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LITHOGRAPHIE.

LITHOGRAPHIE.

appuyant fortement, parce que, au lieu de s’attacherdavantage au papier, le crayon ne fait que pénétrerplus profondément dans le grain de la pierre, et on nepeut plus l’enlever.

a Au lieu du chiffon de flanelle employé parM. Dcvériapour modifier les teintes lavées du premier coup sur lapierre avec de l’encre lithographique, quelques artistesfont usage de brosses à peindre coupées à la longueurde 4 à 5 millimètres. On emploie aussi des patronsdécoupés pour couvrir les parties qu’on craint de salir,et on brosse plus ou moins fort, suivant qu’on veutéclaircir. Ainsi que pour les flanelles, plus les brossessont propres et mieux on éclaircit les teintes ; la brosseagit plus efficacement sur les parties claires ; la flanellesuffit pour user les tons foncés. Avec l’un ou l'autrede ces moyens, lorsqu’on a obtenu une ébauche con-veuable, on continue l’exécution du dessin en reprenantl’encre et les pinceaux pour faire les détails ; s’ils sedétachent en vigueur sur un fond clair, on les fait àl’encre, et pendant que la touche d’encre est encorehumide on peut, avec un petit chiffon de tojle, enleverl’encre en quelques parties et les modeler. Les détailsfaits avec une couche d'encre épaisse se modifient ai-sément ; si ces détails se détachent en clair sur unfond vigoureux, on ne prend que de l’eau dans le pin-ceau, on silhouette la partie qu’on veut enlever enclair et aussitôt l’encre est amollie; on l’enlève avecun morceau de toile, en s’y prenant de la même ma-nière qu’avec la flanelle; enfin, on termine en enlevantavec le grattoir des lumières vives que la teinte géné-rale n’a pas permis de conserver. »

Tel est l’exposé du moyen de faire un dessin aulavis avec l’encre lithographique qui, suivant M. Tu-dot, réussit le plus souvent; mais il faut qu’il soitemployé par des artistes d’une adresse extraordinaire;ce moyen ne laissant que la facilité de dégrader un tonsans permettre de l’effacer entièrement et d’en refaireun autre à la place.

En 4 834, M. Gingembre a publié des lithographies la-vées, par un procédé analogue et plus sûr, sur une pierregrise de Munich , avec un pinceau et deux encres d’unecomposition différente. Nous allons indiquer le procédépublié par l’auteur lui-même (voir Manuel de Litho-graphie, de Tudot , 4834, page 453).

« On peut employer deux espèces d’encre pour lelavis : 4° l’encre de M. Lemercier pour les teintesclaires, parce qu’il est facile de la modifier, de lamodeler et même de l’enlever presque entièrement ; lateinte légère qui adhère à la pierre est fine et transpa-rente, et ne peut nuire; 2° l’encre de M. Desmadryllpour les teintes vigoureuses. On Rapplique, en dernierlieu, quand il reste peu de chose à faire ; elle présentel’avantage de ne point s’empâter au tirage, et les noirsconservent de la transparence sans perdre de leur vi-gueur. »

La teinte d’encre est enlevée ou étalée, soit à l’aided’une brosse à peindre le velours, soit à l’aide d’uneestompe de flanelle ; enfin, les demi-teintes et les blancss’obtiennent à l’aide du grattoir.

Manière notre, par M. Tudot (4). La manière noirede M. Tudot consiste à couvrir de crayon la surfacede la pierre, puis à diminuer la quantité de crayon for-mant un ton uniforme noir, pour en obtenir la dégra-dation jusqu’à la teinte la plus claire (voir son Traitéde Lithograhie, 4834, p. 478).

Les principaux moyens d’enlever le crayon de la sur-face de la pierre sont :

4“ La flanelle;

2° L’égrainoir, espèce de gratte-bosse de doreur,

(O En 1831, la Société d‘Encouragement a décerne àM. Tudot un prix rte 2,000 fr., pour rem cio* des instrumentsqui concourent à son exécution.

composée de fils d’acier très minces, désignes dans lecommerce sous le nom de cordes de Nuremberg ;

3° Les pointes en buis et en ivoire.

