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INCRUSTATIONS.

INCRUSTATIONS.

semaines ou deux mois, sans qu’on pût craindre ïemoindre dépôt incrustant.

Ayant assisté aux nombreuses expériences que firentMM. Néron et Kurtz à Saint-Quentin , en qualité dedélégué de la Société industrielle qui existait alorsdans cette ville (c’était en 1839), et ayant suivi lamarche des opérations d’une manière continue, je puisen rendjre un compte exact et fidèle.

Les expériences se firent chez M. Bauchart-Dema-rolle, membre du conseil général des manufactures, etchez MM. Lehoult et compagnie. On employa du boisde Campêche en poudre ; et les chaudières ayant mar-ché six semaines, on ne put voir sur les platines, préa-lablement nettoyées avec de l’acide hydrochlorique,aucune trace d’incrustation. M. Bauchart et moi des-cendîmes dans sa chaudière, ne voulant ne nous enrapporter qu’à nos yeux pour apprécier convenable-ment la partie des résultats obtenus.

Depuis lors, MM. Bauchart et Lehoult ont laissémarcher leurs chaudières pendant trois mois avec lamémo dose de Campêche, et, en les vidant, il y avaitabsence complète d'incrustation.

L’eau en s’écoulant entraîne avec elle un dépôtboueux, dont une petite quantité resterait dans la chau-dière, mais sans adhérence aucune, si on ne prenaitsoin de promener un balai sur le fond de la chaudièreet des bouilleurs, quand il s'y trouve encore un peud’eau.

Dans la fabrique dite des Anglais , appartenant àM. Hatcoath, aussi à Saint-Quentin , le Campêche futintroduit en décoction, et on s’en est très bien trouvé;les chaudières ont pu marcher trois mois sans êtrevidées.

Voilà les faits tels que je les ai observés ; passonsmaintenant à leur discussion

On a prétendu dans quelques villes, et à Saint-Quentin entre autres, que le bois de teinture, placédans des chaudières et arrivant nécessairement dans lesbouilleurs, peut s’attacher à la tôle et la faire brûler.Que cette prétention soit ou non fondée, admettons-la ;car, pour faire adopter généralement en industrie unprocédé, même quand son emploi doit être profitable àceux qui s’en servent, il faut aller au-devant des ap-préhensions peu fondées. Aussi je pense que le boisen nature doit être laissé de côté, la décoction n’étantsusceptible d’aucun inconvénient semblable dans sonemploi. D’ailleurs il est bien plus rationnel, plus natu-rel, pour éviter les incrustations, de placer dans lachaudière un liquide qu’un solide non entièrement solu-ble; car, en définitive, la matière solide augmente ledépôt.

U n’est pas nécessaire d’employer la décoction deCampêche à 10 ou 20 degrés de concentration : seule-ment, avec une concentration moindre, la quantitédevra être proportionnellement plus grande. Je regardecomme trop forte de moitié la dose de décoction indiquée par MM. Néron et Kurtz (1 litre sur 1000 d’eauqu’on introduit dans la chaudière). Du reste, cettequantité n’est pas absolue, mais elle dépend essentielle-ment de la nature des eaux qui alimentent une chau-dière; c’est à la personne qui fait usage du procédéà fixer la dose de décoction, d’après le temps qu’elleveut faire marcher sa chaudière sans la vider. Ontrouve aujourd’hui, dans le commerce à Paris , desextraits colorants très riches en matières résineuses,par cela même impropres à la teinture et à l’impres-sion, mais qui conviennent très bien comme désincrus-tants (1). Tout manufacturier peut aussi, et trèsfacilement, préparer chez lui, s’il y trouve un avantage

(4) J’ai entendu parler d’extraits de Campêche, solidifiéspour cet usage, qui sc vendent de 2 fr. 50 c. a ô fr. le kil. ;Il en faut 1 kil. par semaine par force de 10 chevaux.

pécuniaire, la décoction nécessaire. Voici la manièrede faire cette décoction.

