PIN
PIN
Le pin-pinier n’est pas très-mulliplié en France ,quoiqu’il y supporte bien les hivers les plus rigou-reux du climat de Paris . Nulle part on ne le voitformer des forêts; il est presque toujours isolé. Ce-pendant, M. de Maleslierbes dit en avoir vu un boisd’une assez grande étendue dans le Bas-Languedoc,sur la rive droite du .Rhône. Il mérite d’être multipliédavantage , et il le serait utilement dans les sables,sur les rivages de la mer, où il semble se plaire par-ticulièrement. M Desfontaines a vu de très-beauxarbres de cette espèce entre Marseille et Saint-Tro-pez, et il s’en trouve aux Saintes, dans la Camargue et aux environs d’Hières. On en cite un qui est auxSablettes, langue de terre joignant la presqu’île deGiens à la Provence , qui est remarquable par sesénormes dimensions, lia 12 pieds de circonférence;son tronc s’élève, sans branches, à la hauteur de 3opieds , et des premières branches au sommet il en aau moins autant ; la circonférence de sa tête est de3 oo pieds. Lors de la guerre d’Amérique , une fré-gate française et une frégate anglaise s’étant canon-nées dans ces parages , un boulet ennemi atteignitcet arbre, et il y est resté incrusté. Aujourd’hui laplaie est entièrement fermée, et l’on n’aperçoit plusque la cicatrice qui s’est faite.
La culture du pin à pignons, dans le midi de laFrance , consiste à mettre en terre ses semencrs au
f irintemps, et à défendre les jeunes plants , pendantes premières années, de tout accident. Mais dans leclimat de Paris , cette culture exige plus de soins.On sème,en automne, dans des terrines remplies deterre de bruyère , qu’on place au printemps surcouche et sous châssis , et qu’on arrose souvent.Quelquefois les semences ne lèvent que la secondeannée ; le plant se repique la même année , à la se-conde sève, ou l’année suivante, au printemps, dansdes pots qu’on abrite pendant 1 hiver. Ce n’est qu’aubout de 4 nus qu’on peut le mettre en pleine terre.
Comme arbrede décoration, le pin-pinier est très-avantageusement placé dans les jardins paysagers ,notamment sur les éminences , où il produit, étantisolé, un effetpittoresque parla belle forme de sa tête.Le bois de cet arbre est blanc, peu résineux et fortléger. Il est très-bon pour la charpente et pour lamenuiserie; on en fait des corps de pompes, desplanches, des gouttières , et il est employé au bor-dage des vaisseaux. Les Turcs , au rapport de feuM. Olivier, n’emploient que ce bois pour la mâ-ture.
Tous les fruits des espèces de pins connues , ditM. Deslongschamps , à qui nous empruntons unegrande partie de ces détails, mûrissent en deux ans ;il ne faut même à quelques-unes que 16 à 18 mois.Le pin-pinier a cela de particulier, c’est qu’il luifaut trois ans en tiers pour mûrir ses fruits. Ceci avaitdéjà été remarqué du temps de Pline : In maximâtnmen admiratione pinus est : habel fructum matu-rescentem , habetproximo anno ad maturilatem icn-tururn ac deinde tertio. ( Lib. XVI, cap. XXVI. )Les amandes du pin-pinier, connues sous le nomde pignons doux, ont un goût qui approche de celuides noisettes ; on les mange crues ou rôties. En Ita-lie , on en sert sur toutes les tables , on en met dansplusieurs ragoûts , on en fait d’excellentes dragées ;
Tome II.
en Provence , on en fait aussi une assez grande con-sommation; on les mêle communément avec des rai-sins de Corinthe . Ces amandes peuvent se conservertrès-long-temps dans leur cône et même simplementdans leur noyau; mais elles rancissent promptementsi on les en dépouille. On prévient cette altérationen les enterrant profondément dans une terre sèche ;on peut encore les saler, ce qui cependant leur faitperdre une partie de leur bon goût et de leur dou-ceur. Il parait que les anciens les faisaient confiredans le miel , comme l’indique le passage de Pline’:In melle decoctos nucleos Vau ri ni aquicelos vacant.
' Lib. XV, cap. X. ) Les pignons étaient autrefoisbeaucoup plus employés en médecine qu’ils ne lesont aujourd’hui ; on les regardait comme adoucis-sans et pectoraux. Quand on partage une de cesamandes en deux, les cotylédons se séparent de ma-nière à représenter à-peu-près la forme d’une main,que les habitans de la campagne appellent main deDieu . Les pignons fournissent une grande quantitéd’une huile limpide , incolore, assez agréable quandelle est fraîche , et cependant d’un goût de térében-thine bien prononcé; mais l’huile d’olive, abondantedans les pays où croit le pin-pignon , lui est bienpréférable.
Les Italiens cultivent une variété de pinier à co-que tendre, qui mériterait d’être transportée enFrance , parce que les noyaux de l’autre sont très-difficiles à casser. Les anciens connaissaient cettevariété, qui paraît avoir été commune aux environsde Tarente , d’après le nom que Fline leur donne :Hanini genus alterum 'Tarentincc, digilis fragiliputamine , aviumquefurto in arbore. ( P linlib. XV,cap. X. )
Les oiseaux, qui sont en général friands des grai-nes des pins, recherchent sur-tout les amandes dupin-pinier, et plus encore celles de la variété à coquetendre. Parmi ceux qui se nourrissent de ces sortesde graines, 011 distingue les loxies, qui établissentleurs nids dans les forêts de pins et de sapins.
Le Pinvabiable ou Pin jaune est une espèce del’Amériqae septentrionale, qui, suivant M. Mi-chaux , forme une belle pyramide , s’élève à 5 o ou60 pieds, et dont le tronc acquiert communément 4pieds de circonférence et quelquefois jusqu’à ô pieds.Il a les feuilles d’un vert sombre, réunies deux àdeux, souvent trois à trois, dans les pousses de l’an-née ( ce qui lui a fait donner le nom de pin varia-ble), de la longueur de 4 à 5 pouces , fines , flexi-bles et creusées en gouttière à leur lace externe ; lescônes ovales , armés de pointes fines, petits et n’ex-cédant pas un pouce de longueur dans les vieux ar-bres.
Son bois, composé de couches concentriques très-rapprochées , est d’un grain fin , médiocrement ré-sineux , compacte , d’une bonne qualité et durable.En Amérique , ou en construit des maisons , on enfait des planches, qui sont employées à une infinitéd’usages; on le fait entrer dans les constructions na-vales; et Je pont, les mâts de hunes , les beams etla menuiserie de la cabane, sont souvent de ce bois,qui est reconnu pour être très-durable. Débité enmadriers , il forme un article considérable d’expor-tation pour les colonies occidentales de l’Angleterre.
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