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GARANCE.

GARANCE.

rant. L’alcool qui tient en dissolution l’alizarine estétendu d’eau, puis distillé : à mesure que la distillations’opère, la matière colorante se dépose et on la séparedu liquide restant par une filtration.

L’alizarine ainsi obtenue est à peine soluble dansl’eau bouillante ; l’alcool et surtout l’éther là dissolventfacilement, elle colore ce dernier en jaune orangé. Dis-soute dans les liqueurs alcalines, elle leur donne unecoloration violette d’une grande beauté.

L’alizarine par l’action de la chaleur se sublime enbeaux cristaux aiguillés, rouges et brillants ; elle estvolatile et insoluble dans l’acide sulfurique, propriétésqui n’appartiennent qu’aux couleurs éminemment so-lides.

MM. Robiquet, Colin et Kulilmann ont trouvé donsla garance :

Une matière colorante rouge, qui est l’alizarine.

— — rose, nommée purpurine.

— — jaune, — xauthine.

De la gomme,

Du sucre,

De la pectine,

Une résine odorante,

Une matière amère,

Une matière azotée,

Un acide organique,

Du ligneux,

Enfin des sels nombreux de potasse et de chaux.

D’après Robiquet, les couleurs formées par la ma-tière rouge de la garance sont très solides; celles aucontraire qui ont pour base la matière rose, le sont fortpeu

M. Runge a trouvé dans la garance sept principes.différents, qui sont :

Le pourpre de garance,

Le rouge de garance,

L’orange de garance,

Le brun de garance,

L’acide garancique,

Et l’acide rubiacique.

Ce chimiste allemand n’a pu économiquement obte-nir purs les trois premiers produits qui seuls sont im-portants.

D’un autre côté, il semblerait résulter des expériencesde M. Decaisne que la garance à l’état vivant ne con-tient qu’un principe colorant, liquide et jaune ; à l’air,ce liquide, de jaune qu’il était, passe au rouge, et cettetransformation est d’autant plus rapide que la divisionde la plante est plus complète. Les expériences chimi-ques de M. Schwartz semblent confirmer l’opijiionémise par M. Decaisne sur l’unité du principe colorantde la garance.

Depuis quelques années, on a livré au commerce denouveaux produits obtenus à l’aide de la garance, ilssont connus sous les noms de garancine et de colorine.

La garancine est tout simplement le charbon sulfu-rique de MM. Robiquet et Colin, auquel on a enlevéles dernières traces d’acide par des lavages nombreux.

MM. Robiquet et Colin prirent en 1828 un brevetpour l’extraction de ce produit. Le but de ces chimistesétait d’extraire toute la matière colorante de la ga-rance, matière dont on n’utilise pas la moitié par les pro-cédés ordinaires. Effectivement, dans le bain du tein-turier, la garance se divise en deux portions, dont l’uneest dissoute ou en suspension dans l’eau, tandis quel’autre demeure fixée dans le résidu ligneux et ne sertà rien.

Pour mettre la matière colorante à nu, et la séparerdes corps qui pourraient la retenir malgré l’affinité desmordants, MM. Robiquet et Colin ont employé l’acidesulfurique concentré à forte dose : voici du reste, la

description de leur procédé de fabrication telle qu'ilsl’ont indiquée.

a On délaie la garance dans cinq à six parties d’eaufroide, et on la laisse macérer du soir au lendemain,afin de donner le temps à la portion do matière colo-rante qui se dissout d’abord de pouvoir se précipiterensuite, comme cela arrive dans la coagulation spon-tanée de la gelée ; alors on jette le tout sur des toiles,et quand le marc est suffisamment égoutté, on le soumetà la presse, puis on le reprend pour le délayer de nou-veau dans une semblable quantité d’eau; on remetimmédiatement à la presse, et on réitère encore unefois cette même opération.

« Lorsque ces trois lavages sont terminés, on délaiece marc encore humide et bien écrasé avec une demi-partie d’acide sulfurique, eu égard à la quantité primi-tive de garance employée; mais il faut que cet acidesoit étendu de plus ou moins d’eau suivant la tempéra-ture, et seulement au moment de l’employer, afin demettre à profit la chaleur qui se dégage pendant le mé-lange. Cet acide, ainsi étendu, est donc versé toutchaud sur la garance, puis on brasse le tout avec autantde rapidité que possible, et quand on juge que le mé-lange est bien opéré, on élève la température à 100°,et on la maintient à ce degré pendant une heure envi-ron. Au bout de ce temps, la matière est délayée denouveau dans une quantité convenable d’eau, filtrée etlavée sur les toiles jusqu’à ce.que le liquide soit par-faitement insipide. Alors on soumet la matière à lapresse, puis on la fait sécher et passer au tamis.

« Dans cette opération, l’acide n’a subi d’autre alté-ration que de s’affaiblir et de se charger de quelquessels calcaires, ce qui ne l’empêche pas d’être propre àla fabrication du sulfate de soude ; on pourra peut-êtreutiliser aussi le premier lavage aqueux, qui contientbeaucoup de matière sucrée qu’on peut facilementtransformer en alcool. »

Ce procédé fut d’abord mis en usage en 4829, maisla garancine* n’a été employée d’une manière courantequ’en 4839, notamment à Rouen et en Alsace .

On compte aujourd’hui douze à quinze fabriques degarancine à Avignon, et une ou deux en Alsace . Les fa-bricants d’Avignon retirent ce produit des garances ducomtat Venaissin même; ceux d’Alsaoe sont obligéspour augmenter la force de leur garancine d’employeravec les garances alsaciennes une petite quantité de ga-rance du Midi.

Les procédés de fabrication de la garancine varientun peu suivant les fabriques ; aujourd’hui cette nou-velle matière colorante vaut 4 fr. 50 c. à 5 fr. le kilogr.avec escompte de 6 p. 400.

Les variétés de garancines sont nombreuses, on enrencontre dans le commerce qui rendent quatre fois lavaleur delà matière colorante de la garance qui a servià les obtenir, tandis que d’autres ne donnent que deuxfois et demie cette valeur : on peut admettre qu’engénéral une bonne garancine vaut trois fois plus qu’unebonne garance.

La consommation de la garancine est en moyennede 4 600 à 4 800 barriques de 300 kilogr. par an pourcelle d’Avignon , et de 4 à 600 fûts de même contenancepour celle d’Alsace .

La quantité de garance employée en teinture a baisséde près de moitié depuis l’introduction de la garancine ;mais ce changement dans l’emploi de la matière colo-rante n’a pas changé le mode de garançage, et les mor-dants sont restés les mêmes.

Il existe des garancines mal lavées et acides aveclesquelles on emploie de la craie pour les neutraliser enpartie, car une trop grande acidité est nuisible ; il fautéviter autant que possible cet emploi et même celui desalcalis.

Les garancines ont un grand avantage sur la garance,