5o É C O
deux méthodes d’après les mêmes principes , et re-connaître que si l’une a une influence nuisible à JL.tqualité des bois , l’autre lui est également défavo-rable.
« Dans toutes les expériences, dit-il, qui ont eupour objet l’éclaircissement de cette matière, jecrois qu’on n’a pas bien apprécié une circonstancequi devait, au moins pour les bois de marine , êtreexaminée sous plusieurs points de vue. On a conclude ce que les bois soumis à une charge inerte pré-sentaient plus de résistance lorsqu’ils avaieut étéecorcés sur pied ou abattus en temps de sève et sé-chés de suite , qu’ils devaient, en effet, avoir plusde force , plus de ténacité, et par conséquent plusde durée que ceux abattus en hiver. On a été porté àcette opinion d’autant plus facilement, que le boisécorcé sur pied , mort et desséché lentement, pré-sentait encore l’avantage du poids et de la dureté surcelui abattu en hiver ; mais si, dans ces expériences,au lieu d’un poids immobile ou eût employé unepuissance active , même d’un poids plus faible, il n’ya pas de doute que les résultats n’eussent été toutdifférens. Une expérience très-facile peut le prou-ver : que l’on prenne deux barreaux d’égale lon-gueur et d’égale grosseur, dont l’un de bois abattuhors sève et l’autre de bois préparé d’après la mé-thode de Buffon ou abattu en sève, qu’on appuie lesbouts de ces barreaux sur des soutiens solides, demanière que le milieu du barreau reste libre : si alorson suspend à chacun un poids d’égale pesanteur,comme on l’a fait dans ces sortes d’expériences, ilest certain que le premier barreau pliera et se rompraavant l’autre ; mais si au lieu de cela on les frapped’un coup donné brusquement, quoique ne représen-tant pas le poids qu’on avait employé, il n’y a pasde doute que le barreau de bois écorcé ou abattu ensève ne soit cassé promptement, tandis que l’autrerésistera sous la même percussion et restera intact.
» Pendant l’hiver , les fibres ligneuses des arbressont garnies d’un enduit solide et souple , pro-venant du reste de la sève, naguère dans l’état defluidité. Cet engtumen (1) se dissout au printempspar son mélange avec la sève fluide, qui s’y incor-pore pour r’ouvrir les canaux qui charrient la nour-riture et procurent une matière élaborée aux nou-velles productions qui, à cette époque, se dévelop-pent avec rapidité. Si donc, pendant l’hiver, onabat un arbre , et qu’en le dégrossissant aussitôt onprocure au bois un commencement de dessiccation,ce bois conservera son élasticité naturelle, ainsi quela dureté et la durée qui doivent résulter de i’enduitséveux et solide des fibres ligneuses ; d’un autrecôté , il résistera plus long-temps à l’introductionde l’air et de l’huiuidité extérieure, parce que cesagens de la dissolution n’auront alors qu’une affi-nité éloignée avec l’espèce d’englumen qui protègeles fibres ligneuses ; mais lorsque les premières cha-leurs du printemps ont mis en activité les pompesaspirantes de la végétation , introduit dans toute lamasse ligneuse les fluides de la sève , et dissousl’enduit séveux, qui ne peut plus résister aux fluides
(1) CVst sans doute ce que Duhamel appelle fa partie fixede la sève.
ECO
de même nature qui abondent pour se porter dansles parties extérieures de la plante, telles que lesfeuilles et le nouveau bois, alors les qualités d’unbois parfait se trouvent anéanties; les fibres ligneusessont plus écartées qu’auparavant ; une humeuraqueuse en remplit les intervalles, et si dans cet étaton abat l’arbre et qu’on l’expose à un prompt des-sèchement, les pores resteront ouverts et il en ré-sultera un bois spongieux , qui aura encore l’incon-vénient de se gercer profondément.
31 Quand on laisse évaporer lentement la sève desarbres écorcés sur pied, il en résulte, à la vérité,une connexion plus intime dans les fibres , plus dedureté dans le bois, et une pesanteur spécifique plusconsidérable ; mais dans l’emploi qu’on en fait lesrésultats sont les mêmes que pour les bois abattusen temps de sève. Les fibres de celui écorcé sur piedsont sans doute plus dures et plus fermes, mais aussielles sont plus cassantes ; le bois se rompt par éclatsau lieu de suivre le fil droit, et souvent il se fend debiais. Dans le travail, il conserve des aspérités etrésiste à tous les instrumens polissans : c’est un faitqui peut être constaté dans tous les métiers qui fontemploi du bois. Au premier coup de rabot, les ou-vriers reconnaissent ce bois et sa ressemblance aveccelui qu’ils ont coutume de travailler sous le nomde bois mort,
33 Indépendamment de la dureté du bois dont onvient d’apprécier le mérite dans le cas présent, ondoit encore faire attention à sa durée lorsqu’il seraexposé à l’air et à l’humidité. On sait ce qu’en, gé-néral on doit attendre à cet égard des bois coupésen temps de sève; des expériences nombreuses ontprouvé qu’à moins de les faire sécher promptement,la sève fermentait et occasionnait plus ou moins vitela pourriture des fibres ligneuses qui s’en trouventimprégnées; que, de plus, des insectes rongeurs s’é-tablissent dans le bois et le détruisent. Si on chercheà prévenir ces accidens par un dessèchement préci-pité , on les retardera bien un moment ; mais ils semanifesteront dès que l’humidité extérieure aurapénétré dans le bois. En effet, les vaisseaux sé-veux, qui sont alors très-ouverts, absorberont avi-dement L’humidité environnante , qui, n’éprouvantplus d’obstacle, pénétrera toute la substance du boiset en occasionnera la désorganisation.
>3 A l’égard des bois écorcés sur pied en tempsde sève , qui meurent quelques années après , etqu’on abat alors, on a moins d’expériences du mêmegenre. Les partisans de cette méthode s’en tiennentà la pesanteur spécifique et à la dureté plus consi-dérable qu’ils-ont remarquées, et concluent de là,sans autre examen, que la durée du bois doit en êtreune suite nécessaire. La fausseté de ce jugement estfacile à démontrer. Cette pesanteur et cette duretéplus considérables proviennent de ce que le dessè-chement s’est fait pl us lentement; les fibres ligneusesont été resserrées autant que possible, sans que pourcela leur union en soit plus solide ; mais ce resser-rement ne durera qu’autant que la pièce de bois res-tera au même degré de dessèchement; et si on l’ex-pose à l’humidité, elle en absorbera bientôt par sesvaisseaux ouverts tout autant que le bois coupé entemps de sève et desséché promptement. Eu effet,