M. Lemercier s’est approprié, en 4842, le genrede lavis inventé en 4838 par M. Hummandel de Lon-dres , mais il l’a tellement changé, qu’il peut, sousbeaucoup de rapports, être considéré comme inven-teur.

Pour parvenir à imiter le lavis, ou plutôt l’aqua-teinte au pinceau, ce qui est plus vrai, cel artiste habilea imaginé de laver la pierre grenée et préparée avec uneencre composée, dit M. Boquillon (4), «de différentscorps intimement mélangés, mais non combinés, avecune substance d’une extrême divisibilité, et facilementattaquable par l’acide employé à la préparation de lacomposition, ou pouvant s’éliminer par le lavage. Lesdoses de cette substance varient avec la nature du des-sin à faire, et plus elle est abondante, moins l’épreuvea de vigueur. »

Cette substance, extrêmement divisible, est tenuesecrète par l’auteur; mais les lithographes les plusérudits prétendent que ce n’est pas autre chose qu’unesolution de savon plus ou moins concentrée. Quel-ques-uns assurent que cela p< urrait être aussi biendu carbonate de soude on de potasse. D’autres disentqu’on pourrait faire des aqua-teintes au pinceau , enlavant la pierre soit dans une composition de gali-pot ou de résine ordinaire et d’arcanson, que l’on faitdissoudre à froid dans quatre fois son volume d’alcoolanhydre, soit avec une espèce d’encre lithographique,à laquelle on mêlerait, en proportions définies, du sablefin ou de la pierre-ponce très fine, ou de la poussière depierre lithographique ou de cendre tamisée, ou des os demouton calcinés et pulvérisés, etc. Disons, à notretour, que ce dernier moyen se rapproche beaucoup decelui employé ordinairement par les graveurs en taille--douce pour taire des fonds d’aqua-teintes ; et tout porteà croire qu’il pourrait être employé ainsi et fort utile-ment sur la pierre et sur ie zinc, sauf à achever eusuitele dessin par les procédés ordinaires de la gravure àl’aqua-teinte. Nous doutons cependant que ce moyensoit goûté par les artistes lithographes, habituésseulement à dessiner avec une plume ou un crayonsans jamais s’occuper de faire mordre la pierre parl’acide.

Au résumé, nous répétons qu’avec le lavis sur pierreil est difficile de produire un nombre d’épreuves un peuconsidérable, et dans un état de perfection satisfaisant.M. Lemercier lui-même se rend à cette opinion, et ilne s’occupe même aujourd’hui que de vulgariser le des-sin à l’estompe, qui offre beaucoup plus de ressourcessous le point de vue de l’art et peu ou point de difficultésà l’impression.

Dessin à l'estompe. —La première idée du dessin àl’estompe appartient encore à Sénéfelder , qui a décritses premiers essais dans son Traité , page 257. Soncrayon était composé de vitriol (sulfate de protoxydede fer), de tartre (tartrate acide ou bi tartrate de po-tasse) et de noir de fumée. Il dessinait sur une pierrepolie, grossièrement préparée avec de l’acide nitriqueet une infusion de noix de galle, lavée et séchée, aveoune estompe en papier frottée de ce crayon.

Le dessin fait, il opérait comme nous l'avons ditplus haut.

Le crayon de M. Lemercier, au contraire, est trèsdur et formé de plusieurs corps gras résineux unis en-semble par la cuisson. Nous n’en connaissons pas bienan juste la composition, et nous n’avons pas mêmebesoin de la connaître ou de la faire connaître aux ar-

(I) Voir ses études techniques sur l’exposition de l’indus-trie en 184-1, publiées dans la Revue scientifique et indus-trielle de Qucncsrillc, 8 octobre <845.