine jious montre encore une autre Égypte , celle deMéhémet-Ali. Chacun de ces pays ne ressemble pas à l’autre. A la première, lesPyramides et l’ordre hiératique; à la seconde l’anarchie et la révolte;à la troisième Alexandrie et la prospérité; à la quatrième la civilisationarabe; à la cinquième le dépérissement sous un despotisme fanatiqueet militaire ; à la sixième l’oubli ; à la septième l’avenir ! Cet aperçupourrait nous dispenser d’entrer dans des détails ; cependant nousdevons rappeler les faits suivants :
La civilisation est arrivée à l’Égypte de l’Inde par l’Éthiopie . Lesprêtres deMeroé ont d’abord régné sur le haut et le moyen pays; le Del taest tout entier un produit du Nil . Menés fut le premier roi humainde l’Égypte , c’est-à-dire le premier roi qui succéda aux prêtres. IIvécut vers 2450 av. J -.C. Les Pharaons , ses successeurs, formèrentvingt-six dynasties; ces dynasties régnèrent en partie simultanément,en partie successivement, à Thèbes , à This, à Diospolis , à Xoïs et àTanis , à Memphis et à Éléphantine . Les rois appelés pasteurs for-mèrent la dix-septième. Mœris, Uchoris, Osymandias, Ramsès,Aménophis , les grands rois constructeurs appartenaient à la dix-huitième. Sésostris ouvrit la dix-neuvième vers 1643. Anysis et Sa-bacon font partie de la vingt-cinquième ou dynastie éthiopienne . Lavingt-sixième et dernière est la dynastie swite sous laquelle 1 Égypte est visitée par les étrangers. Elle se compose , depuis 656 jusqu’à525, de six rois, Psammiticlius, Néchao, Psammis, Apriès , Amasis et Psamménit. Cambyse , fils de Cyrus , arrache l’Égypte à ce der-nier, mais jamais elle ne fut bien soumise aux Perses : elle se ré-volta et durant leur occupation eut encore trois dynasties nationales,dont la dernière fut la sébennytique. Les Perses demeurèrent lesmaîtres en 558 et sept ans après Alexandre-le-Grand les déposséda.
A sa mort, Ptolomée Soter eut le génie de choisir pour étendard lanationalité égyptienne. Il fut adopté par les Égyptiens et sa dynastiegouverna l’Égypte depuis 285, époque de sa mort, jusqu’à celle deCléopâtre , en 51 avant Jésus-Christ . A la fois grecque, asiatique et
AFRIQUE OTTOMANE.
égyptienne durant cette période, l’ancienne terre des Pharaons euttous les genres de prospérité. Les Romains respectèrent et affermirentcette prospérité, mais ils prirent les plus grandes précautionspour que l’Égypte ne leur échappât point. Elle leur fut pourtantenlevée pour un instant par Zénobie , reine de Palmyre ; Aurélien lareconquit. C’était l’introduction du christianisme qui devait la li-vrer aux barbares , en y établissant deux camps ennemis : celui del’église de Rome et celui des Jacobites. L’Egypte ayant passé aux em-pereurs d’Orient après la mort de Théodose , les Jacobites appelèrentsous le règne d’Héraclius , les Arabes en Égypte , et ceux-ci, guidés parAmru, en firent la conquête. Les Kalifes traitèrent avec égard cetteconquête précieuse; maiselle dépérit aux mains des Toulonides, desIskides, pour se relever il est vrai sous les princes fatimites et sous lesprinces ayoubites delà famille de Saladin . C’est en vain que les descen-dants des kalifes de Bagdad se réfugièrent au Caire où l’on reconnutleur autorité spirituelle, l’aristocratie militaire des Mameluks op-prima et appauvrit le pays. Nous avons vu Sélim 1 er leur en arracherla domination nominale après plusieurs victoires ; mais les Mame luks , sous la surveillance des gouverneurs turcs, continuèrent àtyranniser. Leurs vingt-quatre beys percevaient les impôts; ilscomposaient un divvan qui traitait d’égal à égal avec le représentantde la haute majesté ottomane . L’un de ces beys, Aly, en J766, sefit proclamer sultan d’Égypte . Assez promptement terminée, sa ré-volte donna le signal ; et, depuis celte époque jusqu’à l’expéditionfrançaise de J 798, l’état de l’Égypte fut à peu près une indépen-dance complète. L’expédition française fut pleine de gloire et demalheurs pour ceux qui l’entreprirent; la France dut évacuer saconquête. Le diwan chargea alors de la vice-royauté de l’Égypte Mohamed Khosrew, avec mission de détruire les Mameluks. 11n’excita qu’une insurrection. Méhémet-AIi, chef de troupes alba-naises, au milieu d’événements qui appartiennent à sa biographie ,le fit déposer et remplacer par Kourschid-Pacha, gouverneur d’A lexandrie . Celui-ci voulut se débarrasser de son puissant protecteur:il obtint que la Porte le nommât pacha de Geddah ; mais Ibrahimrefusa d’obéir et dans une nouvelle sédition au Caire fut proclamévice-roi. 11 avait pour lui la population , la troupe et les ulémas. Le9 juillet \ 805, un firman de la Porte le confirma dans cette dignité.II s’y est maintenu avec honneur malgré la foule de tentatives quiont été faites pour le renverser. Son règne n’appartient pas encoreà l’histoire : les uns l’élèvent aux nues, les autres traitent d’éphé-