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INCRUSTATIONS.

INCRUSTATIONS.

dissolution; et si aucune trace de carbonate de chauxn'a été retrouvée dans le liquide, c’est que, par l’ébul-lition, l’acide carbonique qui le maintenait en dissolu-tion s'était volatilisé. Ainsi l'explication des inventeursme parait satisfaisante.

Comme complément de leur procédé de désincrus-tation, MM. Néron et Kurtz, qui ont réellement étudiéà fond la question (et ils avaient intérêt à le faire),conseillent quelques moyens ou précautions qui ne sontpas à dédaigner; 4° pour empêcher les incrustationsqui peuvent se former dans les condenseurs (ces incrus-tations sont bien moins fortes et moins à redouter quedans les chaudières); 2° pour éviter l’introduction,dans la chaudière, du sable et des matières terreusesqui ne sont plus en dissolution, mais qui pourraientêtre en suspension dans l’eau des puits alimentant lesmachines.

Ces moyens, les voici : l w placer dans la bâche ouréservoir d’eau où se fait l’aspiration du condenseur unsac contenant du Campêche en poudre ou en effilures ;la température de l’eau étant basse, la dissolution de lamatière colorante s’opère très lentement, de sorte quel’eau aspirée par le condenseur (ou pompe à air), encontient peu, mais assez cependant pour former laque,se combine avec la petite quantité de carbonate dechaux qui peut s’y précipiter. MM. Néron et Kurtzconseillent aussi de placer dans cette même bâche, desbottes de foin contenues dans un panier d’osier assezserré, pour qu’elles ne s’éparpillent pas ; foin que l’eaudoit traverser nécessairement, et qui forme une espècede filtre. D’après eux, ce foin prendrait à l’eau de l’a-cide carbonique qu’elle tient en dissolution, et détermi-nerait ainsi la précipitation du carbonate de chaux. Jesais bien, comme tout le monde, que les parties vertesdes plantes eu végétation ont la propriété, sous l'in-fluence de la lumière, d’absorber l'acide carbonique,mais je ne pense pas que cette explication puisse s’éten-dre au loin; 2“ suivant ces messieurs, et ici nous sommespleinement de leur avis, il ne faut point placer verticale-ment la succion de la pompe du pui»s, mais bien hori-zontalement en la garnissant d’une tête d’arrosoir qu’onfera arriver jusqu’au point supposé devoir être le niveaule plus bas dans les grandes sécheresses ; alors l’aspira-tion (comme on dit) ne peut plus mettre en mouvementtoutes les parties terreuses et graviers qui se trouventau fond de l’eau.

Quelque temp3 après les applications du procédéNéron et Kurtz, suivies comme on le voit de bons ré-sultats, M. Kuhlmann, le savant chimiste de Lille , bienconnu dans le monde scientifique et industriel, vintproposer un autre moyen d’empêcher les incrustationsdes chaudières. Ce moyen tout à fait chimique n’estautre que celui conseillé et employé depuis longtemps,pour précipiter les sels calcaires en dissolution dansl’eau qu’on vent rendre propre au savonnage. Il pré-sente cette particularité, qu’il détermine la précipita-tion des sels calcaires aussitôt l’introduction dans lachaudière. Cetto précipitation immédiate a pour but,d’après M. Kuhlmann, de s’opposer à la cristallisationdes sels qui ne manquerait pas de s’opérer si le dépôtse faisait lentement. Il faut remarquer que le dépôt etla cristallisation lente ne pourraient s’opérer que pourle sulfate de chaux, 6i l’ébullition avait lieu à l’airlibre ; car alors la précipitation du carbonate se fait aubout de quelques minutes ; mais dans un générateur devapeur, surtout s’il marche à haute pression, l’acide•Nirbonique se dégage-t-il comme à l’air libre ? je ne lepense pas. Ainsi, dans une chaudière à vapeur le car-bonate de chaux ne se dépose que lentement, et d’autantpins que la pression est plus forte ; c’est ainsi que leprocédé de M. Kuhlmann atteint le but proposé.