Dans un baquet, tonneau ou cuve en bois, on placele Campêche réduit en poudre ou en cffilures (1 ), qu’onrecouvre d’eau ; on fait arriver dans le liquide un jetde vapeur qui détermine l’ébullition, et on épuise lebois de sa matière colorante par plusieurs bains, sic’est nécessaire ; en un mot, on pousse jusqu’à ce quel’eau cesse d’être colorée.

La décoction obtenue, le meilleur moyen de l’intro-duire dans la chaudière à vapeur est de l’y faire par » enirpar la pompe alimentaire, sinon toutes les fois quecette pompe marche, ce qui serait préférable, du moinspar portions égales et quotidiennes. Par ce moyen, lesincrustations ne pourront pas se former dans ledittuyau d’alimentation qui donne passage à la substancepréservatrice. Comme dans certaines usines on faitchauffer, au moyen de la chaleur perdue du fourneau,l’eau nécessaire à l'alimentation, ce qui est très ration-nel, c’est dans cette chaudière préparatoire, quand elleexiste, qu’il faut placer la décoctiou ou l’extrait solidequi s’y dissout alors spontanément.

Quelques blanchisseurs et apprêteurs de tissus, quise servent souvent de la vapeur pour faire bouillir deslessives où plongent des toiles à blanchir, on pour fairecuire de l’empois, ont trouvé que la vapeur sortaitcolorée d’une chaudière, quand on y avait placé duCampêche, bois ou décoction. Cela est très possible;car la vapeur entraîne assez souvent avec elle du liquidedu générateur, surtout quand la chambre de vapeur dela chaudière est très restreinte. Je dois cependantajouter que, dans l’établissement précité de M. Hat-coath à Saint Quentin, où on emploie la vapeur dugénérateur pour le blanchiment et l’apprêt des tullesfabriqués dans ce bel établissement, cet effet de co-loration ne s’est jamais présenté pendant trois ouquatre mois, temps pendant lequel j’ai suivi les expé-riences.

Examinons maintenant quel est le mode d’action dela matière colorante sur les sels calcaires qui se trou-vent en dissolution dans l’eau. Voici les expressionsdont se servent les inventeurs à ce sujet :

cc Les parcelles calcaires, en passant de l’état dedissolution à l’état solide, se trouvent enveloppées dematière colorante, quia pour elles une certaine affinité.Cette enveloppe les empêche de se joindre et d’adhérerentre elles, ainsi qu’au 1er de la chaudière. Cette espèced’habit de la molécule calcaire est un préservatif del’affinité d’agrégation. »

Ainsi, d’après cette explication, ce n’est qu’au moment où les parties calcaires se déposent qus l'affinitéde la matière colorante s’exerce pour former avec ellesune epèce de laque.

J’ai, pour m’assurer de ce fait, expérimenté de lamanière suivante. D’abord j’ai préparé une décoctionde Campêche, marquant 1°,5 au pèse-sel de Beaumé ;j’en versai un décilitre dans 20 litres d’eau de puitsbien calcaire; le mélangé fut soumis à l’ébullitionpendant un quart d'heure. Après ce temps, la couleurdu liquide était un peu brune, et l’analyse nous fitreconnaître que la liqueur renfermait encore du chlo-rure de calcium et du sulfate de chaux, mais plus decarbonate.

L’expérience fut répétée, en triplant la dose de dé-coction de Campêche. Après un qnart d’heure d’ébulli-tion, le mélange était d’un rouge violet, mais renfer-mant toujours dn sulfate de chaux et du chlorure decalcium.

J’en ai conclu que les matières colorantes n'exercentaucune action sur les sels de chaux, tant qu’ils sont en

(4 ) Nous rappelons que 2 kilogr. suffisent, par force de che-val, pour six semaines à deux mois d’une marche continue.