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MÉMOIRE.
36 ETABLISSEMENS ET TRAVAUX
pour observer, n’étaient autre chose que des salons où jeréunissais des aristocrates. Dans une visite où des hommesarmés m’entraînèrent avec violence au fond des caves, ohenfonça la porte d’un cabinet souterrain où je faisais desexpériences très-curieuses sur le thermomètre et sur les mou-vemens de l’aiguille aimantée, à l’abri des impressions del’air. Tout fut culbuté , et j’eus la douleur de perdre le fil etle fruit d’une suite d’expériences commencées depuis long-tems, et qui devaient durer encore plusieurs années (i).
Au milieu de ces angoisses, quelques rayons d’espéranceluisaient de tems en tems à mes yeux. Mon principal établis-sement à l'Observatoire subsistait toujours. Malgré les troubleset les agitations, nous n’avions point interrompu, mes élèveset moi, le cours des observations astronomiques auquel nousétions assujétis. Dans un compte cpie j’eus à rendre à uncommissaire de l’Assemblée nationale, je reçus des témoi-gnages de satisfaction de l’ordre et de l’économie de magestion ; on s’étonna sur-tout qu’il en coûtât si peu au Gou-vernement pour un établissement tel que l'Observatoire, etque l’on avait imaginé devoir être fort dispendieux ( 2 ). Je
(1) Pour mieux démêler la cause des variations diverses de l’aiguille aimantée,j’avais imaginé de descendre une de mes boussoles à cent pieds sous terre, dans unvasfê cabinet bien fermé, et où la température ne changeait jamais. Là, je descen-dais trois fois par jour et n’entrais qu’avec une faible lumière, jy restais le moinspossible , et prenais toutes les précautions nécessaires à mes recherches. On avu le résultat de mes premières expériences dans un imprimé publié eu 1791. Onjuge du trouble et du fracas qu’apporta dans mon établissement souterrain l’ir-ruption de cent hommes armés, visitant et renversant tout. Je crus ne pouvoirme mettre à l’abri de pareilles scènes et acheter ma tranquillité, qu’en portant àmon district les clés des caves de l’Observatoire, et renonçant pour jamais ày faire des observations et même à y descendre.
(2) Je montrai que les fonds annuels 11e montaient qu’à 8,700 livres , ycompris les appointemens du directeur, et que, pour les dépenses extraordi-