M. Kuhlmann se sert donc de carbonates alcalins desoude ou de potasse. Voici les réactions auxquelles

dounent lieu les sels de chaux ou de magnésie contenusdans l’eau : 4° Le sulfate de chaux qui s’y trouve, pro-duit avec le carbonate alcalin une double décompo&i-tion ; il y a précipitation de carbonate de chaux et desulfate de soude ou de potasse restée en dissolution ;2° le chlorure de calcium dont la quantité dans l’eauest souvent assez notable agit aussi par double décom-position; c’est là, nous devons l'avouer, un léger in-convénient du procédé de M. Kuhlmann, en ce sens quele chlorure, corps éminemment soluble, déliquescentmême, et ne pouvant jamais donner lieu à incrustation,produit avec un carbonate alcalin un dépôt dont l’effet*doit être plutôt nuisible que neutre (en admettant mêmele dépôt comme non cristallisable ni susceptible d’ad-hérence) ; de plus, il décompose sans résultat utile unequantité proportionnelle de carbonate alcalin, ce qui estune cause de dépense; 3° enfin, le carbonate de chauxqui n’est soluble que par un excès d acide carbonique,se dépose aussitôt que le sel alcaliu a saturé ledit excès,sans que pour cela le carbonate de soude ait perdu soueffet utile : en effet, le carbonate alcalin passe à l’étatde sesqui-carbonate, puis de bi-carbonate, qui, par lefait de l’ébullition, perd une partie de son acide pourrevenir à l’état de sesqui-carbonate, et repasser encoreune fois à l’état de bi-carbouate. Et cette suite de trans-formations doit se reproduire indéfiniment, de sortequ’avec une petite quantité de carbonate alcalin oupeut déterminer la précipitation du carbonate de chauxdans une quantité d’eau presque indéfinie, en supposantd’ailleurs cette eau exempte de sulfate de chaux et dechlorure de calcium.

Pour des eaux de puits très riches en carbonate cal-caire la quantité du préservateur d’incrustation pro-posé par M. Kuhlmann, est minime : savoir, 4Ô0 à450 grammes de sel de soude, par force de cheval, etpar mois de travail. Dans cette circonstance, qui est,nous le pensons, la plus générale, le procédé est bienpeu coûteux, et c'est à lui qu’ou doit donner la préfé-rence. Nous nous demandons seulement s’il ne vaut pasmieux introduire le sel de soude quotidiennement et enparties égales dans la chaudière, au moyen de la pompealimentaire, comme nous l’avous déjà dit à propos de?matières colorantes pour éviter les incrustations dansle tuyau d’alimentation.

M. Kuhlmann, après avoir fait l’essai de son pro-cédé dans ses usines, en conseilla l’application aM. H ailette, d’Arras , qui s‘en trouve bien aussi. Sachantque nous nous étions occupé, à Saint-Quentin , assez sé-rieusement de la question des incrustations, il nousdemanda de vouloir apporter de nouvelles preuves auxbons résultats déjà obtenus ; nous nous rendîmes avecempressement à sa demande, et une application se fitsous notre surveillance, dans l’usiue de MM. C&m-bronne frères, filateurs. Le succès viut confirmer nosprévisions, et nous fîmes à la Société industrielle uurapport sur ce nouveau procédé. Nous y disions, etnotre opinion n’a pas varié depuis lors, que dans lesconditions où se trouvaient les puits de Saint-Quentin ,le procédé de M. Kuhlmann l’emportait même surcelui de MM. Néron et Kurtz, et ne pouvait en aucunemanière colorer la vapeur, dont la pureté est si néces-saire aux blanchisseurs et apprêteurs de tissus.

Ce rapport ayant été publié et répété par plusieursjournaux de la capitale, M. Paris , fabricant de cris-taux, à Bercy , très désireux de se débarrasser des incrustations de ses chaudières, voulut aussi appliquer leprocédé de M. Kulhmann ; mais sans apporter une at-tention convenable aux indications et aux recomman-dations très précises, relatives à la nature des eaux,tans songer que la quantité de carbonate de soude, em-ployée à Lille, à Saint-Quentin, à Arras , pouvait bienne plus être suffisante pour produire les mêmes effets àParis , où l’eau renferme, c’est connu de tout le monde,

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